Vietnam Démocratie - Janvier 1998

Le Parti Communiste Vietnamien
face aux problèmes de développement

I. L’environnement économique et social du Vietnam

Actuellement, les dirigeants de Hanoi doivent faire face à 3 difficultés insolubles à court terme :

  1. L’impasse sur le plan idéologique engendre des luttes en interne pour garder le pouvoir et pour obtenir des privilèges,
  2. Le pouvoir central ne contrôle plus les pouvoirs locaux, l’appareil administratif, militaire et de sécurité,
  3. Le Parti Communiste et l’état vietnamien ne bénéficient plus la confiance de la population.

Les solutions aux 3 problèmes cités ont des corrélations étroites entre elles. Si les dirigeants du Vietnam cherchent une solution à l’impasse idéologique en abandonnant le rôle prédominant du secteur étatique et en privatisant ce secteur, le parti va perdre sa base et voir son influence considérablement réduite dans plusieurs domaines économique, social, culturel et même politique. Si les dirigeants veulent résoudre de manière radicale le problème de corruption, ils vont perdre leur appui dans l’appareil administratif corrompu et inefficace actuel. Si les dirigeants veulent rétablir la confiance chez la population, ils doivent adopter plusieurs mesures qui vont à l’encontre de leurs intérêts vitaux : abolition de l’article 4 de la Constitution qui stipule le rôle dirigeant du parti dans la société vietnamienne, remplacement des cadres corrompus et incapables par des professionnels en dehors du parti, condamner sévèrement tous les cadres coupables de corruption, de dilapidations des fonds publics, autoriser la presse à présenter librement des opinions sur les problèmes fondamentaux du pays.

Les 3 impasses ci-dessus ont engendré d’autres problèmes que l’on peut lister comme suit :

II. Les difficultés qui entravent le développement

1) L’instabilité sur le plan politique et social.

Les révoltes et manifestations récentes dans les provinces de Thai Binh, Dong Nai, les grèves "sauvages"  dans les entreprises étatiques ou en joint venture, les opérations de boycott (refus de payer des impôts) des commerçants des marchés de Dong Xuan, Thanh Liet... ont montré la détermination de la population de résister de plus en plus fermement aux mesures d’exploitation et de répression du régime. Le quotidien Nhan Dan dans un éditorial a exprimé son inquiétude devant la perte de confiance de la population envers le Parti. L’instabilité résultante de cette politique d’exploitation et de répression créera des entraves au développement du Vietnam. Cette instabilité a pour cause le fossé grandissant entre le niveau de vie d’une minorité de mafia rouge et d’une majorité de vietnamiens, ainsi que la situation incontrôlable dans tous les domaines. Le professeur Benedict Kerkliet, de l’Université National d’Australie, un expert sur la réforme agraire et des problèmes du Vietnam a déclaré : "La pauvreté, l’abus du pouvoir par les autorités locales, le conflit sur la propriété des terrains, le niveau excessif des impôts sont des causes que les communistes connaissent mieux que quiconque. Avec une politique qui est encore plus inhumaine et plus féodale que sous l’époque coloniale ou féodale". M. Kerkliet a averti que si la corruption, les impôts excessifs continuent de peser sur la population et si la pauvreté s’aggrave, le PCV devra faire face à des difficultés très graves. D’après lui, le parti est au courant de ces révoltes depuis des années : en 1992, le parti a avoué l’existence des centaines de points "chauds"  dans la province de Thanh Hoa, des révoltes ont eu lieu dans le district de Dong Hung où la population a dénoncé les autorités locales d’escroquerie, de détournements de fonds pour s’enrichir alors que la population vivote dans la misère.

2) La situation de faillite du système bancaire

D’après le magazine Far Eastern Economic Review, les activités bancaires au Vietnam dépendent essentiellement des subventions de l’état. 52 banques privées et le quart des banques d’état se trouvent dans l’impossibilité d’honorer leurs dettes internationales qui arrivent à terme. Le principal problème du

système bancaire demeure l’affectation de 80% des crédits octroyés aux entreprises étatiques qui se trouvent pour la plupart dans une situation de quasi faillite. Selon un économiste à Hanoi, les banques d’état sont dans une situation de faillite avec des dettes d’un montant de 1,4 Milliards de US Dollars. Actuellement, le montant total des dettes extérieures 24 Milliards de US Dollars menace gravement la solvabilité du système bancaire. Le cabinet d’audit Bright White House a découvert que Incombank a des relations illégales avec la fameuse entreprise de Minh Phung qui a crée le scandale financier de l’année avec un trou de 400 Millions de US Dollars. La politique monétaire du Vietnam actuel ne semble pas obéir à aucune politique cohérente mais au contraire elle dépend plutôt des intérêts des différentes factions du PCV. L’une des principales causes est les réseaux d’intérêts mutuels qui protègent les diverses tendances dans le système étatique et qui n’obéissent plus à aucune réglementation du pouvoir central.

