Vietnam Démocratie - Août 1999 |
Depuis l'étranger jusqu'à l'intérieur du Vietnam, nul n'ignore le problème de corruption du gouvernement communiste actuel. Auparavant, on chuchotait, se fâchait, discutait mais à présent, la colère est devenue du mépris, un mépris envers ce fléau, un mépris envers les personnalités corrompues, un mépris envers l'appareil et le Parti Communiste Vietnamien. Plus que tout au monde, le Parti Communiste Vietnamien (PCV) sentit lui aussi ce rejet, et selon son évaluation, le peuple lui a retiré le peu de confiance qui reste.
Le PCV corrompu : phénomène ou nature?
Le plus souvent, la corruption tire son origine de l'avidité de celui qui détient le pouvoir dans l'appareil administratif. Ainsi, si ce mal existe dans les pays démocratiques occidentaux, on constate son apparition et son développement dans le système gouvernemental. Les partis politiques, pour se constituer un budget, cherchent parfois à se procurer des fonds de façon malhonnête, non conforme aux lois et règlements en vigueur. Cependant, au Vietnam, ce fléau n'est pas absolument identique.
Le mythe
Au cours de leurs activités secrètes comme pendant la guerre, l'appareil de propagande et les dirigeants du PCV ont inventé un mythe se rapportant au "combattant révolutionnaire": "très juste et impartial", "pour le peuple, grâce au peuple et appartenant au peuple".
A partir de la situation de victime de l'exploitation et de la répression féodales et colonialistes, notre peuple était conduit à voir surtout des modèles de héros propres et intègres, dont les rapports l'ont amené à raisonner que le nouveau régime devait refléter aussi de pareilles qualités positives.
Ce mythe s'est profondément fixé dans l'esprit de la masse pendant des décennies, du moins jusqu'à l'année 1975. L'image additionnée d'histoire du "bo doi (soldat) du vieux Ho" a trompé un certain nombre de couches de la population vivant sous le régime. Elle a aussi provoqué des méprises parmi le monde d'observateurs étrangers, jusque dans les rangs anti-communistes et dans la population du Sud du pays.
Au cours des dernières années de la République du Vietnam, alors que la corruption se développe dans différents milieux et dans plusieurs domaines, bon nombre de gens comportant des composantes religieuses, intellectuelles et même un nombre de militaires et fonctionnaires du Sud, a plus ou moins espéré avoir une équipe de cadres nationalistes intègres comme celle de "l'autre côté".
Le début de la corruption des cadres
Immédiatement après le 30.04.75, lorsque le régime socialiste s'est installé au Vietnam, l'image du "bo doi du vieux Ho" commence à être "souillée". Malgré l'appareil de propagande et les séances de bourrage de crâne de quartier et au niveau du hameau, visant à redorer l'image de la "révolution" comme des "individus révolutionnaires", le peuple a découvert les moyens de se créer des situations plus faciles en se montrant "raisonnable" avec la "révolution", notamment avec les "cadres révolutionnaires".
Cependant, ces derniers commencent à faire de gros coups après la vague des "réformes de l'industrie, du commerce et de la propriété privée" suivie par la persécution contre "la propriété privée et les commerçants" A travers ces deux vagues, y compris l'échange de monnaie, les cadres révolutionnaires ont su tirer profit et ainsi ont pu améliorer grandement leur vie. Concrètement, à l'époque où les Chinois sont autorisés de façon semi-officielle à quitter le pays, beaucoup de "cadres révolutionnaires" s'enrichissent très facilement grâce à des pots de vin versés par les "boat people". L'étude des cas de réunification familiale avec l'aide des certificats d'hébergement établis par les parents à l'étranger ont doté les cadres des services d'émigration et de police pas mal d'argent, d'or et de biens immobiliers.
Selon les constatations des dirigeants de Hanoi, la corruption est devenue très répandue et prend la forme d'un véritable "fléau national" depuis la dernière décennie, lorsque le parti et le régime entreprennent le "renouveau", transformant l'économie dirigée en économie de marché. A partir de ce moment, les occasions se présentent à tous les cadres et membres du Parti, lesquels se divisent en diverses factions pour protéger leurs profits et privilèges exceptionnels.
