M. Ha Si Phu, dont le vrai nom est Nguyên Xuân Tu, fut né le 22 Avril 1940 au village de Dong Ho, district de Thuân Thanh, province de Bac Ninh (aujourd'hui Ha Bac), à 30 km au Nord de Ha Noi. Après des études de doctorat en biologie en Tchécoslovaquie, il travaillait à l'Institut Scientifique du Vietnam. A plusieurs reprises, il avait refusé de devenir membre du Parti Communiste Vietnamien. Pour cette raison, il fut mis à la retraite anticipée. Depuis 1983, il s'était installé à Da Lat (Centre du Vietnam). M. Ha Si Phu devint célèbre en 1988, après avoir émis des critiques sévères à l'encontre de la politique menée par le régime totalitaire actuel. Il a publié notamment "Suivons tous ensemble les panneaux de l'intelligence" (1988), "Réflexions d'un citoyen" (1993), "Adieu à l'idéologie" (1995).
Il devint par la suite une figure de proue des intellectuels dissidents au PCV. Il fut arrêté le 5/12/1995 à Hanoi pour avoir diffusé des secrets d'état (document interne classé top secret du Premier Ministre Vo Van Kiet du 9/8/1995, adressé au Bureau Politique du PCV, analysant la situation et proposant des solutions au VIII Congrès en Juin 1996). Ce document a été depuis largement diffusé à l'étranger et à l'intérieur du pays par les canaux des mouvements démocratiques.
Le patriotisme et l'amour de la liberté et du bonheur ont basculé notre pays dans l'orbite du communisme avec tout ce qui lui en coûte. Mais l'intelligence de l'humanité et la réalité sociale d'aujourd'hui ont démontré que ce chemin qui nous a aidé d'échanger nos vies et sacrifices contre l'Indépendance ne pourra pas nous mener jusqu'au but final, car ce n'est qu'une impasse.
Nos camarades qui ont suivi cette voie, ont rebroussé chemin. Personne ne le souhaite, mais c'est la vérité. En réalité, dotés d'une nature perspicace, nous avons déjà rebroussé chemin pour rejoindre le reste du monde, et cette impasse est en train de s'éloigner en arrière comme un souvenir inoubliable d'une jeunesse naïve.
Il fallait plutôt faire part entre nous tous de cette vérité, pour pouvoir oublier ce passé haineux, nous pardonner les erreurs respectives, rassembler tous les "patrimoines" de notre peuple, réunir nos forces afin de reconstruire la patrie dans la tolérance et avec l'aide de nos amis dans le monde entier.
Il n'y a que cette loyauté qui arrive à susciter un essor d'optimisme et une confiance mutuelle; il n'y a que cette force morale qui peut donner des ailes aux efforts matériels, conduisant notre peuple vers un avenir radieux, un avenir qui commence à pointer à l'horizon. Mais cet espoir ne fait qu'apparaître brièvement, et le peuple tout entier est précipité à nouveau dans cet abîme du "doi moi" d'aujourd'hui.
Pourquoi un choix qui semblait si simple au début ne l'est plus à la fin ?
Parce que le communisme a laissé sur son passage trois conséquences :
- Une production et une économie stagnantes, irrationnelles,
- Un appareil totalitaire gigantesque,
- Un système idéologique et culturel obsolète, artificiel au
servie de cette production et cet appareil.
De ces trois facteurs, c'est le deuxième qui a un rôle décisif dans le changement pacifique du pays. Cet appareil a un côté fort et un côté faible très caractéristiques. Il est fort car il a grandi dans le mouvement de libération populaire trempé de riches expériences, doté d'une capacité mobilisatrice puissante de la masse populaire, surtout la masse laborieuse et c'est une compétence précieuse que peu de forces au pouvoir se voient capables, d'autant plus qu'elle n'est pas fortuite.
Ce point fort, s'il est bien exploité, deviendra un facteur favorable au changement du pays de façon transparente et stable, abandonnant la voie du socialisme utopique pour choisir les objectifs réalistes qui sont la prospérité du peuple, la puissance du pays et la société juste et civilisée. Les pionniers dans la libération du pays auront l'occasion d'être les pionniers dans le changement.Il est faible car c'est la citadelle de l'idéologie de la dictature prolétarienne, une sorte de monarchie totalitaire avec beaucoup de privilèges, avec une tendance plus marquée pour les intérêts que pour la raison, avec une discrimination avec les intellectuels et la démocratie. Ce point faible a corrompu continuellement le rang des pionniers, et lorsque les conditions sont réalisées, il peut devenir un obstacle gigantesque, très difficilement franchissable, à l'entreprise de la rénovation.
