Vietnam Démocratie - Octobre 1997

Un non changement: M. Tran Duc Luong a été désigné Chef d’Etat du Vietnam

Le fait que M. Tran Duc Luong, membre du Bureau Politique soit désigné par l’Assemblée Nationale comme Chef d’Etat souligne une fois de plus l’incertitude qui règne actuellement dans les hautes sphères du Parti Communiste Vietnamien (PCV). Les observateurs sont étonnés de cette nomination, alors que l’on s’attendait à ce que M. Phan Van Khai, vice-premier ministre, ou M. Nguyen Manh Cam, ancien Ministre des Affaires Etrangères soit désigné pour remplacer M. Le Duc Anh, qui ne peut plus assurer les fonctions depuis une attaque cérébrale en Novembre 1996.

Avec le départ officieux des 2 vétérans Le Duc Anh, Vo Van Kiet, il semble qu’aucun des membres du Bureau Politique (BP) n’ait des expériences et la capacité à imposer ses points de vue de leurs prédécesseurs, hormis Do Muoi, Secrétaire Général du PCV dont le remplacement dans un avenir proche figure aussi à l’ordre du jour. Suite à cette nomination, le rang dans le BP est le suivant : numéro un, M. Do Muoi, numéro deux, M. Tran Duc Luong et numéro trois, M. Phan Van Khai. Actuellement, on ne sait pas si le départ de M. Le Duc Anh et de M. Vo Van Kiet de leur charge respective de Chef d'Etat et de Premier Ministre signifie aussi le départ du BP. Mais rien n’est moins sûr. Car les expériences ont montré que les luttes de clan se poursuivent par homme de main interposé. M. Vo Van Kiet garde toujours un contrôle en plaçant ses hommes aux postes clefs dans le Comité Central du PCV, même s’il se retrouve minoritaire au BP.

L’ascension de M. Luong au poste de Chef d’Etat ne va pas modifier sensiblement l’équilibre actuel au sommet. Le vaincu de ce match est le général Doan Khue qui aspire à remplacer M. Le Duc Anh. Le futur gagnant dans cette bataille semble être le général Le Kha Phieu qui est actuellement numéro quatre du BP et responsable de la commission idélogique de l’armée, un remplaçant potentiel de M. Do Muoi au poste suprême Secrétaire Général du PCV. Quoi qu ‘il en soit, la nomination de M. Luong ne signifie pas un changement de cap important pour le Parti qui se retrouve toujours dans une impasse idéologique depuis presque 2 ans. Le Parti est obligé de poursuivre en avant les réformes pour pouvoir survivre mais ne connaît pas les limites à ne pas franchir pour mettre en péril l’existence du PCV. Cela semble être un dilemme fondamental pour les dirigeants du Parti. Soumis aux deux pressions qui sont d’un côté la colère, les frustrations des paysans et de l’autre côté les pressions des milieux investisseurs et des donateurs (FMI, World Bank, ADB...), le gouvernement de Hanoi sera bientôt obligé de trancher la voie à suivre, même s’il doit sacrifier une partie de ses pouvoirs, car il n’aura plus d'autre choix.

Tous les indices économiques et sociaux de ces derniers temps sont au rouge (déficit du budget, déficit de la balance commerciale, faillite du système bancaire, chute de confiance des investisseurs, chute de production, colère de la population, corruption à tous les niveaux, instabilité sociale en augmentation, inégalité sociale entre la mafia rouge et la population).

La nomination de M. Luong semble être plutôt un signe en faveur des milieux investisseurs et des institutions internationales, mais il vient trop tard pour être crédible. Car les investisseurs souffrent d’une absence totale de garantie de protection, le cadre légal existe avec toutes sortes de lois, décrets, plus avancés les uns que les autres, mais le seul problème est qu‘ils n’ont pu être appliqués. Aujourd'hui, il n’y a plus de cohérence entre les pouvoirs centraux et régionaux au Vietnam. Les raisons sont aussi simples. Il n’ y a jamais eu d’autorités indépendantes pour faire contre-poids au PVC tout puissant et qui est censé représenté " l’élite d’avant garde de la société vietnamienne " d’après l’article 4 de la Constitution qui confère au Parti le rôle dirigeant unique dans tous les secteurs de la société vietnamienne QUOI QU’IL ARRIVE.

Voilà la cause de tous les malheurs actuels. Crever cet abcès est aussi simple, il faut faire abolir ce gouvernement totalement dépassé, faire participer toutes les autres forces de la nation dans la reconstruction du pays, confier la direction des entreprises étatiques aux gens compétents et non aux cadres incompétents des clans du PCV, autoriser les presses indépendantes pour pouvoir dénoncer les dérives, pratiques mafieuses, poursuivre avec plus de vigueur la lutte contre la corruption. Personne ne doit être épargné, même s’il s’agit des personnes de sa propre famille. Il faut réduire le secteur étatique, goufffre sans fonds des aides, origine des malversations, des détournements des cadres du PCV sans scrupules.

Sans toutes ces mesures salutaires, toutes les autres ne sont que saupoudrages pour permettre au Parti de gagner du temps. Plus il sera tard, plus les explosions, révoltes sociales seront violentes. Dans l’état actuel du Vietnam, pratiquement, tous les ingrédients sont réunis et des révoltes violentes ne dépendront que de peu de choses. !


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