Vietnam Démocratie - Juin 1997 |
Le Vietnam est un pays non seulement arriéré et sous développé, mais encore il est placé sous la domination de la dictature communiste. Cela veut dire qu'il se trouve sous une double oppressions : le système politique féodale et la pauvreté. Même si l'on arrivait à régler le problème communiste, le pays restera pauvre, au moins pendant dix ans avant d'achever la préparation des conditions fondamentales telles que la fourniture de l'alimentation suffisante, la formation du personnel nécessaire à l'édification de la fondation d'un pays industriel avancé. Le problème de la rénovation du pays demande d'une part de mettre un terme au régime dictatorial communiste et d'autre part de s'occuper du problème de développement, un problème de tout pays sous développé dans lequel l'économie n'est qu'un domaine parmi d'autres.
Toutefois, à l'époque actuelle, le développement économique constitue la locomotive de tête qui entraîne d'autres domaines. Une bonne conception dans le domaine économique peut à la fois nous aider à résoudre rapidement le problème de l'arriération et contribuer à la création de la force motrice du développement. D'autre part, les difficultés de la situation sociale et économique du Vietnam pendant la période de rénovation entreprise par le régime d'Hanoi et les traditions sociales agissent et influencent très fortement sur la vie politique et économique du pays. Le problème qui se pose est : comment arriver à organiser une société au commencement du 21ème siècle qui peut équilibrer les besoins entre la liberté et l'ordre social, les responsabilités du gouvernement comme celles de l'individu et de la famille.
Une société pauvre qui devient riche créera beaucoup de désordres sociales en même temps que la multiplication des crimes, comme nous l'avons remarqué dans d'autres pays au cours de leur processus d'industrialisation, de modernisation. C'est pourquoi, il ne suffit pas de lancer un tel programme et le considérer comme un ''développement économique'', mais il faut auparavant préparer l'opinion publique afin de ''se préserver et se défendre'' contre les complications sociales. Pour ce faire, l'amélioration de l'économie vietnamienne pendant la période de rénovation n'est pas tout simplement une ouverture à l'extérieur pour attirer l'investissement, la technologie ou intensifier l'industrialisation, mais tout d'abord, il faut pouvoir confirmer les deux facteurs fondamentaux :
Premièrement, il faut tracer clairement l'orientation du Vietnam à long terme, c'est à dire sur quelle base doit s'appuyer le développement ? Ceci est important parce que si l'orientation n'est pas définie, nous pourrons facilement nous trouver embarrassés pendant la période de transition, où des fois, l'objectif de la rénovation subit une déviation, faute de concept directeur dès le début.
Deuxièmement, la politique de rénovation économique pendant la période de transition non seulement satisfait au besoin du moment mais encore ne fait pas obstacle au développement à long terme. Ce fait comporte même la politique d'encouragement à l'investissement ou à la privatisation pendant la période de transition pour ne pas créer de force de résistance lorsque le Vietnam arrive au processus de réelle rénovation. Cet article se base sur ces deux facteurs pour avancer certaines orientations contribuant au développement économique du Vietnam au seuil de l'an 2000, orientations qui ne peuvent être réalisées que dans une société réellement libre et démocratique.
Avec ses 73 millions d'habitants, le Vietnam figure parmi les pays à population moyenne. Mais au point de vue de revenu moyen individuel, il est l'un des pays les plus pauvres du monde. Pour sortir de cette situation, le régime communiste applique présentement une politique d'industrialisation et de modernisation avec l'espoir d'atteindre ces deux objectifs en l'an 2020. En réalité, avec les particularités de son peuple d'être patient et laborieux, le Vietnam est capable d'arriver à un niveau élevé d'industrialisation au bout de 20 ans si, dès à présent, il est guidé par une bonne orientation de développement. En comparant le point de départ de Formose, de la Corée du Sud il y a quatre décennies, ce pays possède actuellement beaucoup de qualités et une capacité plus que suffisante pour devenir un dragon d'Asie, mais tout d'abord il doit se tracer un juste concept.