L'origine du mal
L'une des caractéristiques de l'homme est l'ambition. Avec certaines conditions, cette ambition peut se changer en cupidité, avec la volonté d'acquérir la plus grosse part, et plus négativement, s'emparer des biens d'autrui. Ce sont ces ambitions et différentes formes de cupidités qui ont provoqué dans l'histoire humaine tant de guerres cruelles tuant tant d'êtres humains. La religion et la moralité ont souvent recommandé à l'homme de ne pas se laisser tenter par la cupidité, de ne pas toucher au droit de propriété d'autrui.
Dans le temps, la société, s'étant imprégnée de ce principe doctrinal, avait pu conserver dans une certaine mesure l'ordre social. La révolution scientifique et technique, se développant à son plus haut point, a engendré une classe de capitalistes avides de profits. Dans la production, ils s'intéressaient essentiellement à l'exploitation de la force laborieuse des travailleurs manuels qui les servaient. A l'époque, cette couche sociale était pauvre, miséreuse, privée d'instruction et de formation technique, Karl Marx les a appelés "prolétaires", la plus basse couche sociale de l'époque.
Marx préconisait la suppression de toutes les couches supérieures en prenant la couche prolétarienne comme fondation pour la construction d'une nouvelle société. Selon lui, c'était la couche la plus propre, etc. Objectivement parlant, toute couche sociale possède sa caractéristique tant positive que négative, ses qualités et ses défauts.
En appliquant cette doctrine à la société, on constate certains succès dès les premiers pas : l'acquisition du pouvoir par la force. Il n'y a plus que des gens "n'ayant rien à perdre" qui sont déterminés à s'approprier une partie du pouvoir détenu par les autres.
Avec la conduite consistant à susciter des haines profondes grâce à la "lutte des classes", les communistes ont mobilisé des éléments de choc, se donnant le droit d'être les avant-gardes dirigeantes, à attaquer et à piller les biens, les matériels privés de production appartenant à la classe des capitalistes, sans distinction de bons ou de mauvais.
Dans notre pays, lors des "réformes agraires", tant de scènes douloureuses, de tueries d'innocents se sont déjà produites. La "lutte des classes" et la "dictature du prolétariat", constituent les toutes premières leçons et les incantations quotidiennes de tous les membres communistes dans le monde comme au Vietnam, lesquels restent conditionnés dans leur pensée, leur expression, leurs actes.
Les notions de pillage, d'appropriation, de dispute se sont fixées profondément dans leur subconscient. Au cours de la lutte "pour s'emparer du pouvoir", ils sont envahis par l'idée de s'emparer de ce qui appartient aux "ennemis de leur classe", "ennemis de la révolution".
A partir de ce qui est exposé plus haut, on ne peut affirmer si la corruption est un phénomène ou l'essence même d'un communiste. Si l'on conserve toujours le concept confucéen ''l'homme est né bon à l'origine", s'il reste encore quelque peu de la tradition vietnamienne, la corruption, l'enrichissement de façon malhonnête sont de mauvaises habitudes, des maux invétérés au cours d'une certaine étape de la vie.
Le Parti communiste est l'école qui a transformé les bons Vietnamiens en gens malhonnêtes. Le "rôle" de corrompu est lié à l'oisiveté, facile à apprendre et progresse rapidement. Dès le commencement, on se sent gêné, au second coup, on y est habitué, et au troisième on a déjà l'expérience, puis après, l'expérience et l'habileté vont faciliter des coups douteux faciles.
Les décisions réorganisant le Parti émises par le 6ème plénum ont-elles réglé quelque chose ?
