Les conséquences du 8ème congrès sur le développement économique.


D ans le projet de rapport politique préparé pour le 8è Congrès du Parti Communiste Vietnamien fin juin dernier, figurait entre autres l'objectif de ''renforcer le rôle du secteur d'Etat jusqu'à 60% du Produit National Brut''. Quoique ce chiffre ait été effacé dans le rapport final, personne ne peut se tromper sur l'intention du parti de contrôler de plus près le secteur privé pour limiter son influence dans le développement de l'économie nationale. Reportons nous donc à la réaction de l'opinion mondiale, notamment du monde économique international, suite à l'analyse des discours prononcés dans le congrès.

Un pas en avant, deux pas en arrière

L'un des discours qui attire le plus d'attention des hommes d'affaires étrangers est celui du ''conseiller'' Nguyen Van Linh, ex-Secrétaire Général du PCV (qui précède Do Muoi) qu'ils considéraient comme l'initiateur de la politique d'ouverture au Vietnam. Or, aujourd'hui, les hommes d'affaires doivent constater qu'ils se sont trompés, car tout le contenu du discours ne vise qu'à critiquer la politique d'ouverture actuelle (qu'il avait lui même proposée au cours du VIème congrès en 1986) pour faire valoir la position de la fraction des conservateurs. Il a maintes fois rappelé les risques de "l'évolution pacifique" et des ''complots de déstabilisation de l'impérialisme'' sans préciser lequel: l'impérialisme soviétique? ce dernier est complètement disloqué! S'agit-il de l'impérialisme américain que le PCV court après pour quelques billets bleus ? Ou bien l'impérialisme français, anglais? qui s'était désagrégé depuis 40 ans ! Ou l'impérialisme chinois qui avait une forte délégation dirigée par Li Peng et siégeant de façon imposante au milieu du 8è Congrès?

Et ce n'est pas tout ! Nguyen Van Linh s'est donné cet air de s'inquiéter de l'avenir économique du Vietnam et appelait tout le monde, notamment les membres du parti, à prendre garde au risque d'accaparement d'avantages économiques par les étrangers. Cependant il n'a pas expliqué pourquoi le parti a dû envoyer tant de délégations - Do Muoi lui même en a dirigé quelques unes - pour implorer l'aide financière de chaque pays étranger, se soumettre aux conditions des organismes financiers mondiaux tels que le Fonds Monétaire International, la Banque Mondiale, la Banque de l'Asie pour le Développement, courtiser les capitaux étrangers....

Le discours en question serait-il le signe commun d'une politique contraignante appliquée pendant presque deux mandats de Secrétaire Général du PCV? Qu'elle soit vraie ou fausse, cette hypothèse a inquiété les investisseurs étrangers. Leurs inquiétudes étaient tellement réelles que les porte paroles officiels -y compris Do Muoi lui même- avaient dû tenir une conférence de presse pour ''démentir'' et expliquer aux journalistes étrangers de ne pas se méprendre, que ''la politique d'ouverture n'a pas changé, le parti désire tout simplement renforcer le contrôle afin que le développement du Vietnam ne soit pas dévié''.

Cependant, comment ces explications pourraient- elles rétablir la confiance, alors que le général Le Kha Phieu, l'un des cinq élus à l'organe suprême du parti, le Bureau Permanent du politburo, déclara en ces termes: ''La conception capitaliste sera remplacée par une nouvelle autre, le Vietnam sera développé suivant une voie spéciale décidée par le PCV''

Y-a t-il un autre paradis que le Vietnam ?

Un pays comme le Vietnam, qui manque de capital intérieur, car l'épargne reste dérisoire à cause de la perte de confiance du peuple, a besoin de capitaux extérieurs pour se développer. Toutefois, le Vietnam n'est pas l'endroit unique au monde qui présente des conditions favorables à tel point que les investisseurs étrangers s'y intéressent entièrement, mais presque tous les pays du monde, y compris les pays riches, cherchent tous les moyens possibles pour séduire les capitaux étrangers. Donc, en cas de difficulté dans un pays quelconque, ils en chercheront d'autres, là où ils trouvent des conditions plus favorables.

Quand les capitalistes investissent, leur premier objectif est de récupérer le capital investi dans le plus bref délai, puis en retirer des bénéfices le plus rapidement possible. C'est ainsi qu'ils s'intéressent spécialement à deux facteurs : la politique économique et la stabilisation politique.

Le récent 8ème Congrès a montré que le Vietnam s'est déterminé à revoir sa politique économique adoptée depuis des années passées. Quoique celle ci ait été appliquée d'une manière indécise à cause des dépravations fondamentales issues de la conception et de l'organisation anti-démocratique du PCV, elle est tout de même considérée par les capitalistes étrangers comme quelque chose d'assez avancée sur laquelle ils peuvent se baser pour établir leur plan d'affaires.

Le changement de la politique d'Hanoi a été confirmé à travers les discours prononcés pendant le Congrès, un phénomène dont on avait constaté le commencement à travers certaines mesures contre les intérêts étrangers telle que l'interdiction de publicité en langue étrangère......Ce changement va pousser les investisseurs étrangers à chercher un autre pays qui, Ù peut être, pourrait leur occasionner plus de frais, mais où ils seront sûrs de rencontrer beaucoup moins de risques.