Au cours des vingt futures années, l'orientation du développement du Vietnam se résume dans quatre mots ''Peuple Riche, Pays Puissant''. Il ne s'agit pas d'un mot d'ordre destiné à flatter le Peuple, mais bien d'une politique de développement à caractère stratégique. Tout d'abord, ''Peuple Riche'' n'a pas seulement que son sens matériel avec ses abondants moyens, sa suffisance en matière de nourriture et d'habillement, il signifie aussi que le Peuple jouit pleinement d'une vie intellectuelle opulente. Plus précisément, une nation qui désire amener la richesse à son peuple ne fait pas seulement que lui créer du travail afin qu'il arrive à posséder beaucoup de biens, de maison, de tous les moyens matériels, mais encore elle doit veiller à enrichir sa vie intellectuelle. Il doit être riche aussi en amour pour autrui, en patriotisme, en altruisme.....bref, une richesse complète dans tous les domaines. Ensuite, vu l'état actuel des choses au Vietnam et dans le monde, un ''Pays Puissant'' ne peut seulement se baser sur la force exclusivement militaire, mais il doit posséder une qualité susceptible d'inspirer le respect des autres pays du monde, il ne sera donc pas sous estimé sur la scène politique mondiale ni amputé de ses territoires par d'autres pays. Ainsi, ''Pays Puissant'' ne veut pas dire qu'il faut avoir une armée d'un ou deux millions pour faire peur aux autres, mais il s'agit bien d'un pays dont l'économie avancée et la haute production peuvent assurer le potentiel national de développement comme les autres pays du monde, lui permettant de parler de coopération à égalité avec ces derniers et non pas en position d'humble solliciteur d'aides ou de prêts. Il est impossible d'édifier une société civilisée et un peuple riche sur une économie pauvre et arriérée. Inversement, une économie hautement développée qui ne vise pas à servir l'humain conduit à une société perdue où la vie du peuple descend à un bas niveau. Une société est civilisée non seulement grâce à une économie développée qui crée une vie matériellement florissante à tout le monde, mais encore elle doit manifester une bonne relation entre les humains, une justice, une vie intellectuellement riche, à travers l'appréciation de la dignité humaine, de l'esprit et de la vertu de l'humain envers la société et le pays.
D'autre part, ''un Peuple Riche dans un Pays Puissant'' insiste encore sur le concept ''le Peuple constitue la base du Pays qui lui même, devient Puissant grâce au Peuple''. Lorsqu'on prend le Peuple comme base du Pays, cela signifie que le Peuple construit le Pays, détermine les organismes qui défendent et stabilisent la société et le développement. C'est la signification de l'édification d'un système politique vraiment démocratique. Dans une vraie société démocratique, la liberté, les droits de l'homme et du citoyen sont des nécessités qui doivent être défendues par des organismes dans lesquels chaque citoyen apporte sa part de décision. Finalement, le concept ''un Peuple Riche dans un Pays Puissant'' vise l'homme comme centre de développement : tout est pour la liberté et le bonheur de l'homme, pour le respect des aspirations légitimes de chaque individu. C'est ainsi que la nation arrive à mobiliser tous les composants du peuple qui se mettent ensemble pour éliminer la pauvreté et l'arriération.
Une économie qui s'accorde avec la force vitale du peuple exige qu'elle doit être établie de pair avec un régime politique choisi par le peuple. Nous ne pouvons pas appliquer le seul modèle d'économie de marché, ni un modèle d'économie basé sur un précepte quelconque parce qu'il ne vise qu'à satisfaire aux intérêts d'un rassemblement. Nous devons agir de telle sorte pour arriver à édifier un modèle d'économie auquel chaque citoyen a le droit de participer et se développant selon les règles du marché mais comportant nécessairement un caractère populaire. Ce caractère essentiel doit être mis en évidence pour insister sur le fait que l'économie doit servir le peuple, le pays entier, sans la moindre priorité réservée aux intérêts d'une société, d'un pays étranger. De ce fait, l'économie vietnamienne du futur doit être améliorée en se basant sur 3 points suivants :
a) Empêcher la mainmise politique sur les activités économiques. Ceci ne veut pas dire qu'on doit rejeter l'intervention du gouvernement dans les problèmes économiques. De nos jours, afin qu'une économie se développe harmonieusement, on a besoin de la présence concrète du gouvernement par le biais des lois qui maintiennent la stabilité et l'ordre dans le marché, aidant ainsi les partenaires économiques à s'occuper de leurs affaires dans la sérénité. En parlant de séparer la politique - autrement dit, le gouvernement - des activités économiques, on veut tout simplement empêcher les injustices causées par les fonctionnaires du gouvernement.