La dégénérescence morale des cadres et membres communistes est arrivée à un tel point qu'elle fait perdre toute conscience. L'état de la corruption est arrivée à un degré qui dépasse toute action retardatrice des lois et même du Parti communiste vietnamien. Bon nombre de membres vétérans, gardant l'idéal ardent qu'ils ont choisi - même ils ont su qu'ils l'ont mal choisi - regrettant leur part de participation à la lutte pour la libération du pays, ont à bout d'arguments donné l'alerte au Parti.
Depuis l'apparition des personnes désignées par le Parti comme des "opposants", dont certaines sont exclues du Parti pour l'avoir critiqué sévèrement comme Tran Do, Bao Cu , beaucoup de membres, ayant jusqu'ici gardé le silence, se doivent d'écrire la vérité.
Des personnes telles que Nguyen Van Dao, cadre du Comité central économique du Parti, retraité depuis 1989, le général Pham Hong Son, le journaliste Vu Huy Cuong, les onze hommes et femmes vétérans du Parti résidant à Hanoi et au Sud du pays... ont tiré des coups de semonces à l'oreille des dirigeants, cependant, l'ambition les a rendus aveugles et sourds.
Dans la société, le sentiment populaire a évolué de l'indifférence à la haine contre le Parti. Les soulèvements des paysans, les grèves des ouvriers, les descentes des jeunes et des étudiants dans la rue aux prises avec la police sont les signes d'une chaudière surchauffée prête à exploser.
Face à la dissension interne, à une société susceptible d'explosion à tout moment à laquelle s'ajoutent les difficultés économiques dues à la crise financière asiatique et aux lourdes catastrophes naturelles de l'année passé, le PCV s'est vu entouré d'ennemis de tous les côtés, sans compter en plus le risque d'une "évolution pacifique" qui est en train de le menacer. Il se voit donc obligé de mettre de côté les contradictions entre le personnel du groupe dirigeant pour s'occuper particulièrement de "la reconstruction et du remaniement" afin de resserrer les rangs du Parti, c'est là la teneur du 6ème plénum qui s'est tenu à Hanoi du 25.01.99 au 02.02.99.
Les décisions du 6ème plénum
Ces décisions visent généralement à faire face aux membres exprimant franchement leurs pensées au Parti ou bien encore visant à améliorer l'esprit et la moralité de chacun. Elles ont déterminé un certain nombre de contraintes dignes d'attention, comme suit:
1°) "Renforcer l'unification dans le domaine de la connaissance, de la volonté et de l'action, inciter à s'exprimer et agir suivant les décisions Rester ferme en ce qui concerne les questions de principe du Parti et de la révolution mentionnées dans le programme politique, dans le statut du Parti et dans les décisions du 8è congrès du Parti ; punir à temps sévèrement mais justement les cadres et membres enfreignant les principes du Parti "
2°) "Enseigner la vertu comme une qualité indispensable et faire du mode de vie des cadres et des membres une image exemplaire" "S'opposer à l'individualisme se répandant et profitant des nouvelles conditions, observer rigoureusement les statuts du Parti...", "Les organismes du Parti doivent continuellement gérer, éduquer, contrôler les cadres et membres sur leur moralité, leur façon de vivre..."; "Réaliser le statut démocratique au sein de l'organisation, procéder à une déclaration de patrimoine par les cadres et membres, réglementer sur les cadeaux, les finances, le régime et la conduite vis à vis des cadres".
3°) Réorganiser l'application du principe de centralisation démocratique, le régime de critique et d'autocritique au sein du Parti."
Une réunion sur les obligations exposées plus haut s'est avérée "fondamentale et urgente dans la restructuration du Parti". Partant de là, la réunion a décidé : "Initier une nouvelle étape consistant à permettre l'expression et la liberté de pensée d'une façon approfondie et vaste dans le Parti tout entier, étudier le programme politique, les statuts du Parti, engager une mobilisation visant à édifier et améliorer le fonctionnement du Parti "
Les mesures prises par le Parti sont-elles efficaces?
