M. Hoang Minh Chinh continue d'être persécuté en prison

NDLR. Arrêté en Juin 1995, M. Hoang Minh Chinh fut jugé le 8/11/1995 dans un simulacre de procès à Ha Noi et condamné à 12 mois de prison malgré une demande de report de sa famille à cause de son état de santé . L'article suivant a été rédigé avant ce procès.


Après 4 mois de détention, la famille de M. Hoang Minh a pu lui rendre visite le 2 Octobre dernier. Ils ont été témoin des traitements inhumains qui ont été infligés à M. Chinh en prison. La visite s'est déroulée pendant 30 minutes dans la prison B-14 à Ha Noi, d'après la fille de M. Chinh à Saigon qui a pu parler à son père à travers les vitres et les écouteurs. Après des mois de détention, la santé de M. Chinh s'est fortement détériorée. Il a vivement critiqué les mauvaises conditions de détention. Le régime oblige les prisonniers à manger du riz en décomposition.

M. Chinh a aussi informé sa famille des actes de répression du régime à son égard en le mettant en détention avec des prisonniers de droit commun dans la même cellule. Fort des expériences des mauvais traitements infligés par le régime dans les périodes de détention précédentes qu 'il a pu relater dans la lettre ouverte en 1993, M. Hoang Minh Chinh a demandé à sa famille de faire une autopsie de son corps à la prison lorsqu'il sera decédé. Les autorités communistes vietnamiennes ont aussi préparé des actes d'accusation dans le cas où ils auraient décidé d'organiser le procès de M. Hoang Minh Chinh. L'acte d'accusation a été transmis à M. Chinh pour signature et envoyé à la Commission de Contrôle.

Selon l'acte, M. Chinh est accusé de diffamation, de critiques envers l'état dans l'interview qu 'il a accordé à un journaliste polonais et de recel de documents de M. Do Trung Hieu. L'acte d'accusation a été lu pendant la visite de Mme Hoang Minh Chinh et de sa fille. M. Chinh a dit à sa femme et sa fille que cet acte est une pure calomnie. Il n'a rien fait d'anti-constitutionnel, ce qu 'il a fait c'était pour les vietnamiens et pour le Vietnam. Il souhaite que son procès puisse se dérouler de manière publique et qu'il puisse en discuter avant avec son avocat. Il a insisté pour que sa famille réalise son voeu.

Interview de M. Hoang Minh Chinh le 21/4/1995 à Ha Noi par le journaliste polonais Jacek Hugo Bader, publié dans le magazine Magazyn Gazeta Wyborcza le 21/4/95.

En 1939, à 19 ans M. Hoang Minh Chinh fut membre du Parti Communiste Indochinois, élève de l'école Français à Ha Noi, où Mr. Vo Nguyen Giap a enseigné comme professeur d'histoire. A 20 ans, il fut arrêté par les français et condamné à des peines de 10 ans de reclusion, plus 10 ans d'exil. 4 ans après, profitant d'un putsch des Japonais contre les Français, il s'évada de prison et fut nommé Secrétaire Général du Parti Démocratique. Le 2 Septembre 1945, avec les représentants du Bureau Exécutif du Comité Central du Parti Communiste, il a participé à la création du Gouvernement Provisoire de la République Démocratique du Vietnam.

A 26 ans, le Général Giap lui confia la mission de constituer une armée vietnamienne de Kamikaze, pour combattre le retour des français au Vietnam. Mr. Hoang Minh Chinh a recruté 300 jeunes de 18 à 20 ans. Vers le milieu de l'année 1946, son groupe commença à s'engager dans la bataille, il utilisa des bombes pour attaquer les chars, et des avions de combat français stationnés à l'aéroport. Ce furent des ouvriers, des étudiants, des lycéens- M. Hoang Minh Chinh a parlé ainsi de ses hommes, parmi eux il y avait plus de 30 condamnés de droit commun. J'ai une confiance totale en eux. Dans chaque groupe de Kamikaze, il y a au moins une personne de cette catégorie sociale. Malgré leur délit, ils sont animés par de grands sentiments de patriotisme.

J.Hugo Bader (JHB) : S'agit-il du fanatisme marxiste ?

Hoang Minh Chinh (HCM) : Non, c'est du patriotisme. A cette époque personne n'en a encore entendu parler de communisme marxiste.

JHB : Mais les leaders du Parti Communiste de cette révolution ?

