Après les arrestations récentes d'anciens membres du Parti Communiste Vietnamien (PCV) par les autorités de Hanoi, Judy Stowe, auteur des éditoriaux sur le Vietnam de la BBC a eu cette remarque :
Une des personnes présumées arrêtées ces derniers jours, est M. Le Hong Ha. M. Le a été un chef de bureau du ministère de l'Intérieur pendant de longues années et directeur d'une école de formation des cadres de la police. Ce sont vraiment des postes à responsabilité, et si la nouvelle de son arrestation était exacte, il y aurait un grand remous parmi ses anciens collègues et élèves. Ils peuvent se demander si l' instruction qu'ils ont reçue lorsqu'ils étaient à l'école de M. Le est toujours juste ou est devenue erronée. Cependant, ce n'est pas là leur premier souci.
Ces derniers mois, M. Le Hong Ha a diffusé des documents critiquant nominalement certains dirigeants du Parti qui l'ont exclu et organisé des conférences dans le but de le salir pour la simple raison qu'il a appelé le Parti à réviser les cas d'injustice disciplinaire à l'intérieur du Parti datant d'il y a au moins 30 ans.
Mais M. Le Hong Ha n'est pas le seul à divulguer de tels appels. Pourquoi l'arrêter maintenant ? M. Hoang Minh Chinh vient d'être jugé et condamné au mois dernier pour la même raison, pour avoir émis de pareilles requêtes. N'est ce pas là la manoeuvre du Parti visant à immoler une série de boucs émissaires pour intimider les dissidents jusque dans ses rangs ?
Si c'est le cas, cette tactique ne semble pas produire de résultats. Dans la préparation de son 8ème congrès qui devrait avoir lieu vers mi-1996, le Parti a demandé la contribution d'idées à ses membres. Le résultat est qu'un grand nombre de lettres de la part des vétérans renommés ont mentionné les besoins de révision des injustices du passé, d'ouverture et de démocratie pour le futur. Ceci ne devrait pas surprendre la classe dirigeante.
Juste avant la chute des régimes communistes en Europe de l'Est, il existait déjà au sein du Parti un certain nombre d'intellectuels qui commençaient à avoir des doutes sur les points fondamentaux du communisme comme la lutte des classes et la dictature prolétarienne. Ils ont émis des incertitudes sur la compatibilité du marxisme qui est fondamentalement un système de pensées occidentales avec la société agraire vietnamienne qui possédait sa culture et ses traditions spécifiques. Il est vrai que la société méritait d'être changée, de traverser une révolution. Mais le Vietnam est incapable de faire une révolution prolétarienne, en n'ayant presque pas de classe ouvrière. Ces sujets sont soulevés par plusieurs personnes différentes comme M. Ha Si Phu, un intellectuel formé en Tchécoslovaquie et le général Tran Do vétéran des deux guerres.
Les idées de M. Ha Si Phu ont été présentées la première fois en 1988. Aujourd'hui, M. Ha Si Phu est arrêté alors que ses supporters n'ont pas été touchés. S'agit-il cette fois encore d'initiative personnelle ? ou plutôt une preuve supplémentaire du durcissement de la position des conservateurs dans l'objectif de monopoliser le prochain congrès.
M. Le Hong Ha, né en 1926, devint membre du Parti Communiste en 1946. Il fut nommé responsable de l'Ecole de Formation des Forces de Sécurité de 1953 à 1957, puis responsable du Département de Synthèse au Ministère des Forces de Sécurité. En 1979, il devint membre de la Commission des Sciences Sociales. En 1990, il fut chargé du programme scientifique au niveau national sur les problèmes de l'emploi. Il a été exclu du parti en Juin 1995 en même temps que M. Nguyên Trung Thanh, un autre cadre de haut rang de la Sécurité, chargé du Département de Sécurité Politique de 1962-1988. Il a émis publiquement des doutes sur les bien fondé des décìsions du Bureau Politique concernant le célèbre procès "des révisionnistes contre le parti" en 1967. Il fut arrêté le 7/12/1995 à Ha Noi..