Vietnam Démocratie - Août1997 |
La peine de mort et les exécutions successives à cadence régulière, plusieurs cas de tortures enregistrés, de mauvaises conditions de vie dans les camps de rééducation et de travail..... constituent les observations relatives à létat des prisons au Vietnam dune organisation dénommée lObservatoire International des Prisons, dans son rapport annuel 1997 récemment publié.
Ce rapport est digne dattention du fait quil aborde pour la première fois létat des prisons au Vietnam parmi un total de 42 pays asiatiques, européens, américains et africains. La partie consacrée au Vietnam, longue de six pages, commence par lexistence de la peine de mort. Selon lOIDP, le nombre de peine de mort a tendance à saccroître au Vietnam, exceptionnellement avec lélargissement des crimes passibles de peine capitale, comme par exemple les délits économiques à côté des crimes pénaux, tels que lhomicide, le viol, le trafic de drogues. Parmi les sept traités et accords internationaux pour la défense des droits de lhomme à la liberté, le Vietnam na toujours pas ratifié le protocole facultatif sur labolition de la peine de mort comme celui contre les tortures et les mauvais traitements ou contre lavilissement de la dignité humaine.
Les cas de tortures et de traitements inhumains des prisonniers sont aussi enregistrés par le gouvernement communiste vietnamien. Le rapport a montré le cas du Comité des Lois de lAssemblée Nationale qui reconnaît que beaucoup de personnes ont été battues dans les postes de police et , selon cet organisme international, plusieurs dentre elles sont mortes après avoir été battues. En principe, les actes de tortures ou de mauvais traitements sont répréhensibles mais en réalité ses auteurs ne sont punis que dune façon symbolique.
A la page 232, le rapport relate : "les lois vietnamiennes se montrent exceptionnellement clémentes vis à vis des tortionnaires". Larticle 234 du code pénal punit les coupables de tortures dans le cadre judiciaire seulement à un an de rééducation sans être internés, ou, dans les cas les plus graves, de six mois à trois ans demprisonnement. Par ailleurs, si lhomicide peut conduire à la peine de mort, le fonctionnaire responsable de la mort dun prisonnier nest puni que de 2 à 7 ans de prison.
Les arrestations et les emprisonnements illégaux se multiplient si bien que le Comité des Lois de lAssemblée Nationale sen est inquiété. Selon lOIDP, le président de ce comité a fait connaître quun agent de sûreté avoue que, sur 95 arrestations effectuées dans les limites de sa circonscription, 35 sont illégales pour une raison ou une autre. Tandis que dans le rapport du dit comité, dans une province non nommée, de Janvier à Août 1996, sur un total de 1.158 arrestations, 497 ont été réalisées sans mandat damener ni de raison valable, à tel point quelles furent devenues sans motif. Les lois et règlements vietnamiens, pour cette organisation internationale, sont dautant plus imprécis, ce qui crée un cadre de lois protégeant les actes arbitraires. Un paragraphe de la page 233 du rapport indique que larticle 63 du code de procédure criminelle permet larrestation de quiconque peut causer un grave délit, larticle 71 permet linternement provisoire de 2 mois pour les légers délits, de 4 mois pour les plus graves et de doubler cette période si nécessaire, enfin, pour les affaires considérées comme graves, notamment liées aux problèmes de sécurité de lEtat, lInstitut Suprême de Contrôle peut prolonger indéfiniment la période dinternement provisoire.
Les conditions de vie dans les camps de prisonniers ou de travail au Vietnam sont considérées par lOIDP comme lun des pires. Daprès les sources non officielles, cette organisation indique quil existe peut être plus de 150 prisons ou camps de prisonniers au Vietnam. Selon son importance, chaque municipalité peut posséder de 1 à 5 centres dinternement et chaque province, au moins un centre dinternement provisoire et un camp de prisonniers. Des camps dits de réhabilitation pour les prostituées, opiomanes et vagabonds sont aussi pourvus de prison à part.