3) La chute importante des investissements étrangers

D’après les statistiques, le montant des investissements en 97 a chuté de 30% par rapport à la même période de l’année dernière. Même l’ambassadeur des Etats Unis s’est plaint que les entreprises américaines n’investisseront plus au Vietnam tant que les risques demeurent. Après 3 années de levée du blocus, les Etats Unis ne figurent qu’au 6 ème rang avec 68 projets d’un montant de 1,2 Milliards de US Dollars.

Le quotidien français Les Echos du 17/10/97 a analysé la situation du Vietnam à l’occasion du Sommet de la Francophonie à Hanoi. D’après le quotidien, la situation économique du pays est en crise. Le quotidien a cité les priorités dans le programme économique du nouveau Premier Ministre Phan Van Khai : la réforme du système bancaire, la réforme du secteur étatique, l’aide au secteur privé, la libéralisation des échanges, l’harmonisation de la croissance, la réforme de l’appareil administratif inefficace et corrompue. Le quotidien a averti que les dirigeants doivent prendre conscience qu’ils sont tributaires des aides et investissements étrangers.

Après des années d’attente de l’annonce et de la mise en application des réformes décisives, les milieux d’investisseurs étrangers ont été déçus. Les changements trop fréquents dans le cadre juridique, la corruption généralisée, le fléau de contrebande ont été les principales raisons de la chute des investissements. Depuis 2 ans, des entreprises importantes américaines, australiennes, japonaises, françaises... ont été obligées de mettre fin à leurs projets d’investissement devant les difficultés insurmontables rencontrées. Actuellement le régime de Hanoi n’a aucune capacité de résoudre ces problèmes, car le pouvoir central n’a plus de contrôle sur les pouvoirs locaux.

4)Les fléaux de contrebandes et de commerces illégaux sont en augmentation constante

M. Phan Van Dinh, Responsable de la Direction des Douanes Maritimes a reconnu que les trafics de contre-bandes et les commerces illégaux ont connu une augmentation fulgurante malgré les mesures disciplinaires prises à l’encontre de plus de 600 cadres coupables de complices dans ces trafics (10% de l’effectif des Douanes). Ce chiffre suffit à lui seul expliquer la nature insoluble des fléaux. L’on connaît depuis longtemps que plusieurs responsables de haut rang de la Douane ont organisé ou chapeauté ces trafics très juteux.

Dans les 9 premiers mois de 1997, 10.000 cas de contrebandes ont été relevés, en augmentation de 100% par rapport à la même période en 1996. Dans le 3ème trimestre 97, la douane maritime a verbalisé 4.159 cas d’infraction d’un montant de 200 Milliards de dông (18 Millions de US Dollars). D’après le quotidien Saigon Times, ces trafics de contrebandes et de marchandises de contre façon a coûté des centaines de millions à l’économie. M. Dinh a reconnu que : " Dans de nombreux cas, la douane a crée beaucoup de préjudices aux entreprises. La principale raison est le niveau trop faible du fonctionnaire. Mal formé, décadent du point de vue moral, un grand nombre ont entré dans la douane pour faire fortune ".

Non seulement, les fonctionnaires sans scrupules s’enrichissent mais ils bénéficient de puissante protection. Le journaliste Nguyen Hoang Linh du magazine Doanh Nghiep (Entreprise) a été arrêté pour avoir enquêté sur 2 cas de corruption de la douane. L’un concernant l’achat de 4 garde-côtes ukraines avec un prix quadruple par rapport aux valeurs marchandes réelles. L’autre concernant l’achat d’un bateau australien d’un montant de 5,6 millions de US Dollars. M. Linh a été arrêté pour avoir divulgué " les secrets d’état " . Un autre cas de trafics célèbres, celui de l’entreprise étatique Minh Phung qui a causé un grave crise dans le système bancaire avec un passif de plusieurs centaines de millions de US Dollars. 7 Directeurs des deux plus grandes banques d’état, ainsi que 208 autres salariés d’Incombank ont été arrêtés pour trafics d’influence, fausses écritures et détournements de fonds.

