Vietnam Démocratie - Février 1997 |
1.- Considérant que les organes indépendantes et les travailleurs ont besoin dinformations indépendantes, honnêtes pour pouvoir mener leur combat.
2.- Considérant quau cours de la III ème Conférence Mondiale pour lInternationale Ouvrière, rassemblant des groupes, partis et organisations de toutes origines venus de 70 pays, la nécessité est apparue de faire circuler les informations tant sur les mesures prises contre les peuples et les nations que celles provenant du combat des travailleurs et de leur action pour construire des organisations indépendantes.
3.- Il est décidé dun commun accord entre le " Comité de Défense des Droits Des Travailleurs au Vietnam " et Informations Ouvrières, organe du Parti des Travailleurs qui, avec dautres en France, participe aux activités de lEntente, quune page dInformations ouvrières sera consacrée sous la forme de tribune libre à des " Informations en provenance du Vietnam en défense des droits ouvriers ". Cette page rédigée sous la responsabilité du Comité de Défense des Droits des Travailleurs au Vietnam, sinscrira dans une série dinformations communiquées par les correspondants de lEntente Internationale des Travailleurs dans différents pays. Elle sera publiée régulièrement dans Informations Ouvrières, toutes les six semaines. Le premier numéro sera celui du Mercredi 29 Janvier.
4.- Cette page dInformations ouvrières sera communiquée en français et en anglais dans le cadre de la Lettre dInformation de lEntente internationale, à tous les groupes et organisations de lEntente qui agissent dans 70 pays.
Ci dessous sont les articles publiés dans Information Ouvrières - numéro 266, Semaine du 22-28 Janvier 1997, par le Comité de Défense des Droits des Travailleurs au Vietnam
Les ouvriers,
victimes de la connivence
entre les capitalistes et le Parti Communiste Vietnamien.
Le 17 Octobre dernier, la chaîne de télévision américaine CBS a diffusé un reportage sur les conditions de travail des ouvriers vietnamiens travaillant dans des compagnies sous-traitant des produits de la société NIKE. Les nombreux spectateurs de cette émission furent stupéfaits et indignés par la manière dont les ouvriers ont été traités par la direction de ces compagnies.
Depuis plus dun an, la compagnie NIKE a sous-traité une production denviron 1.000.000 de paires de chaussures à 5 compagnies coréennes établies au Vietnam, dans la région de Saigon, et qui emploient plus de 24.000 ouvriers (pour la plupart, des jeunes femmes de 18 à 25 ans). Au cours de ce reportage, une ouvrière a raconté quelle doit travailler 6 jours par semaine, pour un salaire mensuel de 40 US dollars (environ 210 Francs, soit un salaire horaire de 1 Franc français, comparé à une paire de chaussure NIKE quon ne trouve pas sur le marché à moins de 400 Francs !). Il nexiste pas réellement dhoraire, car elle est obligée de faire des heures supplémentaires (sans supplément de salaire) pour tenir les objectifs de production fixés par la Direction. Sur son salaire, elle doit payer environ 50 centimes par jour pour la cantine, car elle na pas le droit dapporter son déjeuner.
Mais cela ne signifie rien, par rapport aux sévices physiques et morales quelle doit subir. Régulièrement elle est frappée à la tête, avec une paire de chaussure NIKE pour quelque défaut de couture. Les chefs de rang néchappent pas non plus à la punition corporelle, eux aussi ils sont souvent frappés par les directeurs toujours avec la fameuse chaussure Nike pour navoir pas su pousser son équipe à tenir la cadence infernale imposée. Dautres ouvrières ont leur bouche fermée avec des bandes adhésives pour les empêcher de bavarder pendant les heures de travail !
Interrogé, le porte-parole de NIKE, Mme Susan Schmidt na pas nié les faits et indique que la compagnie a pris des mesures pour réprimer ces cas dabus. Elle a indiqué par ailleurs que cet événement sest réellement passé en Mars et que la directrice coréenne coupable des voies de fait a été punie. Elle a fait savoir que des directeurs dautres compagnies sous-traitantes ont aussi été punis pour avoir maltraité les ouvriers (lun deux a obligé les ouvriers à sagenouiller en plein soleil avec les mains sur la tête pendant plus dune demi-heure) ou harcelé sexuellement les ouvrières. Le porte-parole na pas manqué dexpliquer laspect " humaine " du problème en disant que grâce à cette politique de délocalisation, 25.000 jeunes vietnamiens ont trouvé du travail ! Mme S. Schmidt semble oublier quavoir du travail est bien sûr très important, mais conserver sa dignité humaine est tout aussi important, si ce nest pas plus important !
Quoi quen dise la Compagnie NIKE, cette situation est intolérable. Malheureusement, NIKE nest pas la seule compagnie coupable de ces abus et de maltraitement de personnel. Le cas qui a fait le plus de bruit a eu lieu en Juin 1994 à lentreprise en joint-venture Mobilier International. M. Georges Waché, de nationalité française, directeur général, a obligé trois ouvriers à passer entre ses jambes afin de choisir celui qui va recevoir un ticket de film gratuit, tandis que les cadres membres du Parti Communiste Vietnamien ont assisté à la scène sans aucune réaction.