Les années 1986-1988 sont témoins de la confrontation de ces deux caractératiques. Mais notre peuple n'a pas eu de chance, les événements complexes dans les pays du bloc soviétique et de l'Europe de l'Est, en Chine vers la fin des années 80 ont des influences néfastes sur le Vietnam.
Ces événements ont déclenché le réflexe d'autodéfense de la classe dirigeante, faisant pencher la balance vers le côté négatif et privent notre peuple d'une rare occasion pour rénover le pays dans l'esprit d'ouverture, de transparence et de réconciliation. Aujourd'hui, nous devons encore aller à la recherche de cet esprit de transparence. Les communistes qui pensent encore au pays ont progressivement réalisé que pour continuer à vivre en paix avec leur conscience, il n'est pas possible de ne pas faire la différence entre eux-mêmes et cette force non transparente.
Il est trop tard pour que le Parti d'une classe fanatique puisse s'épanouir, se changer en un Parti à caractère populaire et démocratique. Il se replie ainsi dans son égocentrisme de toujours. Pour s'intégrer dans la communauté internationale sans vouloir perdre les faveurs, cet appareil a procédé au changement du premier des privilèges, à savoir l'économie, tout en renforçant le troisième facteur, à savoir les principes idéologiques de la doctrine communiste. Il utilise ces deux facteurs pour servir soi-même.
Ainsi, prend forme l'économie de marché à orientation socialiste. Et il ne suffit que de cela pour entraîner automatiquement l'application d'une politique à double face, pour empêcher un débat loyal interne. Il y a contradiction dans la dialectique. Au lieu de réaliser une ouverture sincère dans une confiance mutuelle, il faut continuer, à présent, à se mentir, à s'opposer. La corruption est généralisée pour devenir un fléau national alors qu'on se perd dans un labyrinthe, à la recherche d'une solution.
Cette ambition n'a rien d'étonnant et ces manuels théoriques ne sont que la logique habituelle de tout effort de survie. Au lieu d'avoir une occasion d'épanouissement entraînant un progrès au niveau intellectuel du peuple et du Parti -Parti avec l'esprit populaire et démocratique pour servir de base au décollage - au contraire, de nos jours, le peuple doit se remettre peu à peu à édifier son niveau intellectuel et celui du parti pour servir de point d'appui afin d'améliorer la situation.
Mais actuellement, il ne reste aucun autre chemin; car les vraies opportunités pour le peuple ne dépendent que du développement de son niveau intellectuel. Les opportunistes, d'une part cherchent à jouer sur le temps, retardant la rénovation, leur plans n'étant pas encore prêts; d'autre part, ils veulent se presser dans la recherche de leurs propres "occasions", le plus tôt sera le mieux, alors que le niveau intellectuel du peuple n'atteint pas encore eun matusité suffrante pour empêcher cette rénovation bâclée.
On ne s'étonne pas que beaucoup préfèrent cette période idéalement propice pour les affaires juteux, constituée par cet état de transition. Lorsque les honnêtes gens reprennent conscience, ils seront devant un fait accompli. Le peuple doit, une fois de plus, refaire son bagage intellectuel, réarmer son esprit et améliorer son mode de vie comme préconisait le patriote Phan Chu Trinh dans le temps. Il va falloir résoudre à nouveau le problème d'autrefois, mais avec les données d'aujourd'hui.
L'appel à une "nouvelle guerre de résistance" -selon le langage du communiste vétéran Nguyen Khac Vien- est assimilable à celui de M. Phan, un appel à caractère pleinement culturel. Il s'agit d'une lutte interne de notre peuple, il n'y a ni amis, ni ennemis. Personne ne peut la faire à notre place. Le droit de jugement ultime appartient à notre peuple.