III) Les menaces qui pèsent sur le Vietnam

Au vue des quatre difficultés ci-dessus : l’instabilité sur le plan politique et social, la faillite du système

bancaire, la chute des investissements et les fléaux de corruption, de contrebandes a crée 3 types de menaces pour le futur du Vietnam.

1) La menace d’une transformation d’une dictature communiste en une dictature militaire.

Sous le couvert de plusieurs stratagèmes, les dirigeants de Hanoi cherchent par tous les moyens à garder le pouvoir. Les forces armées et les forces de sécurité ont été constamment renforcées. Elles bénéficient de nombreuses mesures de faveur et gardent le contrôle sur des ressources importantes de l’état (entreprises, terrains, banques). Si cette situation continue, le Vietnam sera gouverné par une clique de mafia rouge. Dans ce cas le Vietnam sera un pays qui vend de la main d’oeuvre bon marché, des matières premières brutes et des techniques artisanales au profit d’une minorité de capitaliste rouge en connivence avec l’étranger.

2) La menace d’une instabilité permanente sur le plan social.

L’économie de marché sauvage, prônée par les dirigeants de Hanoi a aggravé le déséquilibre entre les régions, entre les zones rurales et les villes. Elle a aussi crée des conditions favorables aux développements des fléaux sociaux tels que la prostitution, l’usage de la drogue, les jeux, le racket. Elle contribue à la décadence des valeurs morales et augmente le fossé entre une minorité de riches et une immense majorité de pauvres, aggrave la destruction de l’environnement par des déversements incontrôlés de déchets dans les eaux, fleuves, rivières. La corruption est devenue un fléau national, l’inégalité devient de plus en plus criante et la raison appartient toujours aux plus forts et aux riches. Les autorités de Hanoi deviennent des complices des directions des sociétés étrangères pour mieux exploiter les salariés, réquisitionner les terrains et bafouer la dignité des travailleurs.

L’accumulation de tous ces problèmes a engendré de graves crises sociales et des mouvements de luttes de plus en plus répandus au Vietnam. Avec sa nature totalitaire, le PCV ne reculera devant rien pour réprimer ces mouvements de revendications légitimes de la population, même avec de la force brutale. Cette situation va perpétuer l’instabilité permanente au Vietnam, et créer de graves destructions aux potentiels du pays.

3) La menace d’une situation de sous développement chronique

Afin de protéger leur pouvoir, les dirigeants de Hanoi ont resserré le contrôle dans le domaine de l’information. La presse indépendante est toujours interdite, les libertés d’opinion sont sévèrement surveillées, les influences étrangères néfastes à l’idéologie communiste sont pourchassées.

Résultat : les Vietnamiens sont tenus dans l’ignorance des développements technologiques du monde. Ils ne pourront pas non plus s’instruire avec des moyens extérieurs, car les connexions à Internet, les fax, modems ont été aussi sévèrement contrôlés. Cette situation de black out d’information a pour conséquence une perte progressive de la capacité des vietnamiens à s’adapter aux réalités du monde d’aujourd’hui, à maîtriser les nouvelles technologies, indispensables au développement. De plus, les différentes factions au pouvoir à Hanoi ont cédé à bas prix les ressources du pays aux puissances étrangères, contracté des dizaines de Milliards de US Dollars de dettes auprès des institutions financières internationales, dans le but de profiter de cette manne pour s’enrichir. Résultat : les générations futures du Vietnam vont devoir rembourser ces dettes colossales qui ont été englouties à pure perte dans les fortunes personnelles des dirigeants du PCV.

Après avoir passé en revue les difficultés insolubles actuelles du PCV, la seule solution qui reste aux vietnamiens est de mettre un terme le plus rapidement possible à cette dictature par une transition pacifique vers la démocratie. Cette transition doit avoir les points caractéristiques suivantes :

Toutes les composantes de la nation doivent avoir le droit de participer aux décisions concernant le développement du Vietnam. L’une des conséquences de ce point est une réfonte totale de l’appareil administratif actuel avec la mise à pied de tous les éléments coupables et corrompus.

Toutes les restrictions concernant la libre entreprise doivent être levées. L’une des conséquences de ce point est l’abolition du modèle de l’économie de marché à orientation socialiste.

Seul un régime élu démocratiquement pourrait bénéficier de la confiance de la population et l’adhésion de la majorité des vietnamiens. L’une des conséquences est l’abolition du rôle dirigeant du PCV.

La nécessité vitale actuelle pour le Vietnam est de trouver une solution globale au problème de développement afin de sortir le pays le plus rapidement possible de la situation de sous développement et de dictature.


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