Selon un sondage dans le monde des affaires effectué par le magazine Far Eastern Economic Review, le niveau de risques au Vietnam est le plus élevé par rapport à d'autres pays de l'Extrême Asie et beaucoup de pays qui désiraient investir au Vietnam ont provisoirement suspendu leur action pour réétudier les problèmes à l'issu du 8ème Congrès du parti. Ce sondage, effectué avant fin Juin, signifie aujourd'hui que, vis à vis des investisseurs, le niveau de risques s'est encore multiplié.

Certains vont dire que, malgré tout, les pays étrangers ont déjà investi plus de 20 milliards de Dollars US au Vietnam. En réalité, ces 20 milliards représentent tout simplement le montant total investi suivant les projets acceptés. Si on compte seulement les projets effectivement réalisés sur le terrain, les économistes les plus subjectifs et ayant de la sympathie pour le régime actuel doivent reconnaître qu'ils ne totalisent pas plus de 7 milliards, la plupart d'entre eux ne s'intéressent qu'à l'utilisation des fonds d'aides bilatérales ou multilatérales.

Suppression de l'économie privée: le secteur d'Etat opprime le secteur privé, l'Etat opprime le peuple.

L'expérience du passé, notamment celle des pays voisins, montre que le capital du pays est créé grâce à l'économie privée. C'est pour cela que le parti communiste chinois se voit obligé de laisser le secteur privé développer fortement. Il paraît que la majorité des dirigeants communistes vietnamiens ne peut pas et peut être ne pourra jamais tirer bénéfice de cette précieuse leçon car elle a confondu deux faits: orienter l'économie et contrôler l'économie.

C'est pourquoi, elle a proposé d'amener le secteur d'Etat jusqu'à 60% du Produit National Brut pour circonscrire le secteur privé. Quoique cette détermination n'ait pas été mentionnée dans le rapport officiel, elle reste toujours l'objectif de la plupart des dirigeants du PCV. Cet objectif va créer des conséquences néfastes pour l'avenir économique du Vietnam:

1)- Si l'on accorde de l'importance au développement du secteur d'Etat, l'économie du Vietnam ne pourra jamais se développer. Selon une étude de la Banque Mondiale, le secteur d'Etat ne peut contribuer au développement car les cadres travaillant dans ce secteur ont perçu trop de privilèges financiers et ce secteur est soumis à la politique générale planifiée par des gens qui ne connaissent aucune loi économique, des ignorants en quelque sorte.

2)- L'oppression du secteur privé va mener l'économie à la ruine. L'être humain est le moteur le plus important dans le développement du pays, les initiatives individuelles sont la source du développement. Depuis la politique du ''laisser faire'', les initiatives privées ont créé trois fois plus d'emplois par rapport à ceux crées par les sociétés du secteur d'Etat. Le fait de placer le développement économique dans le cadre d'une administration contraignante où l'individu est sacrifié a été expérimenté maintes fois pendant plus de 70 ans dans les pays socialistes, le résultat était un échec complet.

3)- Une telle politique ne pourrait jamais mobiliser l'adhésion de la population. Jusqu'à ce jour, malgré la politique d'ouverture, l'Etat n'arrive pas à mobiliser l'épargne du peuple pour investir, car l'épargne privée est insuffisante, il est donc nécessaire de l'y encourager. Cependant, après les décisions (cachées) du 8è Congrès, le peuple s'interrogera: à quoi bon épargner? Où va l'argent provenant de sa peine? Pour être confisqué par l'Etat un beau matin?

4)- Perte d'investissements étrangers: les hommes d'affaires étrangers ne voient pas la raison pour laquelle ils doivent investir dans un secteur où ils sont certains d'être perdants. L'expérience a montré que, en Chine, aucun capitaliste ne veuille investir dans le secteur d'Etat où ils doivent travailler avec des cadres privilégiés du parti qui possèdent le droit de veto sans tenir compte des réactions des autres actionnaires.

5)- La production dans le pays sera stagnante du fait que la valeur de chaque marchandise sera déterminée par celles fixées par les sociétés d'Etat (surtout les sociétés générales) parce qu'elles détiennent le monopole du marché. Si on n'obéit pas aux instructions, la marchandise ne pourra pas être vendue et si on obéit, la marchandise sera vendue à un prix dérisoire. Dans ces conditions, on va se demander pourquoi doit-on produire?

Conclusion

L'économie vietnamienne reste encore à son état embryonnaire. Dans le passé, certains signes montraient qu'elle s'est orientée vers la voie du développement. L'ouverture provisoire avait attiré un certain nombre d'investissements étrangers. Le recentrage au profit du secteur privé avait créé l'occasion aux particuliers d'investir et d'intensifier les initiatives, contribuant ainsi à améliorer l'économie individuelle ce qui a contribué à favoriser dans une certaine mesure l'économie nationale.

Certains dirigeants voyaient cela comme un succès de l'Etat. Pour le moment, si la dissension entre les différents clans du parti mène à la détermination de restreindre le secteur privé, tout le monde va se poser la question :''Est ce que nous travaillons pour nous ou pour un parti qui se dispute des profits personnels?''.

Le 8è Congrès a révélé aux étrangers que le fait d'investir pour aider le peuple vietnamien à trouver une vie meilleure et en même temps pour se permettre d'en tirer des bénéfices est une utopie. Le modèle d'administration vietnamienne sous le régime communiste est celui des pays arriérés où la majorité de la population souffre de la famine et de la privation alors que la classe dirigeante se réserve tous les pouvoirs et privilèges pour mener une vie princière, sans se soucier aucunement du bonheur du peuple. ./.


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