Vietnam Démocratie - Août 1998


INGENIEUSE LUTTE CONTRE LE MONOPOLE

DES MEDIAS AU VIETNAM

En observant la situation présente du Vietnam, la plupart des gens sont unanimes sur ce point : le régime communiste vietnamien n’est plus capable de dissimuler complètement les informations comme par le passé. Auparavant, du fait que l’unique source d’information était entre les mains du parti, la population n’était informée que sur des faits falsifiés ou des performances agricoles ou industrielles, amplifiées pour le besoin de la propagande.

Quant aux échecs qui ne pouvaient être cachés, les raisons avancées par le régime étaient souvent ‘’les mauvaises intempéries’’ ou ‘’les conséquences laissées par les Américains et l’ancien régime sud vietnamien’’.

A présent, cette situation a changé complètement. La population dispose de plusieurs sources d’information, lui permettant de connaître ce qui se passe dans le pays et le monde entier, le régime se trouve dans l’impossibilité de les cacher, ni de les empêcher.

D’autant plus que les ‘’mauvaises nouvelles’’ sont largement et constamment diffusées par tous les moyens, non seulement sous forme d’imprimés, tracts ou revues distribués clandestinement, mais encore par le propre système d’information du régime qui, en principe, reste entre les bras de fer du parti.

Cela saute aux yeux quand on lit les publications gouvernementales. Par exemple, le journal Nhan Dan (Le peuple), organe officiel du parti, qui, dans le passé, ne contenait que des nouvelles sur des exploits fracassants, rapporte quotidiennement aujourd’hui des faits négatifs, soi disant pour suivre la politique du ‘’renouveau’’ de l’Etat, en contribuant à l’éradication des abus et injustices sociaux ; en réalité, les faits rapportés produisent des effets tout à fait contraires.

Une nouvelle sur la détection d’une filière de contrebande de drogue conduisant à l’arrestation de plusieurs cadres douaniers ou frontaliers n’incite pas les gens à applaudir le régime pour ses mesures contre la cupidité, mais au contraire les pousse à demander immédiatement une enquête sur le clan au pouvoir qui a protégé la contrebande ainsi qu’une sévère punition de ses dirigeants supérieurs, à la place de quelques boucs émissaires.

Après un reportage sur le développement de la prostitution dans certaines régions, suivent immédiatement des accusations sur les conditions difficiles d’existence - réduction de salaire, montée du chômage, multiplication d’impôts et contributions financières de toutes sortes - qui ont poussé les femmes dans cette voie douloureuse.....

Après les nouvelles relatives à l’arrestation de certains cadres des sociétés étatiques accusés de vols des biens d’Etat ou d’extorsion de fonds publics, des opinions publiques se sont manifestées en mettant en évidence les dommages causés par l’économie étatique et plus encore ceux engendrés par le régime actuel, puis proposent   "de tout changer".

Bref, il semblerait que ces articles visent un objectif tout autre dissimulé sous des apparences doucereuses. Le régime a lui aussi senti le danger du problème mais il lui est difficile d’en distinguer les causes profondes et de ce fait, s’est montré embarrassé et passif, ne pouvant adopter aucune solution pour empêcher les gens du peuple à ‘’maîtriser’’ les moyens qui devrait faire de la publicité pour lui, autrement dit, ‘’se servir des moyens du régime pour lutter contre lui’’.

L’appareil publicitaire pour le renouveau ‘’trompeur’’ lui a apporté des conséquences extrêmement néfastes au lieu des résultats escomptés. Ces conséquences ne s’arrêtent pas là, mais elles se développent en concordance avec l’avancée des sciences et techniques modernes qui s’étend au domaine de l’information électronique : le système internet du régime.

Le professeur Hoang Nhan de l’Institut Universitaire de Saigon vient de diffuser un article intitulé ‘’Ne laissez pas les écoles se transformer en centre de commerce’’ où il expose la situation dégradante du système éducatif sous la domination communiste, précisant ‘’qu’elle est devenue pire après l’époque dite ‘’de renouveau’’.

Il écrit :’’Depuis les années du renouveau, les meilleurs étudiants sont devenus de plus en plus rares, les travaux d’études scientifiques des cadres enseignants sont en diminution ; la qualité des diplômes supérieurs - agrégation, doctorat, maîtrise - n’arrivant pas à créer quelque retentissement, est sujette à suspicion’’. C’est bref, simple, mais infiniment véridique.

Dans le paragraphe suivant, il nous invite à faire une tournée des écoles supérieures du système universitaire national à Saigon. ’’Il y en a qui démolissent entièrement le mur de clôture pour élever à sa place des centaines de stands exposant les marchandises ou vendant des matériaux de construction ou loués aux commerçants, en vue de créer une caisse privée de l’école. D’autres détruisent leur belle enceinte au profit des cadres et fonctionnaires de l’école pour y monter de petits restaurants ou boutiques de livres anciens’’.

Ce qui précède concerne l’aspect matériel du problème. Qu’arrive-t-il aux cadres du parti ?

Le professeur Hoang Nhan poursuit : "Plusieurs enseignants ont dû se lancer dans toutes sortes de métiers supplémentaires - fabriquant de yaourts, serveur de restaurant, gardien de vélo, surveillant en dehors des heures réglementaires, enseignant de cours particuliers ou de classes d’institutions privées.... . Il nous a révélé quelque chose de nouveau : le fait que les maîtres et maîtresses soient obligés de vendre bonbons et glaces aux élèves pour améliorer leur niveau de vie existe déjà depuis des décennies, seulement la concurrence entre enseignants des écoles publiques et privées est tout à fait inédite.

