Vietnam Démocratie - Avril 1997

L'éternel problème de la drogue

Lorsqu’on aborde les calamités sociales, les cadres du Parti Communiste Vietnamien (PCV) interviennent sans hésitation : ‘’Cela n’existe jamais dans le Nord‘’ . Interrogés sur le fléau des stupéfiants, ils ont tous la même réponse:’’Cela n'existe que dans les provinces du sud parce qu’elles sont ouvertes à l’Occident’’ !

La vérité est que le trafic des stupéfiants se fait en grande quantité à partir de la Birmanie en traversant le Laos pour entrer au nord Vietnam. Ensuite, la drogue a été acheminée vers les grands ports tels que Hai Phong, Vinh....pour être transférée dans d’autres pays et distribuée dans tout le Vietnam. Beaucoup d’analystes pensent que la contrebande de telle ampleur nécessite l’intervention des hauts cadres du Comité Central du PCV.

Le journaliste Faith Keenan du Far Eastern Economic Review a enquêté, à partir de Hanoi, sur les voies d’acheminement des stupéfiants depuis le Triangle d’Or, dans son magazine paru le 6.2.97. Selon lui, le transfert de plus en plus croissant de ces produits dangereux ainsi que le nombre de consommateurs en augmentation constante préoccupe de plus en plus le Comité Central du PCV et l'opinion publique.

Le clan des conservateurs du parti accuse l’Occident. La CIA des Etats Unis serait certainement l’objet que Hanoi n’hésite pas à inculper comme ‘’l’instigateur du trafic de drogue’’ ! Le clan adverse qui prône pour les réformes économiques est toujours accusé par l’autre d’avoir ‘’percé la ligne de défense pour apporter de nouveaux désirs au Vietnam dans le but de gagner de l’argent’’. L’objectif des conservateurs est de freiner les réformes.

Selon le journaliste, le système policier est cupide et concussionnaire, tandis que la structure judiciaire est mal organisée et entièrement dépendante du Parti. De ce fait, le premier ministre Vo Van Kiet, qui préconise l’ouverture économique pour sauver le parti, est devenu rapidement l’objet d' attaques des conservateurs, selon lesquels le gouvernement est incapable d’empêcher l’entrée de la drogue au Vietnam.

Les conservateurs ont toujours l’intention d’éliminer M. Vo Van Kiet et son adjoint Phan Van Khai hors du gouvernement, d’autant plus que la paralysie actuelle de M. Le Duc Anh leur offre une occasion propice pour réaliser leur dessein à l’occasion de la prochaine Session de l’Assemblée Nationale.

Cependant, les choses ne sont pas aussi simples. La dangereuse drogue a porté un dur coup au gouvernement du Vietnam. Faith Keenan rapporte les propos d’un observateur politique :’’Vo Van Kiet est responsable du problème de drogue. Cependant, la campagne de lutte contre les stupéfiants n’a abouti à aucun résultat, cela signifie que la police s’avoue vaincue et ceci a beaucoup embarrassé le Ministère de l’Intérieur’’. Pourquoi ?

Le rapport du Parti parle de l’arrestation d’une dizaine de hauts cadres du Ministère de l’Intérieur ayant participé au transfert des stupéfiants y compris le commandant de police Vu Huu Chinh, Chef du Bureau Anti-narcotique, arrêté en même temps avec un ressortissant laotien en Décembre 1996. Ce dernier a dénoncé les autres personnes impliquées dans l’affaire.

Toujours selon ledit rapport, le capitaine de police Vu Xuan Truong du comité de lutte contre les fléaux sociaux relevant du Ministère de l’Intérieur a été aussi arrêté ainsi que plus de 30 autres personnes, dont 5 policiers de frontière et 5 officiers supérieurs de la police.

Selon les milieux politiques étrangers, le fait de se servir du fléau des stupéfiants pour attaquer M. Vo Van Kiet va amener une réaction inverse, parce que la cupidité est répandue partout dans les organismes de l’état sans distinction de tendance politique, de clans conservateurs ou réformistes. Un fonctionnaire retraité dit :’’C’est difficile de rejeter la faute sur l’état qui pourra rendre la pareille. Toutefois, si l’état ne peut pas solutionner le problème, il y aura une instabilité’’.

Le journaliste Faith Keenan a prouvé que la quantité de drogue saisie par la police dans les 6 premiers mois de l’année 1996 s'élève à 50 kilos, pourtant ce chiffre ne représente qu’une infime partie de produits réellement saisis. Pendant toute l’année 1995, la police a rapporté qu’elle n'a confisqué que 20 kilos.

Selon le quotidien Nhan Dan (Le Peuple) du parti, tous les rues et quartiers antiques de Hanoi sont devenus des centres de fumerie et d’injection de stupéfiants. Mais quels sont ces gens qui aiment s’aventurer dans ce monde illusoire ?

Selon le journaliste, deux catégories de jeunes se sont engagés dans cette voie : la première catégorie concerne ceux qui vont à la recherche de nouvelle sensation, la seconde correspond à des gens qui n’aiment pas travailler. Il suffit d’avoir 30.000 dong (équivalent à 2,75 dollars) pour pouvoir acheter 20 milligrammes d’héroïne, assez suffisant pour ‘’voler entre les nuages’’ une fois, afin d’oublier momentanément l’avenir tout noir du socialisme auquel ils font face !

Les autorités communistes vietnamiens se trouvent ébranlés. D’un côté, la police, les hauts cadres du Parti, les fonctionnaires du gouvernement...sont impliqués dans le trafic de stupéfiants, de l’autre côté, l’Etat déclenche la campagne de lutte contre la drogue qui entraîne des dépenses inutiles dont ces mêmes gens profitent.

Dans une rencontre avec les lycéens, le Secrétaire Général du PCV Do Muoi a reconnu ‘’qu’il s’agit d’une lutte pour l’existence très difficile qui nécessite du temps’’. Beaucoup de documents indiquent que la drogue part de la Thailande, traverse le Laos pour entrer au Vietnam par deux voies : par la route nationale no 6 en traversant la province de Lai Chau pour arriver à Hanoi puis au port de Hai Phong, ou par la province laotien de Xieng Khoang, puis la route national no 7 pour arriver à la province de Nghe An puis au port de Vinh. A partir de ces deux ports, le produit est distribué partout dans le pays ou acheminé vers d’autres pays.

Sachant que les autorités vietnamiennes n’arrivent pas à empêcher l’infiltration de la drogue dans le pays, les Nations Unies y ont envoyé des experts afin d’aider le gouvernement à boucler les bouchons de transfert depuis le Triangle d’Or jusqu’au Vietnam, le Triangle d’Or étant un point de rencontre des trois frontières entre la Birmanie, le Laos et la Thailande.

Quoique les autorités vietnamiennes déclarent souvent avoir renforcé les campagnes de lutte contre les fléaux sociaux, aucun résultat tangible n’a été enregistré. Le flot des stupéfiants suit toujours son cours pour être déversé fortement dans le Vietnam, sous la protection, ou la direction même, des hauts cadres communistes. Pour clore son rapport, Faith Keenan cite les propos d’un cadre retraité :’’Nous parlons beaucoup du problème d’élimination de la drogue, mais nous ne pouvons rien faire, à cause des liens inextricables entre les cadres organisant ce trafic et ils se protègent mutuellement’’.

Son Ha


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