Vietnam Démocratie - Août 1998

OU VONT CONDUIRE LE VIETNAM,

LE GASPILLAGE ET L'INCOMPETENCE?

Sans avoir besoin de chercher longtemps, on peut trouver facilement les causes qui ont plongé le pays dans le fossé de pauvreté et de famine dans les journaux et magazines de l'Etat Vietnamien. Le magazine Dai Doan Ket (Grande Union), l'organe de propagande du Front Patriotique, une organisation de masse du Parti Communiste Vietnamien (PCV), dans son numéro paru le 8.1.98, a fait observer que le delta du Mékong a produit près de 14 millions de tonnes de paddy en 1997, couvrant 50% de la production du pays, que presque toute la quantité de riz exporté, second produit après le pétrole brut, provient de cette région, que l'agriculteur d'ici a contribué pour une large part au budget du parti, mais que ''son effort n'est pas récompensé, même pour une petite partie de la sueur versée, de la peine donnée, du capital investi dans la production de ce céréale''.

Même le rapport du Ministère de l'Agriculture et du Développement Rural présenté à la réunion de bilan décennal du Programme de la Plaine des Joncs, en mi juillet 1997, sur ''La situation archaïque de la plus grande région d'exportation de riz du pays'' doit aussi reconnaître des faits stupéfiants :

1) Plus de 80% de la quantité de riz et marchandises du pays sont concentrés dans le delta du Mékong alors qu'il n'y existe aucun grand magasin national de vivres ou de marchandises. A défaut de magasin de stockage, le riz ou le paddy excédentaire est mal protégé et s'expose à des pertes considérables.

2) A ce jour, les moissons du paddy s'effectuent en grande partie manuellement. Suivant les statistiques jusqu'à fin 1995, toute la région possède seulement 26.000 batteuses, en moyenne une batteuse travaille pour près de 60 hectares, une moyenne difficilement imaginable, ce qui prolonge la durée des récoltes, augmente le pourcentage de perte et exige beaucoup de peine à l'agriculteur.

3) Le paddy de la période été-automne, moissonné pendant la saison des pluies, absorbe souvent un degré assez élevé d'humidité. Son séchage est à la fois difficile et occasionne des pertes, du fait que le paddy humide cause plus de brisures au riz. Certains sociétés d'alimentation investissent dans les appareils de séchage qui préparent le paddy sec avant le décorticage, mais elles n'ont pas assez de capitaux permettant de monter de grandes entreprises de séchage pour s'occuper du paddy humide moissonné dans les champs. Un tel rendement ne peut qu'assurer le séchage de 50% de la récolte été-automne, environ 3 millions de tonnes nécessitent encore le même traitement.

4) Le décorticage du paddy de toute la région donne annuellement environ 8 millions de tonnes de riz, avec des machines et équipements très archaïques qui manquent toutes sortes d'accessoires pour améliorer la qualité du riz exporté comme consommé dans le pays.

A la lecture des propositions du Ministère concerné, on doit être très surpris, car le budget de l'état aurait dû satisfaire ces besoins légitimes bien des années auparavant selon les déclarations et les résolutions de propagande de l'époque. En réalité, il en est autrement: le budget pour l'agriculture est alimenté à compte goutte, alors qu'il se montre très libéral à l'égard d'autres gaspillages dépassant les limites admises. Quelles sont les mesures proposées par le Ministère de l'agriculture visant à trouver une solution immédiate à certaines difficultés pour l'année 1997 :

- Tout d'abord, il faut se procurer environ 10.000 batteuses en accordant un emprunt de 15 milliards de dongs aux agriculteurs ;
- Un investissement de100 autres milliards est nécessaire à l'industrialisation du décorticage avec un nouvel équipement afin d'améliorer la qualité des produits exportés;
- Accorder aux paysans un prêt de 47 milliards pour acheter des machines-séchoirs nécessaires aux 3 millions de tonnes de paddy de la récolte été-automne.

