Vietnam Démocratie - Juin 1997 |
Pour tous ceux qui sintéressent au développement économique du Vietnam depuis ces dernières années, il leur est difficile dy voir des axes précis de développement. Tout ce que lon sait, cest que ce développement se fait dans un cadre fixé par le Parti Communiste Vietnamien (PCV) sous lappellation " économie de marché à orientation socialiste ". Cest un concept de développement qui reste flou même pour ses concepteurs et dont les champs ne se sont dégagés que petit à petit, après les luttes dinfluence, discussions entre les différentes factions du PCV qui se prolongeaient parfois par des assassinats politiques. En fait, lobservation de ce qui se passe au Vietnam montre que cest par petites adaptations économiques, institutionnelles, administratives que le PCV essaie de maintenir lidéologie socialiste face à léconomie de marché, et par ce bias, de se maintenir au pouvoir. Il nest donc pas étonnant que ce développement se fait sans orientation générale, marqué par lanarchie, la corruption, labsence de politique daménagement du territoire, de prise en compte du facteur humain, de déséquilibre entre les régions et en sappuyant sur un appareil administratif encore inefficace. Cest dans ce contexte que se sont créés les marchés de main-duvre dans certaines régions du Vietnam, où les gens, devant un fort taux de chômage et poussés par la nécessité davoir un emploi, se rassemblent dans lespoir dêtre employés, même pour quelques heures, mais aussi certaines sociétés de recrutement qui profitent de cette situation pour senrichir au détriment des travailleurs.
Malgré les efforts des autorités locales à travers les différentes campagnes " éliminer la faim, enrayer la paupérisation ", elles nont réussi à trouver du travail que pour 7000 personnes, sur un total de 200.000 personnes sans emploi ou avec un emploi précaire. A ce chiffre, il faut ajouter chaque année lentrée dans la vie active de 10.000 jeunes qui ne peuvent pas financièrement poursuivre leurs études supérieures. Du coup, Nghe An devient une des provinces où lon dénombre le plus de marchés de main-duvre. Il en existe 10 qui sont localisés essentiellement autour des principaux axes routiers. Contrairement au marché de main-duvre à Hanoi, la capitale, la main-duvre ici est essentiellement composée de femmes. Elles quittent souvent les villages avoisinants à 5h du matin pour se rendre à Nghe An et ne rentrent au village que vers minuit. A Nghe An, elles se rassemblent dans les différents marchés dans lespoir de trouver un travail payé à lheure ou au forfait. Le type de travail quelles peuvent y trouver est souvent de la manutention, du portage. Celles qui ont eu la chance dêtre employées gagnent en général 10.000 à 15.000 piastres/jour, soit léquivalent de 1 dollar US. Cette situation de sans emploi des milliers de personnes, Bui Xuan Thinh, directeur du bureau de recherche demploi de la Fédération des Travailleurs de Nghe An, en est parfaitement conscient : " il y a maintenant de plus en plus de marchés de main-duvre dans le Centre du Vietnam, essentiellement composés dagriculteurs mais aussi en partie douvriers qui ont perdu leur emploi. Là où il y a des transporteurs de voyageurs, on y trouve un marché. Les efforts des bureaux de recherche demploi ne permettent de trouver du travail que pour une infime partie des gens... "
Chaque année, environ 200.000 personnes au chômage des provinces proches affluent vers Hanoi dans lespoir dy trouver un travail à travers les 5 marchés de main-duvre. Ce sont en général des gens sans qualification qui recherchent un travail manuel pour quelques heures payés à lheure ou au forfait. Il y a souvent des bagarres entre ceux-ci pour être retenus par les entreprises ou particuliers. Cette situation dure depuis plusieurs années et connue des responsables de lAgence du Travail - des Handicapés de Guerre à Hanoi : " Actuellement, nous navons réussi à trouver du travail que pour 50% des 100.000 personnes sans emploi de la capitale. Et pendant que des milliers de familles quittent Hanoi pour essayer de trouver un travail ailleurs, dautres sont arrivés pour la même raison... Pour faire face au chômage, de plus en plus de gens nhésitent plus à quitter leur province natale et errent à travers le pays à la recherche dun travail... "
De plus en plus de travailleurs vietnamiens cherchent à sexpatrier à létranger pour avoir un emploi. Mais cette solution nest pas à la portée de tout le monde. Actuellement, il y a environ 4500 personnes travaillant en Corée du Sud et 1900 sur la liste de départ. A Saigon, trois sociétés ont obtenu lautorisation pour recruter les travailleurs pour un emploi en Corée du Sud : Tracodi, Sovilaco et Suleco. Daprès les modalités de recrutement de Suleco, chaque candidat au départ doit avancer une somme de 3200 dollars US qui est ramenée à 2200 si le candidat peut mettre sa maison en caution. Cette somme serait utilisée à hauteur de 640 dollars pour le transport aérien, frais de visa, et dapprentissage du coréen...Il reste donc 2560 dollars qui serviraient pour couvrir les frais administratifs les deux premières années et ne seraient pas remboursables si le candidat décide unilatéralement de rompre le contrat Toutes ces modalités sont pourtant contraires au circulaire du ministère des finances qui fixe le montant de tous les frais confondus à 91 dollars. Aussi la plupart des candidats doivent emprunter de largent à la famille, aux amis pour réunir une telle somme. Toutes ces sociétés de recrutement profitent de la situation de sous-emploi au Vietnam, font miroiter un salaire élevé à létranger pour attirer les candidats qui, une fois en Corée du Sud, pour ne plus être exploités, préfèrent rompre assez rapidement leur contrat en quittant la société sud-coréenne pour laquelle ils ont été recrutés au Vietnam, acceptent un travail au noir avec un salaire meilleur et se retrouvent en situation irrégulière en Corée du Sud.
Profitant de la raréfaction des emplois au Vietnam et de limpuissance des autorités à faire respecter la législation, certains bureaux de recrutement, qui sont en fait des société dintérim, non contents de toucher la commission de la société demandeur demploi, prélèvent en plus arbitrairement un pourcentage sur le salaire des travailleurs. Cest le cas du Bureau de Recherche dEmploi pour Etudiant (BREE) à Saigon.
Début 1997, le BREE propose 8 huit candidats à la société de commerce Mai Linh et chaque candidat pour son contrat de courte durée se voit proposer un salaire de 15.000piastres/jour (1,5 dollars US). Après la réalisation du contrat, la société Mai Linh verse comme prévu les salaires à BREE. Mais le BREE ne reverse que 7500 piastres à chacun des candidats. Pour les étudiants qui ont eu la négligence de ne pas exiger de contrat, face à leur récrimination, ils se sont vus opposés un refus simple et ferme. Pour ceux qui ont eu la prudence dexiger un contrat, Thanh, directeur du BREE, ne sentoure pas plus de manière. Cest le cas de Thoai, qui a obtenu un emploi par le BREE pour un salaire de 800.000 piastres/mois. Un mois après, Thanh a obtenu la modification du contrat qui ramène le salaire perçu par Thoai à 400.000 piastres/mois (le BREE empoche donc 400.000 piastres avec cette modification puisque le contrat de 800.000 piastres/mois avec la société Mai Linh na pas été modifié).
A la fin du contrat, 10 mois après, Thanh refuse de verser quoique ce soit à Thoai parce que, selon Thanh " son salaire a été retenu pour payer les frais de repas pendant les 10 mois de contrat ". Le plus étonnant est que le BREE continue de fonctionner sans aucunement être inquiété par les autorités. La collusion de Thanh avec la police locale, la situation difficile du marché de lemploi à Saigon explique en grande partie ces abus.
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