Au Vietnam, il nexiste pas de loi réglementant les conditions de travail des ouvriers. Chaque entreprise a son statut propre qui présente des différences énormes dune entreprise à une autre. Selon le journal Lao Dông (Travail) du 14/3/95, plusieurs ouvriers de lentreprise Ld Louitech-Leasgo à Saigon ont été lobjet de mesure de retenue sur salaire car ils ont refusé de faire des heures supplémentaires non payées. La retenue sest élevée à 28000 Dông (environ 14 Francs) car ils ont refusé de faire léquivalent dune journée de travail supplémentaire dans le mois. Madame Le Thi Phong a écrit une lettre de réclamation à la direction. Elle a été immédiatement licenciée par le directeur adjoint Tran Quang Minh. Le 14/3/95, daprès le quotidien Tuoi Tre (Jeunesse), lentreprise Mountech a aussi décidé dappliquer des mesures semblables. Tout ouvrier contrevenant aux règlements sera durement sanctionné par des retenues sur salaire, comme le cas de Huynh Thi Yen. On lui a retenu jusquà 60.000 Dông (environ 30 Francs) car elle avait demandé un congé dune journée et 2 heures pour raison familiale.
Ainsi se pose le problème de protection des ouvriers au Vietnam. Comment peut-on encore assister à cette fin du 20ème siècle des conditions de travail décrites au cours du siècle dernier ? Il est indéniable que les capitalistes qui viennent investir au Vietnam pour profiter des bas salaires ne feront rien pour améliorer le sort des ouvriers. Mais que fait donc le gouvernement vietnamien qui est censé de protéger le sort de ses citoyens ?
Dans une lettre adressée à la compagnie suite au reportage de la chaîne de CBS, LAlliance Vietnam-Liberté a exigé que les ouvriers vietnamiens soient traités dignement et quils ont droit au syndicalisme. En guise de réponse, la compagnie Nike promet de faire pour le mieux et jusquà ce jour elle respecte toutes les clauses sociales prescrites par les lois du pays! Les syndicats indépendants étant interdits au Vietnam, la compagnie na aucun interlocuteur pour discuter des conditions des ouvriers.
Le Parti Communiste Vietnamien a toujours déclaré être partisan des syndicats, mais ce nest quau début de 1995 que la Loi du Travail a été effectivement promulguée. Une Loi sur les Syndicats a bien été promulguée en 1957, puis revissée en 1990 où il est écrit : "Lorganisation syndicale est une vaste organisation politique et sociale formée de manière volontaire par la classe des travailleurs vietnamiens sous la direction du Parti Communiste Vietnamien, lorganisation syndicale fait partie du système politique de la société vietnamienne, le syndicat fait office décole de formation au socialisme pour les travailleurs". On ne peut être plus clair sur ces définitions du syndicalisme sous le régime actuel.
Ainsi tous les membres dirigeants du syndicat officiel sont des membres du PCV. Ils doivent exécuter les directives du parti et non défendre les droits des travailleurs. Les sections syndicales dans les entreprises actuelles sont les bras armés du PCV chargés de surveiller, dencadrer et réprimer toute tentative de rébellion. La section syndicale appartient au fameux groupe des quatres (parti, direction, syndicat et commerce). Daprès le quotidien Saigon Giai Phong (Saigon Libéré) du 25/7/93, le nombre de sections syndicales dans le secteur privé sélève à 480 totalisant 43700 membres, soit seulement 2% de la force du travail dans ce secteur qui sélève à 2,5 millions de travailleurs. Dans de nombreuses entreprises les membres des syndicats ont peur dêtre mal vus et licenciés, cest pourquoi la plupart des ouvriers refusent dêtre enrôlés dans le syndicat officiel qui ne fait que surveiller les ouvriers et rapporter à la direction. Dans un sondage réalisé par le quotidien Tuoi Tre du 8/4/93, 78% des ouvriers ont déclaré quils ne savent pas à quelle organisation sadresser pour assurer la défense de leurs intérêts. Dans le conflit opposant les ouvriers à la direction de lentreprise Mountech, les ouvriers ont déclaré que le rôle unique du syndicat officiel actuel est de proposer des prêts avec intérêts aux ouvriers et rien dautre.
Dans laffaire NIKE, la directrice coréenne a bien été condamnée par le Tribunal pour avoir frappé des ouvriers, mais on ne sait par quel miracle, elle a pu quitter librement le Vietnam sans purger cette peine. Il ny a rien de plus terrible que la connivence entre le patronat et les dictateurs, surtout quand ceux-ci cherchent par tous les moyens à senrichir au détriment des ouvriers. Il est temps que le gouvernement vietnamien donne aux ouvriers les droits de se défendre contre les exactions des capitalistes. Pour cela il faut quils puissent constituer des syndicats indépendants.
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