Vietnam Démocratie - Août 1999 |
Nguyen Thua Thinh
A - La mission en Chine
Lê Kha Phieu aurait dû aller présenter ses respects à "la cour" de Chine pendant les premiers jours de 1998, étant donné sa prise de fonction de Secrétaire Général du PCV courant fin 1997. L'on se rappelle que, depuis 1950, Ho Chi Minh s'est avéré être dépendant de Mao Zedong dans tous les domaines (politique, économique, militaire) depuis le riz, les ustensiles de cuisine jusqu'aux cartouches de fusil, depuis l'équipement de toutes sortes jusqu'aux conseillers politiques (réformes agraires) et troupes chinoises (campagne de Dien Bien Phu), afin d'acquérir les moyens pour subsister et tuer nos compatriotes.
"Présenter ses respects à la cour de Chine" est chose courante ; depuis Ho Chi Minh au successeur Lê Kha Phieu, jamais ces formalités ne font défaut (obligations d'un pays vassal), tout cela pour un ultime et unique but : renforcer le pouvoir du Parti. Quoique, après 1979, les relations entre les deux pays se sont quelque peu refroidies, pendant ces dernières années, comme il ne reste plus que quatre pays socialistes, le PCV espère échanger des relations de bon voisinage en vue de progresser vers une totale collaboration avec "la cour" de Chine, du moins il pourra être tranquille du côté de son voisin du Nord afin que, ensemble, les deux pays puissent assurer la stabilité de la voie acheminant vers le socialisme, alors que Hanoi continue à se rapprocher des occidentaux, essentiellement des Etats-Unis.
Au point de vue militaire, on n'a relevé aucune présence du Département de la Défense parmi la forte délégation accompagnant le secrétaire général, il est possible que celui-ci n'aurait pas rencontré trop de difficultés dans sa demande d'aide militaire; ce qui est évident, c'est que à l'époque, Mao accordait une aide "sans contrepartie", alors que cette fois il ne peut obtenir de Jiang qu'une "aide conditionnée".
Dans le domaine territorial, Lê Kha Phieu n'a pas abordé la question des archipels de Paracels et de Spratleys que nous ont laissés nos ancêtres, car les deux pays ont seulement "fixé la période" où seront déterminées les frontières terrestres (en 1999) et les délimitations des eaux territoriales (en 2000).
- Sur terre, après la courte guerre de 1979, la Chine a déplacé la borne frontalière repère d'environ 10 kilomètres plus au sud en territoire vietnamien, et cette situation est reste inchangée depuis ;
- Sur mer, concernant les deux archipels de Paracels et de Spratleys, l'histoire a mentionné clairement que le 14.9.1958, en qualité de premier ministre de la République Démocratique du Vietnam (RDV), Pham Van Dong a confirmé par message officiel la souveraineté de la Chine. Ceci est incontestable tant que Hanoi continue à rester l'héritière légitime de la RDV, quoique, en 1974, le gouvernement de la République du Vietnam (Sud) ait présenté plusieurs documents juridiques justifiant devant le monde sa souveraineté sur ces deux archipels, lorsque la Chine eût occupé les Paracels après une bataille maritime engagée contre la marine de la République du Vietnam qui assurait la sécurité de ces archipels depuis déjà bien longtemps.
Quant aux archipels de Spratleys, ils font actuellement l'objet de rivalité entre six pays de la région (Vietnam, Chine, Malaisie, Philippines, Formose et Brunei). Récemment, les Philippines ont accusé la Chine d'avoir occupé l'île de Mischief dans ces archipels et y fait bâtir des constructions militaires.
B La politique et les Droits de l'Homme
* La politique interne : Avec la critique et l'autocritique comme mesure décidée après la deuxième réunion du sixième plénum du PCV, il est difficile pour Lê Kha Phieu d'atteindre son objectif qui est de reconstruire le Parti pour qu'il soit plus propre, la raison essentielle la plus réaliste est qu'il ne peut pas faire le ménage dans la situation interne du Parti, actuellement en voie de désagrégation.
Après environ 15 mois de prise de fonction, l'opinion publique à Hanoi constate qu'il n'a pas assez de capacité pour diriger convenablement le pays. N'ayant pas eu de résultats révolutionnaires, il est arrivé à ses fonctions de Chef du Comité idéologique et culturel de l'armée grâce au soutien de Lê Duc Anh, puis il a pu s'emparer du poste de secrétaire général à l'aide d'un coup d'état interne peu brillant. De par sa direction incapable, il a toujours été supplanté par les vieux conseillers Do Muoi et Vo Van Kiet pour donner des instructions à tous les échelons et branches.
La critique et l'autocritique applicables pendant la période avancée par lui du 19.05.99 au 19.05.2001 ne peuvent certainement pas reconstruire le Parti selon son désir, car, à moins qu'on ne le fasse pour la forme, l'application correcte de cette mesure va créer de graves conflits entre les membres riches et pauvres dont l'inégalité est frappante (à cause de profits personnels), ce qui entraînera des disputes concernant les intérêts des uns et des autres et la mainmise du pouvoir entre les factions, provoquant ainsi à tous les échelons et domaines une instabilité politique à laquelle Lê Kha Phieu n'aura pas assez de compétence, de prestige et de pouvoir pour remédier.
