Vietnam Démocratie - Mars 1998

L'exploitation excessive de l'agriculteur par le Parti Communiste Vietnamien

Au commencement de sa lutte contre le colonialisme français, le Parti Communiste Vietnamien (PCV) s’est déclaré être le parti de la classe ouvrière. Ensuite, il a suivi l’exemple de la Chine pour considérer la classe des agriculteurs comme fondement, du fait que 80% des vietnamiens vivent de l’agriculture. Dans toutes les guerres récentes, ce sont toujours les agriculteurs qui fournissent vivres et troupes et lorsque la paix revient, ce sont toujours eux qui produisent du riz et d’autres revenus agricoles nécessaires à l’exportation et à l’entretien de l’économie socialiste.

Or, en compensation de ce qu’ils ont fait, qu’obtiennent ils, les agriculteurs vietnamiens ? Après un demi siècle de pouvoir absolu du PCV, les paysans du pays mènent une vie malheureuse dans la misère, ils doivent peiner à la sueur de leur front pour remplir les poches sans fond du parti ; c’est aussi la réponse à la question qui se pose souvent: le Vietnam est le second exportateur mondial de riz, pourquoi les gens de certaines régions manquent-ils toujours de riz ?

Le journaliste Faith Keenan de l’hebdomadaire Far Eastern Economic Review, en cherchant à comprendre, a découvert une brutale vérité qui lui permet de conclure que le cultivateur a faim parce qu’il est exploité à fond et c’est aussi la même raison qui l’a mis en colère. Selon le journaliste, le paysan vietnamien ne bénéficie que de 16% de sa production, c’est à dire que, sur 100 kilos de paddy, 16 kilos seulement lui reviennent, tandis que le reste, soit 84 kilos, appartient aux entreprises d’état et les intermédiaires issus du parti. Il a noté que, dans certaines régions, des milliers, parfois des dizaines de milliers de paysans se soulèvent contre les percepteurs d’impôts de l’état, comme ce qui s’est produit à Kim No (Ha Dong), Thai Binh, Thanh Hoa.

Le gouvernement communiste vietnamien a pris une attitude modérée afin de calmer les paysans en colère, mais ne fait aucun effort pour trouver une solution définitive au problème. Les économistes estiment que la solution la plus réaliste et nécessitant une application immédiate est de dissoudre toutes les entreprises d’état, où les gens peu scrupuleux du parti se tiennent prêts à exploiter le paysan vietnamien. Quand l’agriculteur arrive à vendre directement sa production sur le marché, son niveau de vie sera amélioré et il en sera de même pour toute la population. Toujours selon Faith Keenan, si le secteur étatique est dissout, le Comité Central sera....au chômage. Tout le monde sait que, une fois l’orientation socialiste dissoute, les revenus de la population augmenteront nettement; le parti ne désire pas que cela se produit, car il veut toujours contrôler les vivres, percevoir les impôts, tout rafler...

Jusqu'à maintenant, le riz vietnamien était en concurrence serrée avec le riz thailandais. A présent que la récente crise financière du Sud Est asiatique a obligé la Thailande de baisser le prix de son riz, il n’est plus question pour le Vietnam de parler de concurrence. Le professeur William Turley, spécialiste sur le Vietnam à l’université de Southern Illinois aux Etats-Unis, a dit : "Les dirigeants du PCV, qui savent bien leur histoire, doivent certainement discerner le problème dès qu’ils voient des signes de risques. Par exemple, lorsque le prix du riz baisse subitement, les "points sensibles" à la campagne deviendront des événements inquiétants". Pourtant, les dirigeants du parti ont agi inversement, comme tout récemment, l’ex-secrétaire général Do Muoi apparaît dans les magazines du parti sous forme de reportage sur sa visite sommaire aux paysans afin "d’adoucir" les critiques de l’ex-conseiller Nguyen Van Linh sur les soulèvements des agriculteurs. Pour les spécialistes agricoles au Vietnam, le coupable est bien les "coopératives", mais on ne peut pas du jour au lendemain éliminer ces organes qui ont opprimé l’agriculteur durant les 40 dernières années. Plus encore, en 1996, le parti a autorisé l’agriculteur à en fonder, à condition que toute création, toute dissolution, tout changement de statut doivent être approuvés par les autorités régionales.

Le paysan a bien fait de ne pas avoir confiance au parti ! Le mot "coopérative" n’a pas fini de l’obséder alors que d’autres lois et règlements viennent d’être créés, poussant le mécontentement du paysan jusqu'à son paroxysme. Par ailleurs, d’autres impôts et taxes inventés par les autorités locales pour rafler tout ce qu’il possède contribuent à la formation des sources d'explosion potentielle. C’est ainsi que se sont produits les soulèvements de Thai Binh et dans d’autres lieux du pays.

Le paysan vietnamien a versé tant de sueur et de larme dans la rizière pour avoir 100 grains de paddy. Le parti, sans rien faire, en a pris 84. Comment les 16 grains restants peuvent-ils suffir au paysan pour se nourrir et produire 100 autres grains. La patience a ses limites et le paysan ne peut plus patienter à supporter tant d’oppression. Le fait que les agriculteurs de Thai Binh ont chassé de la province les cadres venant percevoir les impôts est une action exemplaire. Même si l’agriculteur change de profession, les 84% de sa production sera toujours confisqués par le parti. Le moyen unique est de mettre fin à l’orientation socialiste.

Song Nguyen


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