Un Congrès inutile et un équilibre de plus en plus précaire


Le 8 ème Congrès du Parti Communiste Vietnamien s'est achevé le 1 Juillet 1996. Ce fut un congrès plein de rebondissements spectaculaires où les âpres luttes pour le contrôle de l'appareil du parti furent largement révélées au public pour la première fois dans l'histoire du PC au Vietnam. Lors du 10 ème plénum du Comité Central et en principe le dernier plénum destiné à la préparation du Congrès, l'aile dure a perdu son cheval de bataille en l'exclusion du parti de M. Nguyen Ha Phan, accusé de trahison pendant la guerre, et surtout l'éviction spectaculaire de M. Dao Duy Tung, ancien numéro 4 du Bureau Politique, protégé de M. Do Muoi, Secrétaire Général du Parti. A l'issu du 12 ème plénum du CC, fait qui ne s'est jamais produit dans les annales des Congrès du PCV (car normalement, il n'y en a toujours que 10 plénums en tout et pour tout entre deux Congrès), l'impasse dans la désignation des dirigeants aux postes clefs s'est traduite par le maintien du statu quo actuel. Les 3 plus hauts dirigeants du Parti, M. Do Muoi, M. Le Duc Anh, M. Vo Van Kiet continuent de prendre en charge respectivement le poste de Secrétaire Général du Parti, Chef de l'Etat et Premier Ministre, au moins jusqu'au Congrès de mi parcours prévu en début de 1998.

La paranoia des dirigeants de la faction dure qui prône tout le pouvoir pour le parti a été illustrée par la mise en garde publique de M. Do Muoi contre les complots de subversion venant de la ville de Saigon devant le congrès. Il a nommément accusé MM. Nguyen Ho et Nguyen Van Tran, deux figures de proue de la dissidence au Vietnam. M. Nguyen Van Linh, ancien Secrétaire Genéral s'en est pris aux investisseurs étrangers en les accusant de fraudes fiscales, d'exploiteurs des vietnamiens. De ces nombreux agissements dont le seul but est de garder le pouvoir, on peut tirer plusieurs conclusions intéressantes:

- pour la première fois, le processus de désignation des délégués participant au Congrès a partiellement échappé au contrôle du sommet du parti. La reconduite des 3 premiers dirigeants plus que septuagénaires révèle une impasse profonde sur l'avenir et un très fragile équilibre. - certain délégués ont osé élever leur voix pour s'opposer aux procédures très peu démocratiques du bureau politique, organe suprême du parti.

- le profil des nouveaux membres et le nouveau rapport de force au CC reflète une prééminence de l'aile de M. Vo Van Kiet au dépens de celle de M. Do Muoi.

- même si M. Kiet apparait isolé au sein du Bureau Politique et du Bureau Chargé des Affaires Courantes, la position de M. Kiet parait consolidée à tous les niveaux intermédiaires dans l'appareil d'état et du parti.

- pour la première fois, les dissensions et purges internes du PCV ont pu être largement divulgués à l'extérieur par les forces démocratiques grâce à la collaboration des membres progressistes au sein même du Comité Central.

- plusieurs morts suspectes dans les rangs des dirigeants du PCV, celle de M. Dao Duy Tung, de M. Le Mai, Vice Ministre des Affaires Etrangères, de M. Nguyen Dinh Tu, nouveau élu au Bureau Politique ont jalonné le Congrès.

L'adage "Il n'y a jamais d'adversaires plus redoutables pour un communiste qu'un autre communiste" se révèle plus vrai que jamais.

C'est dans ce sens que oeuvreront les forces démocratiques dans le but de faire imploser le système de l'intérieur, c'est ce qui s'est passé en Europe de l'Est et dans l'ancienne Union Soviétique.


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