* Les Droits de l'Homme : Exceptionnellement dans le mois de Mars 1999, Hanoi a fait l'objet de graves accusations par l'opinion mondiale lorsque les Nations Unies ont fait diffuser le rapport de 50 pages de M. Abdelfattah Amor dans lequel, après avoir décrit de façon détaillée les faits auxquels il a assisté ou qui l'ont amené à affronter le régime policier du Vietnam lors de sa mission d'enquête en Octobre 1998, ce rapporteur est arrivé à cette conclusion : " Il n'y a pas de liberté religieuse au Vietnam. Les religions y sont réprimées, les démarches religieuses de toutes sortes sont contrôlées pour éviter tout soulèvement des habitants ou des groupements ennemis du Parti". Hanoi a rejeté ce rapport, estimant qu'il manquait d'objectivité et de bonne volonté.
D'autre part, au cours des pourparlers avec Hanoi au sujet d'un traité commercial bilatéral, les Américains ont abordé ouvertement le problème des Droits de l'Homme, exigeant que le Vietnam respecte "le pacte des droits politiques du citoyen" auquel il a adhéré en le signant. D'autres conditions sont liées étroitement aux pourparlers : ce pays se doit d'améliorer les performances en matière des Droits de l'Homme afin que le parlement américain ne puisse pas retarder son approbation concernant les prochains traités (entre autres, l'octroi du statut de la nation la plus favorisée, très bénéfique pour le Vietnam).
Avec une telle circonstance dans une période si délicate, quelle leçon Lê Kha Phieu a-t-il pu tirer des expériences chinoises lui permettant de faire face aux pressions internationales pour lancer arrogamment une campagne oppressive et terroriste vis-à-vis des habitants du pays ?
Cette campagne commence par l'exclusion du Parti du général Tran Do, se poursuit par l'arrestation du géophysicien Nguyen Thanh Giang, les menaces et les actes coercitifs à l'égard de Hoang Minh Chinh, Ha Si Phu, Hoan Huu Nhan, etc... Les milieux politiques mondiaux, de l'Europe jusqu'à l'Australie et les Etats-Unis ainsi que les organisations pour les Droits de l'Homme et les ONG ont immédiatement élevé leurs voix, exigeant la libération immédiate de Nguyen Thanh Giang.
De surcroît, Hanoi a encore arrêté arbitrairement le Vénérable Thich Quang Do quand ce dernier a quitté Saigon pour aller à Quang Ngai rendre visite au Chef de l'Eglise Bouddhique Unifiée, le Vénérable Thich Huyen Quang, dont il est séparé depuis plusieurs années. La police a aussi arrêté le Chef de l'Eglise ainsi que le Vénérable Thich Hai Tang venant de Quang Tri. Tous les trois ont été amenés au poste de police pour subir un interrogatoire sur la soi-disant "réunion secrète" à la pagode.
Ensuite, elle a précipité le Vénérable Thich Huyen Quang hors de la voiture en le laissant étendu au milieu de la rue, devant le portique de la pagode, et intimer l'ordre aux vénérables Thich Quang Do et Thich Hai Tang de rejoindre immédiatement leurs lieux de résidence assignée respectivement à Saigon et à Quang Tri (ils sont en détention administrative).
Hormis les arrestations, les menaces et les actes coercitifs, les communistes vietnamiens ont montré de plus en plus leur caractéristique cruelle et inhumaine envers les paysans à travers la perception très sévère des impôts agricoles au début de cette année 1999. Plus d'une centaine de nos compatriotes n'ayant pu les acquitter à temps ont été appréhendés et internés jusqu'au paiement complet des impôts dus.
C'est ainsi que le général Tran Do a constaté que "nous avons fait des efforts pour réprimer le régime colonialiste et féodal afin d'en établir un autre, super colonialiste et exploitant le peuple mille fois pire que les propriétaires féodaux du passé, c'est-à-dire l'actuel régime socialiste".
***
Les agissements inconsidérés sans tenir compte des conséquences et des opinions tant internationales qu'internes montrent que le PCV est en train de poser au premier plan le problème de la "sécurité politique", un problème de vie ou de mort du Parti, d'existence y compris l'acquisition de biens personnels par chaque membre, depuis le secrétaire général jusqu'aux cadres des communes et hameaux.
Les moyens violents réalisant la dictature prolétarienne sont dotés de plus en plus de pouvoir pour arrêter, détenir, terroriser nos compatriotes de toutes les couches sociales dès le début de 1999. Plusieurs signes déjà montrent que :
- ou bien Lê Kha Phieu est en train de suivre la politique impassible de Jiang Zemin à travers l'expérience issue de l'affrontement du monde extérieur, notamment des Etats-Unis, en matière de Droits de l'homme, s'occupant tout simplement du proche objectif qui consiste à consolider les Pouvoirs et Intérêts personnels ;
- ou bien le Comité central et lui même se montrent très embarrassés en constatant clairement que le Parti et le régime s'acheminent de plus en plus vers un complet effondrement, d'une part à cause d'un manque de soutien du monde extérieur, d'autre part, parce que la situation interne du Parti est tellement pourrie, et plus important encore, à cause de la perte de confiance du peuple partout dans le pays, y compris les membres importants (typiquement Tran Do) qui manifestent leur opposition en même temps que le grand mouvement revendiquant la liberté, la démocratie et les Droits de l'Homme.
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