Concernant les conditions dinternement de prisonnier, le rapport a passé en revue un certain nombre déléments : comme installations matérielles, les prisons du Vietnam sont toutes archaïques comme par exemple le camp Z30A de la province de Dong Nai où les salles étroites renferment jusquà 80 personnes, chaque prisonnier bénéficiant dune espace de 50 à 70 cm. Il ny a pas de WC dans la salle et des cellules isolées sont réservées aux prisonniers punis. Les conditions dalimentation et de soins y sont
très difficiles et les prisonniers nont pas droit aux distractions.
Le rapport a aussi parlé de létat des prisonniers politiques. Le gouvernement vietnamien nie lexistence des prisonniers politiques et de conscience au Vietnam. Toutefois, daprès les sources non officielles, on compte de 400 à 1000 le nombre de prisonniers politiques auxquels on attribue des délits tels que : atteinte à la sécurité publique, abus de liberté démocratique pour nuire aux intérêts de lEtat et de lorganisation sociale, atteinte à la politique dunion populaire ou recel de secrets dEtat.......
Le rapport a repris les observations dun groupe de travail des Nations Unies sur linternement sans motif en 1995 citant larticle 73 du code pénal vietnamien, un article tellement vague quil puisse conduire à la punition des personnes qui ne font que user du droit de liberté de pensée et dexpression dune façon légitime.
Selon lauteur du rapport, 29 articles du code pénal vietnamien sur la sécurité de lEtat permettent de réprimer toute forme de dissension ou de divergence dopinion politique et religieuse.
LObservatoire International des Prisons a été fondé en 1990 avec son siège à Lyon, dans la région du sud de la France, où cinq personnes travaillent en permanence avec environ vingt attachés. Son but est de surveiller et contrôler les conditions de détention dans les prisons du monde afin de sonner lalarme en cas de violation des droits de prisonniers.
Lorganisation possède actuellement un seul bureau en Afrique et se prépare à créer un autre en Amérique Latine. Son intention est de tenir un bureau représentatif à chaque continent puis ensuite marquer sa présence dans chaque pays du monde.
Présentement, elle se heurte à beaucoup de difficultés et narrive pas encore à monter son bureau dAsie. La raison est que, selon M. David Fabreau, lun des auteurs du rapport 1997, dans les pays asiatiques comme la Chine, le Vietnam, personne ne peut travailler en qualité de quelquun qui agit pour la protection des droits de lhomme ; dautre part, il faut chercher des hommes de confiance qui fournissent des informations véridiques sur la situation du lieu.
Cette organisation utilise aussi des informations transmises par les diffusions, par les organisations non gouvernementales telle que lAmnesty International ou par les organismes internationaux comme les Nations Unies.
Recueillir les informations et diffuser les rapports annuels ne sont que des activités courantes de lOIDP. Selon M. David Fabreau, le cible de ses actions est deffectuer des visites pour examiner la situation sur place. Il dit : "Nous avons déjà expédié un exemplaire du rapport à chaque pays intéressé. Le gouvernement vietnamien va le recevoir ou peut être la-t-il déjà reçu".
Chaque rapport est accompagné dune lettre dans laquelle notre organisation condamne les violations les plus graves. Lorsque que nous sommes au courant des faits concrets sur la violation des droits dun prisonnier ou dun groupe dentre eux, nous adresserons nos lettres aux autorités en cause pour leur montrer clairement quils ont enfeint tels articles des conventions internationales sur les droits de lhomme.
Nous avons aussi continuellement fait entendre notre voix sur les réseaux de transmissions internationales et locales pour lancer des alertes au sujet de violations de droits des prisonniers. Jusquà ce jour, nous navons pas encore eu de réponse du côté du gouvernement vietnamien.
En général, peu de pays répond aux besoins de lOIDP comme la fait le gouvernement espagnol en 1995 : organiser notre visite dans les prisons de ce pays afin de connaître clairement la situation sur place. Le prochain objectif de lorganisation est de discuter avec les autorités vietnamiennes en vue deffectuer des visites dobservation sur la réelle situation des prisons au Vietnam.
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