En voici l’explication. Lorsque le système éducatif public tend vers la faillite, et pour avoir toutes sortes de marchandises dans une économie de marché, le régime autorise la réouverture des institutions privées.

Puisque les deux catégories d’école perçoivent toutes deux des frais d’enseignement, les élèves se sont entraînés à quitter l’école publique pour fréquenter l’école privée, la conséquence en est que les maîtres de la première catégorie ne mangent plus à leur faim alors que ceux de la seconde catégorie se sont enrichis rapidement, certains peuvent mêmes acheter trois maisons et plusieurs voitures’’.

Et le professeur d’observer ‘’Dans l’histoire ancienne comme contemporaine, aussi orientale qu’occidentale, il n’a jamais existé un tel étrange commerce dans une Université d’Etat et dans l’Education. C’est définitivement une mauvaise répercussion sur la formation, la qualité d’enseignement et les études du système officiel’’

Ce qui précède a donné une vue partielle de l’actuelle situation de l’enseignement du régime communiste. Pour avoir une vue relativement globale, on doit citer en plus le phénomène consistant à passer un examen pour un autre candidat, à frauder dans les examens, à trafiquer les sujets d’examen, et tout récemment, à commettre "des erreurs sur le sujet".

Comme le cas du conseil d’examen de l’école de Phu Yen le 08 Juin dernier (le quotidien Nhan Dan du 09 juin a relaté l’information sur le licenciement des cadres impliqués dans cette affaire), ou des pratiques oppressives conduisant à la manifestation de plus de 50 étudiants en droit à l’université privée Van Lang interdits de passer le concours de fin d’année, ou une multitude d’autres cas.

Mais nous allons quitter le professeur pour aller à une autre page Web, en lisant un article écrit par Da Ngan sur ‘‘Les groupes d’enfants de la rue’’

L’écrit de Da Ngan a cité plusieurs chiffres. C’est un travail difficile, dans un régime spécialement enclin au mensonge et à la tromperie et Da Ngan elle même a reconnu ce fait :’’A cause de statistiques laissant à désirer, le Vietnam n’a pu encore donner des chiffres fiables. Malgré cela, la vérité est trop oppressante, que nous la regardions de face ou non’’. Elle a révélé cette vérité lourde de conséquences comme suit :

- Des enfants errants (sans famille, ni domicile et instruction) évalués à 20.000, traînent leur existence dans des travaux sans lendemain tels que : cirage des chaussures, marchand ambulant, vendeur de billets de loterie, ramassage d’ordures, demande d’aumônes.

- Ceux dont la main d’œuvre est exploitée, sans donner un chiffre concret, sont décrits comme ‘’des armées de fourmis contraints aux travaux forcés avec des besognes touchant la production des services, journalier pour travaux domestiques, coolie, serviteur dans les mines d’or ou dans les exploitations clandestines de charbon, travaillant pendant 10 à 14 heures quotidiennement, sans aucune condition d’assurance sociale ou sanitaire.

- Pour les enfants de sexe féminin sexuellement agressés, le nombre de celles qui ont été violées en 1997 a pratiquement doublé par rapport à 1996. La majorité d’entre elles sont âgées de moins de 16 ans. Dans les 5.000 filles vendues en Chine et au Cambodge pour devenir des prostituées, plusieurs d’entre elles n’ont pas encore dépassé l’âge de la puberté.

- Enfants drogués : parmi des centaines de milliers de drogués agonisants, plus de la moitié concerne des mineurs.

Par ailleurs, le nombre de mineurs impliqués dans toutes sortes de délits progresse pour atteindre un niveau inquiétant, depuis les jeux d’argent, l’entrave à l’ordre public....jusqu’aux vols et assassinats....

Seriez vous en train de lire une condamnation du régime communiste vietnamien par une ‘’organisation réactionnaire’’ des Vietnamiens d’outre mer ? Non. Il s’agit d’un ‘’ reportage social’’ du reporter Da Ngan paru dans une page Web du régime de Hanoi. Les deux cas concrets ci dessus exposés montrent que le régime reste continuellement embarrassé sans pouvoir trouver une solution appropriée au problème qu’il doit affronter.

Dans le contexte actuel du monde en évolution, malgré son plus profond désir, Hanoi ne peut plus continuer à maintenir sa politique de dictature et de camouflage comme par le passé. Avec la perte du soutien communiste international, de l’efficacité de la doctrine marxiste-léniniste maintenant dépassée, les membres et cadres du parti ont perdu confiance, et, mécontents de tant d’injustice, de luttes intestines pour se disputer le pouvoir, se retournent contre le parti.

D’autre part, la lutte persévérante des Vietnamiens à l’intérieur et à l’extérieur du pays devient de plus en plus diversifiée et se renforce. Le "semblant de renouveau" de Hanoi a mis en application une politique de demi-mesure dont les moyens monopolisants ont été ingénieusement exploités par le peuple pour renforcer sa lutte contre le régime, qui, ne pouvant ni avancer ni reculer, s’enlise de plus en plus.

Song Nguyen


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