HMC : A cette époque on fait des révolutions pour le peuple, dans mon groupe il n'y a aucun membre du parti communiste.

Dans la bataille de l'aéroport de Gia Lam, Hoang Minh Chinh fut blessé. Son groupe n'a pas pu occuper l'aéroport, mais Mr. Hoang Minh Chinh a été très fier de ce résultat, car ils ont réussi à détruire la totalité des avions. Après six mois de rééducation à cause de sa blessure, Mr. Hoang Minh Chinh fut nommé Secrétaire Général de la Fédération des Jeunes Vietnamiens. A 37 ans, il commença à se former au communisme Marxiste-Léniniste à l'école du Bureau Exécutif du Comité Central du Parti Communiste Soviétique à Moscou. 40 ans, de retour du pays, il enseigna à l'Institut d'Etudes du marxiste-léninisme.

La deuxième guerre d'Indochine commença avec quelques affrontements entre le Nord et le Sud. De retour de l'Union Soviétique, il a été invité à parler de la situation de ce pays après le 20 ème Congrès du PCUS devant le Bureau Politique. La réunion s'est déroulée pendant 3 jours sans parvenir à un consensus. Il fut impossible de départager ceux qui ont eu raison et ceux qui ne le sont pas: la tendance pro Kroutchev ou la tendance adverse. A l'intérieur du Bureau Politique du PCV, la moitié des membres est pro soviétique comme M. Chính. Mais la tendance pro chinoise est aussi forte.

HMC: Tout ce que j'ai dit, l'on a pris pour du nouveau révisionnisme. J'ai parlé comme Kroutchev que pour parvenir au socialisme, nous n'avons pas besoin de prôner une lutte armée, mais par des coopérations économiques entre les pays frères, par des ouvertures au capitalisme. Ma plus grande faute est celle d'avoir prôné une orientation vers le socialisme sans une dictature. Ils m'ont peut être hai à cause de cela. Mais si vous regardez l'histoire du monde dans les 100 dernières années, y-a-t-il quelqu 'un qui a pu parvenir au socialisme par une voie pacifique?

JHB: Non, cela n'a pas encore existé.

HMC: Pourtant cela existe, prenons l'exemple de la Hongrie en 1919.

JHB: Non, je ne le penses pas, car il y a eu la guerre, et des morts.

HMC: Cette guerre n'était pas significative. Jusqu 'en 1917, même Lénine a reconnu que l'on pourrait parvenir au socialisme par une voie pacifique. Après la 2ème guerre mondiale en Europe, citons l'exemple de la Pologne, la Tchécoslovaquie, la Hongrie, où le socialisme est arrivé par la voie parlementaire.

JHB: Vous vous êtes complètement trompé!

HMC: Mais c'était mon raisonnement afin de les convaincre de ne pas utiliser la force pour libérer le Sud. A cette époque, le sort du Sud a été scellé. La guerre n'avait pas encore éclaté. Le président Ngo Dinh Diem dirigeait le Sud. La situation demeurait calme là bas. Mes camarades voulaient avoir des rapports pacifiques. Nous ne préconisons pas de construire le rideau de fer. Chaque guerre serait une tragique erreur. Je pense que je serait plus proche de la voie de Ghandi.

JHB: Et vous avez exprimé publiquement votre idée?

HMC: Oui. Et même la tendance pacifique semble l'emporter... Mais à la 9ème Conférence du Comité Central en 1963, la tendance pro chinoise a triomphé. Le premier Secrétaire Le Duan a déclaré que la pensée de Mao Tse Toung était le guide suprême du socialisme à cet époque.

HMC: Le Duan était le numéro 2 du parti, en fait il concentre sur lui tous les pouvoirs. Tous ses adversaires ont été éliminés, plusieurs personnes ont été emprisonnées, et même liquidées. Il y a eu aussi une purge importante dans l'armée. J'ai été radié de l'institut d'études du marxisme léninniste. Depuis je vive avec mes traitements de cadre du parti. Lors du changement du 1/5/65, Le Duc Tho était venu pour me proposer un poste de ministre si j'acceptais de modifier mon point de vue.

JHB: Mais alors où se trouvait Ho Chí Minh? D'après vos dires, j'ai l'impression que M. Ho n'a jamais existé. D'après moi, c'est lui qui était le dictateur qui contrôlait tout avec une main de fer.