Il s'agit d'une évolution pacifique pleine de caractère culturel. Il n'y a ni vainqueurs, ni vaincus. Le moderne doit vaincre; mais toutes les vraies valeurs doivent être conservées, tous les projets authentiques doivent être poursuivis. Les anciennes erreurs sont même pardonnées, à plus forte raison, a-t-on besoin de rejeter les anciens mérites ? Nul acte de violence n'est permis de se produire. C'est dans la paix que la société part vers l'avant, bien sûr qu'on doit rectifier beaucoup, mais on n'a besoin d'aucun recul.
Mais cette lutte à caractère pacifique et culturel ne peut être assimilée à l'actuelle "stabilité artificielle à sens unique". L'attitude de fuite du citoyen devant la responsabilité, l'attitude de garder le silence pour être tranquille ne peuvent être considérées comme celles de la culture intellectuelle. (Une lutte menée à moitiéeut parce que l'immobilisme!) "Le silence favorise l'oppression", cette phrase d'une personnalité politique, M. François Mitterrand, ancien président français mérite notre réflexion.
Je pense que si certains gens nous menacent que la lutte pour la démocratie mènera inexorablement vers le chaos, assimilant toutes les tueries barbares dans le monde à l'esprit de la démocratie pluraliste, ceux-là, non seulement ne savent rien; mais encore, ils prêtent main forte aux argumentations réactionnaires, ne désirant pas le progrès de notre peuple, ne voulant que garder ce peuple dans la docilité pour mieux l'exploiter. Si l'on veut rechercher des ennemis, ils sont là.
Etant donné son caractère suranné et étroit, la dictature est obligée de rejeter tout ce qui lui est différent pour survivre. Il n'y a que le moderne, le pluralisme de droit, dépourvu d'ìdéologie qui sont capables de tolérance. Si vraiment la loi d'évolution préconise qu'en toute chose, "la disette entraîne la stabilité alors que l'abondance engendre le désordre", comment l'humanité peut-elle avoir une civilisation comme aujourd'hui ? Il n'y a que la lutte pacifique pour atteindre un développement sain qui peut apporter la stabilité, une stabilité "dialectique".
Si l'on utilise la violence de la dictature pour maintenir la stabilité, celle-ci est non seulement malsaine, mais encore, elle est fausse, contradictoire et bloquant. Plus on persiste dans cette voie, plus on va vers le chaos.
C'est une lutte ouverte qui ne se contente pas seulement d'être publique, mais qui veut adopter le caractère ouvert comme principe, comme "règle du jeu", condamnant toute dissimulation.
Le pénombre ne profite qu'au Mal. Lorsque le Parti s'attribue le rôle de diriger toute la société et l'inscrit dans la Constitution, tous les actes du Parti ont une influence directe sur la société, comment peut-on dire qu'il s'agissait de ses affaires internes ? Si l'on ne peut pas réaliser le caractère ouvert, tous les projets de rénovation dans le but de construire une démocratie de droit ne révèlent que du badinage.
Il faut, d'une part mener la lutte dans le cadre légal, défendant les lois du progrès, d'autre part, mener la lutte pour améliorer les lois elles-mêmes. Ce n'est par cette voie que les lois ne seront pas en contradiction avec le développement, surtout lorsque le système légal est encore en phase d'établissement.
Depuis qu'il y a la politique de rénovation, sur le plan économique, nous avons eu des progrès remarquables et aussi de nombreux autres résultats réjouissants. Mais ce que je viens de présenter peut illustrer d'une certaine façon le caractère complexe de la situation qui n'est pas aussi simple que cela puisse être extérieurement.
Si ce n'est pas par une aspiration culturelle profonde, le peuple vietnamien peut aussi bien se croiser les bras pour se reposer ou s'occuper de ses propres affaires et n'a pas besoin de se fatiguer les méninges avec des problèmes d'actualité qui dérangent les dirigeants du Parti.
Une aspiration à caractère culturel ! C'est celle qui veut saisir l'occasion pour arracher le peuple du fond de la misère et le faire décoller, et non pour faire monter le GDP, ni pour améliorer seulement le niveau de vie, ni même pour pouvoir s'intégrer dans la communauté mondiale ou devenir un "dragon", mais pour que le peuple puisse se faire une vie nouvelle, éliminant ses défauts pour s'élever à un niveau de civilisation véridique (et non pas le niveau fastueux que nous nous attribuons), un niveau que les capacités du peuple permettent d'atteindre et où les peines et les labeur du peuple sont récompensés.
