Un procès politique comique


L e 22/8/96, une séance du tribunal s'est tenue à Hanoi pour juger MM Le Hong Ha, Ha Si Phu Nguyen Xuan Tu et Nguyen Kien Giang. Tous les trois ont été condamnés pour ''Avoir révélé les secrets d'Etat''. Ce procès n'était pas ouvert au public et à la presse, à l'exception de certains proches des condamnés. La foule devait rester loin du lieu, à l'autre côté de la rue devant le tribunal. Les habitants d'Hanoi considéraient que ce procès politique a été jugé en secret.

Le tribunal d'Hanoi a accusé M. Le Hong Ha d'avoir pris une lettre portant le cachet ''secret'' écrite et adressée au bureau politique par le premier ministre Vo Van Kiet et transmis à M. Ha Si Phu pour être diffusée au public. Parallèlement, ce tribunal a condamné le journaliste Nguyen Kien Giang pour avoir aidé à produire des copies de cette lettre. C'est en se basant sur ce motif unique que le tribunal a condamné M. Le Hong Ha à 2 ans de prison, M. Ha Si Phu à 1 an de prison, M. Nguyen Kien Giang à 15 mois de prison avec sursis. Cependant, M Le Hong Ha a justifìé son innocence. Son avocat a prouvé que cette lettre, qui portait le cachet ''secret'', ne portait pas de signature, donc, n'importe qui pourrait la créer. Cette argumentation impliquait que les forces de sécurité pourraient créer de fausses preuves pour arrêter tous les trois! Les avocats demandèrent à examiner la lettre, mais le tribunal s'y opposa pour raison ''secret d'état''.

On a évoqué ci dessus la présence des avocats. Cependant, selon les proches des condamnés, ce n'était que des ''apparences'' pour créer l'impression d'un ''Etat de droit''. En fait toutes les peines avaient été décidées d'avance. Un fait connu dans tout le pays, c'est que la lettre munie du cachet ''secret'' avait été largement diffusée, la presse et les radios à l'étranger l'avaient maintes fois commentée avant même que les trois personnes concernées la détenaient. M. Le Hong Ha s'est disculpé par le fait que le contenu de la lettre n'avait rien de secret, et qu'il n'était en question que de concepts démocratiques abordés ouvertement bien longtemps déjà par M. Nguyen Ho.

En réalité, M. Le Hong Ha avait été arrêté suite à sa demande au Bureau Politique de reviser officiellement le procès injuste trente années auparavant, connu sous le délit ''Opposants au parti et révisionnistes''. M. Ha avait été chargé d'enquêter sur ce procès et avait ensuite adressé au Bureau Politique un rapport complet . Le parti s'était servi de la lettre comme motif pour le condamner par vengeance: Le Hong Ha avait occupé d'importantes fonctions dans le ministère de l'intérieur, ce qui lui avait permis de rendre publiques toutes les vérités cachées au fond de ce parti malhonnête et déloyal. Le juge lui dit :''Vous avez violé l'article 37 de cette loi''. Il répliqua:''Non ! Vous faites erreur ! Il s'agit de l'article 38 du code pénal, vous l'avez mal rappelé! Sa teneur est la suivante...''. Puis il citait le contenu de cette article. Après l'avoir entendu, le juge socialiste a reconnu sur place son erreur, ce qui provoquait des rires de l'assistance.

Concernant M. Ha Si Phu, il a écrit les articles :''Main dans la main, marchons sous l'orientation de l'intelligence'', ''Quelques réflexions d'un citoyen'', ''Adieu à l'idéologie'' par lesquels il prouve que le communisme est à son stade ''agonisant''. Il démontre de façon scientifique l'irrationalité du communisme, les problèmes de la démocratie, des droits de l'homme, de la décadence de la moralité, de l'idiotie des dirigeants....tout cela à cause de cette doctrine utopique, et appelle le parti de s'en débarrasser afin de sauver le pays et le peuple. C'est à cause de ces observations qu'il a été arrêté. Devant le tribunal, il était inculpé ''d'accaparation de documents secrets de l'Etat'' à propos duquel il racontait au tribunal des faits suivants: ''Je suis entrain de pédaler dans les rues d'Hanoi lorsqu'un autre vélo fonce sur moi et me renverse, puis quelqu'un s'empare de mon sac. Donc, on m'a accaparé mon sac, tandis que moi je n'ai rien accaparé à personne''. Des rires s'élevaient dans l'assistance. Il continuait: ''Je suis victime d'une accaparation et maintenant je suis inculpé encore d'être l'accapareur''. Une fois encore, on entendait les rires de l'assistance, même des policiers.

Pareil au cas de M. Le Hong Ha, le PCV veut détruire Ha Si Phu parce que ce dernier a ouvertement montré les graves déraisons de son parti, les désastres qu'il a causés et continue de causer au pays et qui répercuteront pendant des centaines d'années à venir. Pourtant, l'unique motif que le parti a pu trouver, c'est la lettre que Vo Van Kiet écrit au politburo.

Il en est de même pour M. Nguyen Kien Giang. Comme il figure parmi les victimes du procès des ''Opposants au parti et révisionnistes'', il est devenu l'ennemi des dirigeants. Il a déclaré que l'obscurantisme du parti est la cause de la misère et de la décadence du Vietnam. Il a été arrêté pour son opposition au parti mais a été traduit devant le tribunal avec comme motif "diffuser la lettre de M. Vo Van Kiet". L'assistance a maintes fois éclaté de rire en constatant que des juges ignorant tout des lois pénales ont été désignés au rôle de présidents de cette séance.

Et, au milieu de ce tribunal d'Hanoi du 22 Août, il s'est produit une comédie dramatique où les gens malhonnêtes appliquaient les lois de la jungle pour juger les intellectuels vietnamiens. Serait-ce la raison de cette audience...secrète ? Mais rien ne peut rester secret sous la lumière de la Justice et de la Liberté. ./.


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