Prenons pour exemple concret : le rôle des entreprises étatiques dans l'économie socialiste actuelle du Vietnam. Ces entreprises, ne faisant pas l'objet de concurrence comme le sont les entreprises privées, ne font aucun effort pour améliorer leur gestion. C'est pourquoi, leurs marchandises, comme leurs services, sont plus chers ou moins qualifiés par comparaison avec les entreprises privées, leurs pertes sont compensées par le budget national (alimenté par les impôts perçus au peuple). Sur le plan de la macro-économie à l'échelon national, les ressources en impôts sont réduites en partie par la politique au lieu d'être investies dans des domaines d'utilité publique. Sur le plan politique, ceux qui dirigent ces mauvaises entreprises détiennent un pouvoir en dessus de leur capacité réelle, d'où pas de justice. S'ils devaient concurrencer loyalement avec d'autres gérants à l'extérieur, presque tous les directeurs généraux d'entreprises nommés par le parti communiste seraient licenciés, faute de capacité. La réalité est que, grâce au parti, ils occupent une position et un pouvoir privilégiés qui leur procurent des rentrées d'argent malsaines. C'est ainsi que, sur le plan uniquement économique, le rôle de la politique - concrètement, le rôle du gouvernement - est de garantir la liberté économique de façon équitable à tout le monde. Si le gouvernement lui même est devenu le plus grand patron (ayant beaucoup de capitaux et employant le plus grand nombre de mains d'uvre) pour concurrencer, doté d'avantages que le peuple ne possède pas, la liberté économique en pareille circonstance est violée par lui. Parallèlement, si le gouvernement ne monte pas d'entreprise pour concurrencer avec le peuple, mais établit un mécanisme administratif compliqué avec des règlements incessamment renouvelés afin de contrôler la vie du peuple, l'économie ne peut être développée et la soi-disant liberté économique n'a aucune valeur.
b) Se mettre à la recherche de l'équilibre entre les partenaires économiques, comportant le respect, la protection, la répartition conciliante des profits entre eux. Au cours de l'existence économique, quand les partenaires ont ensemble des profits dans les échanges, toute la collectivité sociale l'est aussi, et, comme les profits s'accroissent pour tout le monde, l 'économie de tout le pays se trouve développée. C'est ainsi que, dans une économie libre, l'équilibre entre les partenaires économiques constitue la condition prioritaire conduisant à un bon développement qui s'accorde avec les intérêts de la majorité. Tout au long du processus de développement, les circonstances qui conduisent aux heurts de profits entre les partenaires économiques sont nombreuses. Selon la nature du conflit entre les entreprises et la main d'uvre, une intervention d'un arbitre ou du gouvernement s'avère nécessaire pour rétablir l'équilibre entre les partenaires économiques tout en veillant à empêcher tout arrêt ou retard de production qui peut influencer défavorablement sur le développement économique du pays.
Par ailleurs, le futur développement économique du Vietnam sera réparti selon un équilibre raisonnable entre les différentes régions du territoire, évitant toute centralisation dans les villes sous prétexte des facilités momentanées ou de l'utilité pour une quelconque minorité.
a) Viser l'humain comme mobile et objet pour conduire le développement dans le cadre du maintien des caractéristiques du peuple, lesquels comportent de belles traditions et des traits particuliers de chaque peuple. Situé dans la région du Sud Est Asiatique, le Vietnam partage une culture confucéenne avec le Japon, la Chine, Formose et la Corée du Sud, mais conserve ses propres caractéristiques. Selon les us et coutumes, le peuple vietnamien est studieux, aime la famille, mais, en même temps, a tendance à attribuer de l'importance aux belles lettres, aux diplômes. Grâce aux contact avec la science et la technique occidentale après la deuxième guerre mondiale, cette mentalité tend à s'estomper. Parmi ses caractéristiques, l'esprit familial, qui s'est développé très fortement, constitue un bon trait particulier contribuant de façon utile au développement économique, suivant l'expérience de certains pays imprégnés de morale confucéenne comme Formose, Singapour et le Japon où s'organisent des entreprises à modèle familial.