La façon d'évoluer actuelle de notre pays est en contradiction avec cette aspiration humaniste; par conséquent, elle ne crée pas les fondements culturels solides pour un développement économique sain, un établissement de la démocratie de droit, une industrialisation et modernisation du pays comme nous souhaitons.
Lorsque nous tenons tous les pouvoirs en main, nous pouvons pratiquer un simulacre de démocratie et personne n'y peut rien contre nous, personne ne peut nous discuter, au contraire, bien des gens vont encore nous ovationner et nous féliciter.
Mais la justice du Ciel est fait de tell sorte que si nous ne sommes pas sincères, nous ne pouvons ni conquérir le coeur des gens, surtout ceux qui ont des connaissances modernes; ni avoir la force originelle, et tôt ou tard, le Peuple nous obligera à payer nos dettes qu'il nous a avancées provisoirement, ou que nous lui avons substitué habilement.
Si nous pouvons nous dérober durant notre vie, nos enfants et petits-enfants auront à acquitter de nos dettes, comment peut-on fuir les dettes envers le Peuple ? Malheureusement, en fin de compte, le peuple reste toujours le plus lésé, et c'est pourquoi, ensemble, nous devons empêcher cette action punitive de se produire.
Par contre, s'il existe un vrai chemin de rénovation, issu de la perception culturelle et la manière culturelle de résoudre les problèmes, prenant la clarté comme principe; où tout le monde doit pouvoir exprimer ses idées si diverses soient-elles; où le peuple tout entier doit pouvoir réellement décider de la destinée de la Nation; nulle violence ne pourra survenir, toutes les acquisitions anciennes étant sauvegardées, tous les projets sérieux poursuivis, et, dans un atmosphère de paix, chacun aura sa part d'un bonheur inestimable, pourra se regarder dans les yeux avec plein de confiance et jouira de tous les conforts dans la fierté d'être un homme.
Cet état merveilleux, des dizaines de nos appareils de propagande renforcés pour des centaines de milliards de dollars ne peuvent pas réussir à créer.
Une politique à caractère culturel, d'une part, peut se baser sur le niveau de la masse populaire pour édifier des plans répondant à la majorité, mais d'autre part ne doit pas profiter du faible degré intellectuel de la population pour ignorer les besoins de Culture et des Droits de l'Homme de la minorité qui bénéficie d'un plus haut degré de culture.
C'est le respect de cette minorité qui assurera la justice pour la masse et qui l'élève progressivement, sans avoir besoin de prendre les uns pour servir de modèles aux autres. Si dans la lutte pour l'indépendance, l'on a puisé la force principale dans la masse, il est aussi naturel que dans celle pour la Culture d'aujourd'hui, cette force se puise dans la minorité de plus haut niveau culturel.
De cette manière, les besoins de haut niveau seront comblés progressivement, il y aura une conciliation entre les compétences et la réalité, entre le les droits et les devoirs, une conciliation entre les masses de gens ayant un certain niveau intellectuel et les besoins inégaux dans la société. Un tel état de large pluralisme pourrait ouvrir une issue pour tout le monde.
Dans la lutte interne, des fois, nous avons la capacité de corriger nos défauts, mais lorsqu'il existe un paravent, les erreurs pourront se cacher derrière. Dans ce cas, le mieux pour s'entraider à corriger les erreurs est d'enlever ce paravent.
Plus je réfléchis sur le contenu et la situation actuelle de l'idéologie marxiste, plus je réalise qu'il s'agit là d'une idéologie monarchique déguisée d'une dernière dynastie qui est en train de retarder le progrès social, et qui sert de paravent pour les facteurs négatifs.
Peu de gens ont l'idée de détruire ce paravent, et se comportent de telle façon à " le laisser là, vous et moi, nous nous cachons ensemble derrière, on se comprend. Il faut vivre avec son temps, sous le marxisme-léninisme, faisons des rédactions sur Marx et Lénine pour vivre, à quoi sert de le contredire ? C'est le secret de l'aïkido"
Il semble que l'idée de laisser les choses tranquilles ne tue personne, mais je ressens quelque chose de trop malheureux, insupportable, qu'il faut qu'on en parle ! Comment cela ne tue personne ? Il y en a qui en meurent dans le sens propre du terme, il y en d'autres qui souffrent entre la vie et la mort à cause de ce paravent, et tout un peuple qui est en train de mourir de la même façon que tout être humain mortel.