Dans son discours prononcé au 6ème plénum, Le Kha Phieu a joué le rôle de médecin, énumérant les maladies du Parti tout en présentant les modalités de la guérison. Vis-à-vis de l'organisation du Parti, l'affection commence au sommet et s'étend peu à peu jusqu'en bas : le Comité Central néglige l'obligation rationnelle et urgente concernant le travail d'édification du Parti
Bref, pour résumer, Phieu a cité ces maux : "la bureaucratie, le manque de vraie connaissance de la situation, le défaut d'encouragement et de contrôle dans les affaires, le manque de fermeté dans le règlement des problèmes, l'inexistence d'une vraie démocratie à certains endroits ainsi que de rigueur disciplinaire; le sentiment de respect mutuel, d'entente, la faiblesse dans le combat à s'améliorer, le manque de sérieux et de continuité dans la démarche de critique et d'autocritique".
A l'égard des membres, Le Kha Phieu a fait état des phénomènes tels que : "la dégénérescence des idéaux, le manque de fermeté, la perte de volonté devant les circonstances nouvelles et compliquées, la confusion sur l'essence même de la classe ouvrière du Parti, l'opportunisme sous toutes les formes, la régression en moralité et dans la façon de vivre, l'abus du pouvoir en vue de s'adonner à la corruption, à la contrebande, à l'enrichissement malhonnête, à l'oppression du peuple, au sentiment de chef absolu de famille, à l'ambition personnelle, à la jalousie dans l'exercice de ses fonctions, à jeter par dessus port toute obligation disciplinaire, à s'exprimer et à travailler selon son bon vouloir, au manque de responsabilité, à provoquer la désunion interne ".
Il a aussi indiqué que "certains de ces phénomènes continuent à se développer tout en entraînant de graves conséquences qui nuisent à la confiance du peuple envers le Parti et l'Etat, créant ainsi des conditions favorables aux forces ennemies engagées dans une lutte pour réaliser une "évolution pacifique" contre notre régime".
Comme origine de ces carences, Le Kha Phieu parle de "l'individualisme" : le membre se considère être plus important que tout autre au monde, même le Parti, ses propres intérêts sont supérieurs à ceux de la patrie, du peuple, y compris le Parti.
Le remède avancé par Le Kha Phieu consiste à éduquer les membres et appliquer les deux formes connues de critiques, une tâche obligatoire pour tous les membres depuis la formation du Parti.
Le résultat est que l'éducation et les critiques ont créé le type d'individu que le secrétaire général vient juste de d'écrire plus haut. Il ne s'agit pas d'un nouveau remède, ni d'un médicament amer pouvant guérir le malade. Il ne fait que lui permettre de traîner encore pendant un court moment.
La raison est que le Parti a lancé "la méthode pour guérir les symptômes symboliques" et non pas de guérir la maladie, s'intéressant ainsi au phénomène en oubliant la nature.
***
L'histoire de la corruption du PCV ne peut trouver une fin que si ce dernier ne règne plus sur le pays.
Les dirigeants actuels du Parti et de l'Etat se sont aussi aperçus de la vraie situation : ils détiennent encore le pouvoir mais ne peuvent plus diriger personne, autrement dit, ils ont complètement perdu la confiance du peuple, un danger qui va les conduire tôt ou tard à un effondrement rapide comme en Union soviétique et dans les pays socialistes de l'Est européen.
Ayant une certaine expérience à partir des erreurs du passé, ils se sont servis de la "ruse consistant à se supplicier pour tromper l'ennemi" en déclarant que "le Bureau politique reconnaît sa responsabilité et se critique devant le Comité central et tout le Parti" afin d'apaiser le sentiment de haine leur venant du peuple. Or, ils ont commis des fautes graves à l'encontre de la patrie et du peuple.
Pourquoi donc faire son autocritique devant le Comité central et le Parti ? Et puis après, que va-t-il probablement se passer ? Chacun va continuer à garder sa place pour régner de façon dictatoriale sur le peuple.
Conclusion
Qu'ils rendent à la population le droit de décision envers les fautifs et les criminels. Le fléau de la corruption ne peut disparaître que lorsque notre peuple épurera ces éléments du gouvernement en les privant de leur autorité et de leur fonction.
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