HMC: A ce moment là, M. Ho était chef de l'état et président d'honneur du parti. Mais il a essayé d'esquiver toutes les discussions. Il s'était placé à côté et répètait sans cesse que: "Tuer la souris mais sans toucher au précieux vase ".

JHB: Pourquoi n'avez vous pas essayé de le convaincre?

HMC: Cela n'avait aucun sens. Il était très faible et facilement influençable. Il n'avait pas de vrai pouvoir. Cette situation allait durer de 1963 jusqu'à l'année de sa mort en 1969.

JHB: Qui a décidé alors de lancer l'offensive contre le Sud?

HMC: Principalement c'était Le Duan.

JHB: Cette décision, d' après vous, était juste ou c'était une erreur?

HMC: Une décision complètement idiote. Le pays doit être unifiée par la voie pacifique.

JHB: Mais il semble que la population acceptait la guerre.

HMC: La population? Qui a demandé l'avis de la population? Le parti représentait tout.

JHB: Alors. Ce n' était pas les Etats Unis, mais c' était les troupes nord vietnamiennes qui furent les envahisseurs?

HMC: C'est aux historiens d'en juger.

A l'âge de 47 ans, HMC fut de nouveau emprisonné. Il a été arrêté le 27/7/1967 à Ha Noi et resta 8 années consécutives en prison. Seul et sans aucun jugement. Ses geoliers ont provoqué des bruits au plafond toutes les nuits afin de l'empêcher à dormir. Sa santé s'était détériorée.

JHB: Quand avez-vous abandonné le communisme?

HMC: Pendant la période de formation à Moscou, j'avais pris conscience que je ne serais jamais un communiste. Officiellement, ils m'ont radié du parti immédiatement après mon arrestation.

JHB: Mais vous aviez été pendant quelques années le directeur de l'Institut d'Etudes du marxisme léninisme. Ne trouvez-vous pas que c'était une façon d'être révisionniste?

HMC: Non. Pendant les 3 années et demi en qualité de directeur de l'institut. C'était l'endroit qui offrait le plus de liberté et de démocratie dans tout le pays. J' ai pu diffuser la pensée que le parti a qualifié de révisionniste.

JHB: Qu 'est-ce que vous haissez le plus dans le communisme?

HMC: La lutte des classes et la dictature du prolétariat. Toutes ces atrocités, les luttes internes, la dénonciation du nationalisme pour les intérêts du prolétariat, sans compter la révolution culturelle, la destruction de la culture et de la science. Je ne supporte pas le monopartisme "pas de libertés sans démocratie, pas de bonheur sans libertés".

A 55 ans, HMC a été libéré à l' occasion de la "Victoire de 1975". Il vivait chez lui, participait aux activités et discutait de l' actualité avec sa famille et ses proches. Il a beaucoup lu. Il ne préconisait pas d'activités clandestines. Il a dit: " C'est ma tactique. Tout doit être annoncé clairement et publiquement". Sa famille et ses proches ont eu beaucoup de problèmes à cause de lui.

HB: Quelle voie préconisez vous pour le Vietnam?

HMC: Les intellectuels progressistes pourraient sauver le pays. Afin de sortir de la pauvreté, et du sous développement, il faut unifier tous les potentielvietnamien, les intellectuels progressistes, opposition modérée au régime et les forces des vietnamiens d'outre-mer. Ce sont deux millions de vietnamiens vivant aux Etats Unis, en France et en Europe de l'Est. Eux seuls peuvent apporter la civilisation et le progrès scientifique au Vietnam.

JHB: Pourquoi ne parlez vous pas de politique, de communisme. Vous les avez déjà tous abandonné, n'est ce pas?

HMC: Je n'accepte pas le communisme, comme toutes les autres solutions violentes. Il faut amener les communistes à une table ronde de négociation. Il n' y a pas d'autre alternative.

JHB: Mais le parti participe à la table ronde avec qui, alors que l'opposition est inexistante, je veux dire une opposition organisée?

HMC: Il faut commencer par une période d'ouverture. Il existe des hommes courageux et clairvoyants: des journalistes, des écrivains, des scientifiques et d'anciens militaires. S'ils auront l'occasion de s'exprimer, la population va se réunir et s'organiser autour d'eux. Ce chemin sera long mais c'est la seule voie.