Dans les autres pays, ce paravent n'attire sûrement pas autant d'attention! Mais au Vietnam c'est différent, il est tout, car le Vietnam est la capitale du sophisme!
Le sophisme est avant tout un paravent pour que l'on n'ait pas à confronter à sa Conscience et son Intelligence! Ainsi l'on est à l'aise, libre de faire et de dire ce que l'on veut, se glisser à volonté comme des anguilles, s'adaptant à tous les régimes. Le "Changement peut se faire vers le nouveau ou vers l'ancien", on a toujours ses intérêts.
C'est une astuce pour ne jamais affronter le Mal, comme pour ne jamais confronter directement au Bien! C'est le voile du prestidigitateur qui, une fois levé, fait disparaître ou apparaître des choses, trompant notre vue.
Ce sont les arts martiaux et le cirque vietnamiens (je demande à nos amis les experts en arts martiaux et les artistes du cirques de me pardonner d'avoir à emprunter votre vocabulaire). Les Lois d'évolution ? La Pensée ? La Légitimité ? Elles ont perdu toute crédibilité et arrivées à ce stade, doivent se retirer dans le maquis. C'est "la quiétude" vietnamienne pour répondre "aux mille mobilités" dans la vie.
On vit du sophisme, construit sa vie avec le sophisme, s'entre-tue aussi par le sophisme. Le sophisme !... L'on est sorti de tant de sièges, décroché tant de victoires, rien qu'avec un paravent à pouvoir enchanteur.
On a l'habitude de penser qu'en ce temps économiquement difficile, à quoi bon de gaspiller ses forces dans une lutte idéologique, car on ne sait combien d'argent du peuple cet paravent avec toute sa structure et ses dépendances a pu avaler chaque jour.
Peu de gens peuvent comprendre que, pour avoir un seul jour de "stabilité" selon la méthode d'aujourd'hui, le trésor a dû débourser tant d'argent visant à caler les pieds boiteux du système, le peuple doit faire tant de sacrifices pour soutenir ce château dont les bases sont minées pour rester debout provisoirement et recevoir les invités venus de tous les coins du monde. Mais ces dépenses ne sont rien à côté du prix de la décadence culturelle qui se déroule chaque jour, derrière ce paravent.
Si l'on veut connaître l'importance de ce paravent, il suffit de l'enlever, beaucoup de gens vont s'acharner à le défendre comme on défend quelqu'un de sa famille.
Mais, si l'on peut le retirer, le Vietnam sera dans la lumière. Car ce n'est à partir de ce moment que tout pourra commencer dans la clarté et la transparence, et que tout peut avoir une sens véritable.
L'idéologie marxiste-léniniste est inutilisable dans la construction de la société civilisée d'aujourd'hui. Et malgré des pertes douloureuses qu'elle a causées à notre pays, elle a par contre le mérite de nous avoir aidé à mobiliser la force du peuple dans la Révolution d'Août et les guerres de résistance contre l'invasion étrangère, changeant la place de notre pays sur la carte du monde. Elle a vécu les beaux jours avec notre peuple, et d'une certaine mesure, a contribué à la maturité des Vietnamiens.
Ayons un comportement chevaleresque pour laisser cette idéologie prendre congé du peuple dans la dignité. Cette idéologie qui, jadis arrivait chez nous par la voie clandestine, mérite d'être reconduite par la porte principale.
Laissons la partir dans la paix. Si lors de cette dernière étape, pour un rien d'intérêt personnel, l'on l'oblige à jouer jusqu'au bout le rôle de paravent, ne serait ni pas la pire manière de remercier Marx ? Les Vietnamiens sont experts en paravents, toutes les idéologies venues ici ne leur échappent pas, mais cette fois, épargnons Marx.
J'ai eu la témérité de franchir le trop grand obstacle qu'est mon niveau de connaissance limitée pour exprimer quelques simples opinions, avec le désir de recevoir des instructions venant des mes chers amis lecteurs.
Que veut dire "Doi Moi" (rénovation)? Si ce n'est tout un peuple qui se réveille, se dépasse pour marcher à l'avant.
Dalat, le 19/08/1995
Ha Si Phu