Vietnam Démocratie - Février 1997

L'aggravation des fléaux sociaux
et du déficit commercial

Depuis le début de 1997, Hanoi doit faire face à de sombres nouvelles. En effet, en 1996, ce fut la première fois que les investissements au Vietnam diminuent après avoir constamment augmenté depuis la fin de 1988. Ensuite, le mouvement de grèves des ouvriers se répand malgré les interdictions de grèves, alors que les fléaux sociaux qui menacent l’existence du régime continuent de s’aggraver.

Au début de 1996, le Ministère du Plan et de l’Investissement a estimé que la valeur totale des contrats s’élèverait à 7 milliards de US dollars, alors que le montant réel des investissements n’a atteint que 4,9 milliards vers Octobre 96, cad à peine 90% par rapport à la même période de l’année dernière. Au 7/12/1996, le nombre de projets autorisés se chiffre à 292 avec un montant de 5,147 milliards de US dollars. D’après les statistiques du Ministère, le nombre de sociétés à capitaux étrangers qui se trouve en situation de pertes a augmenté de 61% en 1995, dans les 6 premiers mois de 96, ce chiffre a atteint le taux alarmant de 75,8%.

Sur le plan social, le journal Lao Dong, organe de la Confédération Générale des Travailleurs du Vietnam, inféodé au Parti Communiste a relevé 73 grèves en 96, en augmentation de 22% par rapport à ceux de 95. La plupart de ces grèves ont eu lieu dans les sociétés en joint venture avec des capitaux étrangers et dans les entreprises privées dans les régions de Hanoi, Hai Phong au Nord, Saigon, Vung tau, Song Be, Ba Ria, Dong Nai au Sud. Ces deux régions attirent plus de 80% des investissements au Vietnam. Le journal a en outre révélé que dans la première semaine de 97, il y a eu déjà 6 grèves. Ces grèves de masse avec des taux de participation de plus de 80% des ouvriers ont eu lieu malgré les interdictions de Hanoi, et malgré l’aménagement de la Loi du Travail.

Sur le plan des fléaux sociaux, le journal Nhan Dan du 15/1/97, a reconnu que le nombre des trafics de contre bande et de commerces illégaux découvert en 95 s’est élevé à 92.600 cas, en augmentation de 62% par rapport à 1995. D’après les chiffres annoncés par Phan Van Dinh, responsable de l’administration des Douanes Maritimes, en 96, plus de 10.000 cas de contre bande ont été découverts avec plus de 270 milliards de dong de valeurs de marchandises (soit 25 millions de US dollars). Saigon occupe une position particulière avec 5.218 cas, Hai Phong 1.007 cas.

En dehors des marchandises à usage courant, M. Dinh reconnaît une recrudescence inquiétante de la contre bande des objets interdits comme les armes à feu, munitions, fouets électriques, stupéfiants... D’après M. Dinh "Le nombre de petit contre bande a nettement diminué, en particulier par la voie maritime, mais par contre les réseaux de contre bande d’envergure avec laconnivence des officiels hauts placés ont nettement augmenté à travers les voies terrestres et maritimes des frontières au Nord Ouest et Sud Ouest du Vietnam".

Sur le plan du commerce extérieur, l’Institut de Statistiques du Vietnam a annoncé que le déficit commercial a atteint le chiffre record de 4 milliards de US dollars en 1996, après un déficit de 2,2 milliards en 1995. Le gouvernement a attribué ce déficit aux importations des équipements et matériaux pour les projets de construction à capitaux étrangers. Cependant une analyse plus fine révèle deux principales raisons qui ont conduit à l’aggravation des fléaux sociaux et du déficit commercial :

1) A travers le nombre astronomique des cas de contre bande découverts qui porte sur un volume de marchandises de l’ordre du milliard de US dollars (très inférieur à la réalité), l’on sait que ce fléau ne cesse de s’aggraver pour devenir les principales ressources qui font vivre de nombreuses ministères, administrations, unités de l’armée et des forces de sécurité du régime.

De nombreuses entreprises étatiques sont en situation de faillite car leurs produits ne pourront pas concurrencer les produits de contre bande à la fois de meilleure qualité et de prix défiant toute concurrence.

Cette situation de contre bande généralisée a crée aussi de multiples difficultés aux entreprises à capitaux étrangers. Le fait que le déficit commercial s’aggrave de manière très brusque alors que le pays est virtuellement inondé de produits de contre bande suffit à montrer que la situation économique du Vietnam est en pleine de contradiction.

L’on peut penser que les réseaux de contre bande à eux seuls ne peuvent plus subvenir aux besoins des cadres du Parti dans les administrations, les branches de l’armée qui ne sont pas dans la situation de bénéficier du contrôle des voies d’accès terrestres et maritimes. La première raison est que ces groupes qui contrôlent la totalité des entreprises étatiques et les sociétés en joint venture doivent pratiquer des importations incontrôlées de marchandises afin de les subtiliser et les revendre sur le marché noir.

Ce qui explique la montée très rapide des importations qui atteignent plus de 30% du PNB dans un pays qui demeure toujours l’un des plus pauvres au monde.

2) La deuxième raison est le niveau de qualification très bas de dirigeants et cadres des entreprises, la plupart sont des cadres du parti ou les membres de leurs familles. D’après le journal Lao Dong, il n’y a que 7% des dirigeants qui ont le niveau universitaire, alors que plus de 80% des salariés n’ont aucune qualification professionnelle.

Ce niveau de qualification très bas entraîne des abus de tous genres : mauvaise gestion de l’entreprise, aucun plan de comptabilité, aucune gestion de production, ni de prévision du marché, dilapidation des biens publics...


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