Au Japon, il existe deux secteurs d'entreprises : invisibles et visibles. Le secteur invisible concerne l'entreprise traditionnelle avec une main d'uvre non habituée insuffisamment formée et utilisant d'anciennes techniques, fondée par une famille si elle est petite et avec quelques embauches additionnelles en dehors de la famille si elle est plus grande. Son organisation et son fonctionnement sont pareils à ce qui se passe dans une famille, avec le sentiment de partage mutuel des joies ou tristesses, des responsabilités et des profits résultant du travail du patron comme de la main d'uvre.
L'autre secteur (visible) comprend des entreprises employant des techniques modernes avec un personnel à niveau d'instruction et de technologie avancées. Ici, on pratique toujours le modèle de fonctionnement familial où les liens entre les directeurs et les salariés sont souvent comparés aux relations ''père et enfant'' : l'enfant a le devoir de travailler consciencieusement pour l'entreprise, alors que père - ou l'entreprise - se doit de garantir le travail ''à vie'' pour l'enfant et lui donner l'occasion de se perfectionner en vue de progresser dans la société.
Nous nous évertuerons à manifester ce caractéristique de notre peuple dans l'organisation de nos entreprises futures parce qu'il s'accorde avec la conception sociale des vietnamiens : le respect de la famille. Les petites entreprises vont jouer un rôle important dans notre future économie comme un moyen de protection contre le chômage. D'après les études de la Banque Mondiale ou de l'Organisation Internationale du Travail, les petites entreprises d'un pays produisent beaucoup plus de travail que les grandes.
D'autre part, il existe au Vietnam une bonne tradition : le sentiment rural et les petites collectivités ayant beaucoup de droits autonomes et menant une vie à part. De nos jours, pour régler le problème de sécurité sociale, on a tendance à se baser sur les petites collectivités plutôt qu'à centraliser au mécanisme central de l'état, lequel , trop encombrant, n'a pas assez de souplesse pour s'occuper des problèmes de sécurité sociale, de logements, de services publics pour des villes de 10 ou 20 millions d'habitants. Dans les petites collectivités, les habitants sont proches entre eux, se connaissent et s'entraident plus facilement.
En résumé, les politiques économiques peuvent être appropriées, mais si l'ambiance économique et sociale ne s'accorde pas, on ne peut pas pousser l'économie à progresser. Pour y arriver, nous devons examiner tous les côtés du caractéristique du peuple, éliminer les éléments non appropriés tels que la primauté aux diplômes, l'excès de l'esprit familial..... pour ne garder que les bons facteurs qui aident notre peuple à progresser.
Après avoir tracé certaines orientations, on va choisir et soupeser les politiques de développement qui d'une part répondent au besoins actuels et d'autre part ne créent pas de difficultés durables. Il sera confirmé clairement que le rôle du gouvernement est de contrôler, harmoniser les priorités de développement en se basant sur les réalités du pays, afin que le fonctionnement économique soit stable et équilibré, que les intérêts économiques du peuple soient garantis, que les revenus économiques soient répartis raisonnablement et équitablement, que l'environnement soit protégé. Pour le moment, nous ne sommes pas en mesure d'élaborer une politique concordante à défaut d'éléments concrets, toutefois nous pouvons voir quelques politiques d'amélioration dans certains domaines, comme suit :
Actuellement, le Vietnam subsiste grâce essentiellement à l'agriculture et ce domaine va encore contribuer beaucoup, après la période de rénovation, au commencement de l'industrialisation du pays. Cependant, dans l'avenir, nous ne pouvons accorder une importance tout particulière au développement agricole, mais tout simplement pour répondre au besoin alimentaire de tout le pays. La raison en est que les produits agricoles diminuent sur le marché actuel, du fait que la majorité des pays peut se suffire.
Pendant ce temps, nous concentrons nos efforts dans la mécanisation de l'agriculture, dans l'appropriation des agriculteurs en rizières, dans l'élévation du niveau de fabrication de produits agricoles pour satisfaire aux besoins du pays et à l'exportation. Une expérience de la Corée du Sud : en 1962, l'agriculture sud coréenne occupe 37% de l'économie du pays, vers fin 1995 ce pourcentage descend à 7%. Grâce à l'attention attachée à d'autres domaines, ce pays a élevé le niveau du revenu moyen annuel par individu de 62 USD en 1962 à 10.076 USD à fin 1995.
(à suivre)
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