43 tonnes de riz passent en fraude
Les failles du marché unique européen n'ont aucun secret pour certains grossistes peu scrupuleux de la communauté asiatique de Paris. Pour preuve, cette très importante affaire de contrebande de produits alimentaires portant sur plusieurs milliers de tonnes que révèlent "le Parisien'' et "Aujourd'hui ''.
L'histoire commence le 2 juillet dernier sur le port d'Anvers. Parmi les milliers de conteneurs débarqués quotidiennement, des enquêteurs visiblement bien renseignés s'intéressent de très près à un stock de 43 tonnes de riz fraîchement arrivé d'Asie.
Chargée dans deux semi-remorques par un transporteur belge, la cargaison est censée rejoindre Marseille, d'où elle doit ensuite être réexportée vers un pays non membre de l'Union européenne (en l'occurrence, en Afrique). C'est en tous cas ce qui figure noir sur blanc sur les documents d'importation. Ce simple détail lui permet très officiellement d'éviter toute formalité de dédouanement et toute taxe pendant la durée transit.
Le Voyage s'arrête à Villeneuve-le-Roi
Comme le constatent les douaniers qui ont lancé filature, le convoi ne se dirige en fait pas du tout vers Marseille. Les quarante trois tonnes de riz sont déchargées de nuit sans tambour ni trompette dans un entrepôt de la zone industrielle de Ville - le - Roi (Val de Marne). Une marchandise dès lors évaporée aux yeux de la législation européenne, qui reste sans recours dans ce cas de figure.
Les enquêteurs n'en reviennent pas. A l'occasion de leur "flagrant délit'', ils mettent la main, outre le riz, sur des tonnes de nourriture asiatique : viandes, soja, crevettes, pâtes chinoises, fruits en boîte...Un véritable marché de gros clandestin qui se révélera par la suite exclusivement destiné aux commerçants et restaurateurs de la communauté asiatique d'Ile de France.
Pris la main dans le sac, les chauffeurs avouent au bas mot une cinquantaine de rotations ces dernier mois. De vingt à quarante tonnes par camion, selon le cas, la fraude ainsi découverte portait donc sur la bagatelle de mille à mille cinq cents tonnes !
Une comptabilité occulte saisie dans la foulée a, paraît-il, confirmé l'ampleur de ce trafic organisé notamment par l'entreprise Vietnam Diffusion "Société dirigée par l'Ambassade de Hanoi'' (déjà épinglée dans d'autres affaires) et une certaine société Parex, spécialisée dans les produits de restauration asiatique.
Un trafic des plus juteux : les quarante trois tonnes de riz non déclarées auraient permis aux commanditaires d'économiser les droits de douane de 3,5F par kilo et la TVA de 5,5%, soit près de 160.000F au total.
Rapportés à des milliers de tonnes, la fraude fiscale se chiffre par centaines de millions de francs. Et ce sans prendre en compte l'aspect de concurrence déloyale vis-à-vis des autres commerçants, qui, eux, acquittent la TVA sur le riz qu'ils achètent.
Pour l'heure, deux personnes ont été présentées devant la justice. Il s'agit du gérant de Vietnam Diffusion, M. Ngoc Ngoc, un vietnamien âgé de cinquante quatre ans, et d'un de ses employés qui travaillait dans l'entrepôt de Villeneuve-le-Roi. ./.