A l'âge de 61 ans, HMC est emprisonné pour la troisième fois. C'était en 1981 qu 'il a écrit une lettre demandant au parti de se démocratiser. Cette fois, ils l'ont détenu pendant 6 ans sans aucun jugement.

JHB: Je pense que les fidèles bouddhistes peuvent jouer un rôle important dans la restauration du Vietnam.

HMC: Peut être, mais moins bien que les catholiques et l'Eglise.Pour les bouddhistes, se mettre en état de lutte ne semble pas conforme à leur philosophie.

JHB: Mais l'église catholique a été durement réprimé et obéit maintenant au gouvernement. Le PEN Club polonais a voulu demander à l'église de jouer l'intermédiaire dans les interventions en faveur des prisonniers politiques, mais l'eglise a refusé.

HMC: Mais ils sont au courant des tendances dans le monde. Quand je suis rentré à mon lieu natal, tous les fidèles dans le village me connaissaient, ont entendu parler de mes livres, des imprimés d'origine d'outre-mer. Ce n'est pas la même chose pour les bouddhistes. Sur le plan politique, la minorité de catholiques a plus d'influence que les bouddhistes.

JHB: Pourquoi ne disiez-vous rien sur les autres prisonniers politiques? N'avez-vous pas de contact avec eux?

HMC: Cela est inutile, c'est à cause de cela que je me tais. J'ai d'autres préoccupations plus importantes. JHB: A propos de quels sujets?

HMC: Le plan d'action, dans lequel il n' y a pas de responsables mais simplement des axes d'action.

JHB: Après avoir passé 18 années en prison, vous saurez mieux que quiconque les souffrances que doivent endurer les prisonniers politiques. Vous étiez parmi les leur, n'est ce pas?.

HMC: Je vous comprends. Mais j'ai un plan et le but stratégique sera une Table ronde.

JHB: L'opposition polonaise a commencé la lutte pour mettre un terme au gouvernement par des luttes en faveur de la libération des prisonniers politiques.

HMC: En Europe, vous avez aussi pensé à cela?

JHB: Oui! évidemment.

HMC: Une exellence expérience. Espérons qu 'elle aura lieu au Vietnam.

JHB: On pourrait même espérer qu 'un jour le diable va arrêter les communistes. mais ce n'est qu'un simple souhait. Je pense qu'actuellement vous n'avez aucune influence pour obliger les communistes à participer à la table ronde. En Pologne, l'opposition a obligé les communistes à venir à la table ronde en arrachant les prisonniers un par un des prisons. L'opposition a écrit des lettres de protestation, a fait des pétitions, organisé des manifestations, envoyé des lettres, boycotté les programmes de télévision d'état, boycotté les journaux, refusé de payer les loyers, les factures de téléphone, d'eau et d'électricité, écrit des slogans sur les murs, allumé des bougies, fait la quête des médicaments, des vêtements pour les prisonniers polìtiques, arboré des badges du syndicat Solidarnosc...

HMC: Mon programme semble raisonnable pour que les communistes puissent accepter. Je ne voudrais pas créer des désordres pour qu 'ils puissent refuser. Je ne voudrais pas trop diviser le problème en de petits détails.

JHB: Des petits détails? Ne pensez vous pas qu'ainsi vous deviendrez une plus grande menace pour le gouvernement.

HMC: Je pense que même en agissant ainsi, je ne pourrais pas venir en aide aux autres prisonniers politiques. Vous devez comprendre qu 'au Vietnam, vous ne pouvez pas recevoir le soutien si vous luttez pour un individu. En Asie, chaque individu n'est qu 'un grain de sable, un élément de toute la communauté. Il faut avoir un but noble. JHB: Et le plus lointain et le plus vague possible.

HMC: Oui, c'est cela. Le Vietnam est fait ainsi.

(Le journaliste Jacek Hugo Bader a donné rendez vous à M. Hoàng Minh Chính chez une connaissance. Quand M. Chinh arriva, il était suivi par deux agents secrets. Ils l'ont attendu de l'autre côté de la rue. Après la rencontre, M. Chinh est parti le premier, entrainant avec lui les deux agents secrets. Ils n'ont pas pensé que M. Chinh venait de rencontrer un journaliste étranger. Deux jours après, M. Chinh a répondu à des questions d'une équipe de la télévision américaine. A cause des imprudences de l'équipe, les forces de sécurité ont pu confisquer l'ensemble des cassettes d'enregistrement à l'aéroport). Poznan 22/4/1995.


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