Vietnam Démocratie - Mai 1998

Le comble de l' oppression au Vietnam

NB. Les actes de désespoir de la population consécutifs à des persécutions systématiques des administrations communistes (tracasseries, corruptions, brimades, ségrégations...) sont légion au Vietnam d'aujourd'hui. De plus en plus souvent les habitants sont obligés d'arriver aux actes extrêmes pour se faire entendre leurs revendications: révolte des paysans de Thai Binh, Dong Nai, immolation par le feu...

(Ha Noi). Les habitants de la ville de Hanoi restent encore troublés par le drame d’un homme qui s’est immolé par le feu à l’intérieur du Service de Réception du Peuple, service habilité à recevoir les réclamations de la population.

Ce matin du 15 Avril 1998, à 8h15, un homme d’une soixantaine d’années dont on ignore le nom entra dans le service indiqué, sis rue Mai Xuan Thuong, de l’arrondissement de Ba Dinh, se dirigea ensuite vers la salle des toilettes où il s'aspergea d’essence de la tête aux pieds puis ressortit dans la cour devant le service et se mit lui même le feu, devant la surprise d’un grand nombre de personnes présentes sur place. Les personnels et cadres du service se sont montrés effrayés par ce spectacle ; eux au moins, ils en connaissaient peut être la cause.

Aussitôt alertée, la police d’arrondissement se précipita sur le lieu, enveloppa le suicidé dans une couverture et le transporta immédiatement dans un autre endroit pour ne pas éveiller l’attention de la population qui commençait à accourir vers le lieu du drame. Jusqu’à ce jour, on ignore encore la raison exacte de ce suicide. Selon les habitants présents sur place, les gens sont venus ici pour se plaindre contre les injustices de l’administration, telles que: plaintes contre le gouvernement qui démolit les maisons pour y construire des routes sans payer les indemnités promises, contre les nuisances perpétrées par les autorités locales sans être indemnisées. Les gens pensent que ce suicide aurait été motivé par le désespoir d’être victime de tant d’injustices ou par une ouverte opposition au régime dictatorial, corrompu.

De 1992 jusqu’en 1995, il existait plus de 500.000 cas où des personnes se sont présentées au service concerné pour plus de 415.000 affaires, dont 54.000 requêtes ne passaient pas par les échelons locaux. En examinant les chiffres suivants, on voit bien que le nombre de requêtes et de plaintes augmentait constamment: si, en 1992, l’on comptait 130.000, en 1994, ce chiffre se montait à 160.000, il en était de même que des années 1995 et 1996. En 1997, le service de réception du Comité Central du parti et le service d’inspection de l’état ont reçu 300 délégations de réclamation, trois fois plus qu’en 1996, sans compter les cas personnels.

Suivant les rapports de 61 provinces et des 20 ministères, ces organismes ont reçu en 1997 près de 20.000 réclamations, en augmentation de 65% par rapport à 1996. Rien que l’Inspection de l’Etat a reçu plus de 33.000 requêtes sans passer par l’intermédiaire des échelons locaux, concernant plus de 14.000 affaires, 21% de plus en comparaison avec 1996.

En 1997, cet organisme reconnut avoir réglé 93.000 affaires sur un total de plus de 116.300 réclamations, dont 60% étaient justifiées. Quant aux accusations, l’Inspection a indiqué qu’elle a solutionné plus de 15.120 affaires, avec 59% de cas justifiées, grâce auxquelles ont été dévoilées des atteintes aux gestions de biens et de finances, d’une valeur équivalente à 2.000 milliards de dongs, 1.000 taels d’or, près de 54.000 hectares de terre, plus de 5.000 m3 de bois et d’autres biens de valeur... Ont été sanctionnés 4.000 cadres du parti, dont 5 à l’échelon de province, 15 à l’échelon d’office, 105 de circonscription, l00 directeurs et directeurs généraux. Par ailleurs, des dossiers concernant 200 personnes ont été transmis au tribunal, qui met du temps pour prononcer son jugement.....

Selon le magazine Phap Luat (Justice), organe du ministère de la justice, les solutions apportées aux réclamations, accusations par les organismes centraux et régionaux sont tout à fait dérisoires. Dans la réalité, de nombreuses affaires restent encore sans solution dans plusieurs régions et sont en constante augmentation. Les solutions apportées par les différents échelons arrivent souvent trop tard et s’avèrent peu efficaces. Ce qui est anormal, c’est le cas devenu trop fréquent où le citoyen cherche à atteindre les hauts échelons pour déposer ses plaintes.

Combien d’entre eux déjà ont passé outre des autorités de quartier, de hameau, de commune pour aller contacter directement celles des circonscriptions, villes ou provinces, comme le cas typique des agriculteurs de Thai Binh, d’où découlent tant de douleurs, de troubles pour la société.

Pourquoi les citoyens de tous les coins du pays, des régions lointaines à des milliers de kilomètres à celles très proches de Hanoi se sont-ils déplacés jusqu’à l’organisme central pour exposer leurs problèmes ? Ce faisant, ils doivent attendre plusieurs jours pour que les autorités compétentes apportent une solution à leur problème. Plusieurs d’entre eux se voient obligés d’élire domicile provisoirement sur le trottoir ou dans les jardins de la ville, espérant obtenir une prompte suite qui, souvent, a tendance à traîner en longueur !


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