Selon le magazine Dai Doan Ket, le budget de l'Etat est largement capable d'attribuer les sommes précitées, totalisant environ 160 milliards de Dongs, équivalant au prix de 500 automobiles, alors qu'il en a importé des dizaines de milliers pour le besoin de services des fonctionnaires. En ce qui concerne le capital investi pour le matériel répondant au besoin d'exportation de riz et d'autres marchandises du delta et comportant plusieurs opérations, depuis la moisson, le séchage, la conservation dans des magasins, jusqu'au décorticage, à la transformation et à l'installation d'une solution plus adaptée, la somme nécessaire s'élève à 1.500 milliards, un chiffre énorme à première vue; cependant en 1995, rien que la réparation de quelques dizaines de milliers de voitures sus indiqués a occasionné déjà une dépense de 1.500 milliards!

Début 1996, selon la publication de l'Office de Gestion sur la presse, rien que dans l'appareil administratif de tout le pays, 8.000 petites voitures sont en excédent, et si l'on compte tous les organes, entreprises dans les trois systèmes (Etat, Parti, Associations), la quantité excédentaire de voitures s'élève à plus de 15.000. En évaluant une voiture à 200 millions de Dongs, le montant total s'élève à 3.000 milliards. Or, aucun organe ne consent à rendre les voitures excédentaires dont le produit de la vente pourrait être transformés en capitaux investis dans la production, et de ce fait même, le budget d'Etat n'aurait plus à prendre en charge ces 15.000 voitures, économisant ainsi annuellement 1.000 milliards de dépenses en réparations et en carburants, sans compter des dizaines de milliards investis dans d'autres affaires inutiles.

D'un côté, il manque de magasins pour le stockage des céréales, de l'autre, il y a trop de bureaux, de maison d'accueil, d'hôtels.......Le paysan a l'habitude d'évaluer les petites voitures des fonctionnaires en buffles. Il a une façon d'exprimer, par exemple :''ce fonctionnaire monte 300 ou 400 buffles''. Le buffle reste toujours le rêve de bon nombre de paysans, car il existe encore des endroits où le paysan tire la charrue à la place du buffle. Un député membre du parti à Saigon a dit :''Il suffit d'économiser 6 voitures pour pouvoir fournir les vivres à 3 millions de gens émigrés''. Lorsqu'on gaspille l'argent et les biens de l'Etat, non seulement on fait perdre un grand capital, mais encore on provoque un grand danger : l'Etat n'a plus assez de fonds pour investir au profit de la production. Le fait que le paysan qui manque de machines agricoles et doit travailler avec leurs muscles lui coûte beaucoup de force corporelle pour ne donner que très peu de rendement.

Le magazine dit que ''pauvreté et famine sont concentrées à la campagne non pas à cause des catastrophes naturelles, mais en vérité à cause des catastrophes humaines. Les premières se produisent à période déterminée, tandis que les dernières se manifestent à toute minute, à toute heure, à travers les gaspillages depuis les voitures, téléphones portables jusqu'aux conditionneurs d'air, grands ou petits banquets...., gaspillages que l'on peut constater partout et dans tous les domaines''.

A présent, ils sont en train de saboter la production, causer tant de difficultés et de peines aux travailleurs qui produisent directement des biens pour nourrir la société, car plusieurs ''mandarins'' du parti s'imaginent qu'ils ont le droit de dépenser tous les biens du pays. Le peuple est tellement dégoûté de cette comédie de ''recensement général des biens du secteurs administratif selon la décision n° 466-TTG'' du gouvernement, du fait que ''cette mesure va suivre le sort des recensements antérieurs, c'est à dire qu'elle va aboutir finalement au même résultat : le gaspillage de cette année va dépasser celui de l'année dernière !''

Dans ce cas, il est inutile de chercher très loin les causes directes des révoltes récents des paysans de la province de Thai Binh au Nord du pays. Les ingrédients pour une explosion sociale sont déjà depuis longtemps réunis dans les provinces au Vietnam.

Song Nguyen


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