Vietnam Démocratie - Octobre 1997

Les travailleurs vietnamiens
exercent leur droit de grève

Le mois d’Août 97 fut marqué par des conflits sociaux au Vietnam; d’une part la Société Up Gain (UG) à Saigon a décidé de rompre le contrat de travail avec 480 salariés à cause du manque de quota d’exportation de produits de confection, et d’autre part, 360 travailleurs de la Société Viet Pho à Binh Chanh se sont mis en grève pour avoir été obligés à travailler au dessus de leur force, alors qu'au Tribunal de Travail, les dossiers des affaires provenant de conflits sociaux entre patron et salariés s’amoncellent de jour en jour.. Que disent ces faits ?

L’imprévu vient du quota !

Comme explications, le quotidien Tuoi Tre (Jeunesse) paru à Saigon le 28.08.97 a cité les propos de M. Ken C.C. Sen, Directeur Général de la Société UG : "Nous y avons mis tous nos efforts. Cela porte préjudice aux salariés, mais nous sommes lésés nous aussi. L’entreprise a fonctionné à compter d’Octobre 96 avec une capacité de production prévue initialement pour l.000 salariés. Jusqu’en Août 97, nous en arrivons à 630 et déjà nous devons mettre fin au contrat de travail 480 salariés, les 250 restants travaillent à présent pour la forme, en situation instable"

"En résiliant les contrats de travail, c’est la Société qui souffre la plus des préjudices, car il n’est pas facile de former tant de gens habitués à leur tâche et attachés en même temps à l’entreprise. Mais nous n’avons pu agir autrement du moment où nous n’avons pas obtenu de quota d’exportation de nos marchandises vers les pays de l’Union Européenne. La Société a beau cherché des solutions pour y remédier, elle est allée même jusqu'à explorer les marchés non soumis au régime de quota, mais peine perdue, c’est ainsi qu’elle se trouve dans l’obligation de diminuer la production et réduire l’effectif....’’

M. Ken C.C. Sen a ajouté que, durant l’année 1997, la Société UG n’a obtenu qu’un quota d’un peu plus de 1.000 vestes jacquets, un chiffre ridicule par rapport à la capacité de production de l'entreprise.

Mais en vérité, cette situation est tout à fait générale. Les entreprises de confection de marchandises exportées indiquent que, comme dans les années passées, afin de maintenir la production et assurer du travail aux salariés, elles doivent signer d’avance des contrats de livraison avec les sociétés étrangères, quitte à procéder ensuite aux démarches pour l’obtention ultérieure du quota.

Or, vers le milieu de 1997, le Ministère vietnamien du Commerce a subitement déclaré qu’il n’attribue plus de quota, d’où, pas de quota, pas de livraison, ce qui oblige les ateliers de confection à dédommager les sociétés étrangères, sans compter de grandes quantités de marchandises restées en stock, notamment les vestes jacquets qui vont être jetées si aucun quota n'est distribué avant cet hiver. Mme N.T.L domiciliée à Go Vap, l’une des licenciés, dit :’’Quoique j’aie été mise au courant du licenciement, j’ai senti quand même comme un effondrement de la terre sous mes pieds au moment de sa notification....’’

Cet état d’esprit n’est pas particulier, car dans la situation actuelle, ce n’est pas facile de trouver un emploi. Un autre licencié, M. T.V.N. domicilié à Thu Duc, qui est allé frapper en vain à toutes les portes, s’exprima :’’Avec mes expériences en matière de confection, je pouvais trouver facilement du travail par le passé. Si j’avais choisi la Société UG, c’est parce qu’elle est située près de mon domicile. De plus sa spécialité de confection de produits exportés répond bien à mes aspirations: une marchandise de bonne qualité, un travail stable et durable.’’ A présent, il doit emprunter à son père son vélo moteur pour faire partie des groupes de transport de voyageurs par vélomoteur dans de courts trajets autour des stations de voitures de transport à longs trajets à Saigon.

Selon le quotidien précité, chaque salarié licencié reçoit de l’employeur près d’un million de dongs (environ 90 dollars US). Par exemple, M. N.D.A., domicilié à Go Vap, dont le contrat est résilié le 15.08.97, reçoit une somme totale de 843.828 dongs se décomposant en : salaire d’Août (329.790d), indemnités de cessation de travail (315.000d) et congés payés de 1997 (199.038d). Cette somme ne peut évidemment pas assurer l’existence du salarié s’il n’arrive pas à trouver rapidement un nouvel emploi.

Des heures supplémentaires insuffisamment rémunérées

Toujours selon le quotidien, dans la matinée du 23.08.97, 360 travailleurs de l’usine de tissage de laine de la Société Viet Pho, dans le 6ème Arrondissement de Saigon, ont effectué un arrêt de travail visant à réclamer l’augmentation de la durée du temps de repos et la réduction du temps de travail. D’après eux, durant deux mois passés, la Société qui a augmenté consécutivement l’horaire quotidien, même le dimanche, de 7h30 à 21h30 a exploité excessivement les travailleurs à bout de force, alors que les rémunérations pour les heures supplémentaires s’avèrent irrationnelles. D’autant plus que, le 18 Août dernier, elle a lancé un circulaire fixant la quantité de production obligatoire pour tel salaire, sous peine d’être pénalisé en cas d’insuffisance de rendement. Les salariés trouvent que les quotas fixés sont si élevés qu’ils ne puissent jamais les atteindre. En plus de tout cela, l'état lamentable de la cantine, les négligences dans la sécurité dans le travail s’acharnent contre les travailleurs indignés et les décident à se manifester.

D’après Mme Le Thi Tuyet Nga, présidente de la Fédération du Travail (fédération officielle autorisée) du 6ème Arrondissement, cette augmentation d’horaire de travail est illégale et illogique parce qu’elle aurait des influences néfastes sur la mentalité des gens et épuiserait les salariés, alors que suivant le rapport de la direction de la Société, la capacité de production n’est pas si élevée.

Cependant la Fédération n’a rien fait de concret pour venir en aide aux salariés. Comme explication, M. Cao Van Loi, directeur adjoint de la Société, reconnaît la véracité de l’augmentation du temps de travail depuis près de deux mois, la raison est que ‘’la Société a signé un contrat avec l’étranger et il faut travailler plus pour pouvoir livrer les marchandises à temps’’, quant à la détermination du critère de production, il s’agit d’une première expérience d’un mois, qui pourrait être modifiée en cas de besoin.

Au cours d’une séance de travail avec le représentant de la Société et les autorités administratives compétentes, les salariés ont présenté une motion en 9 points tels que : "réduction du temps de travail, augmentation du temps de pause, abaissement du critère de production, amélioration de la cuisine, renforcement de la sécurité dans le travail....’’. La Société a promis de réorganiser la production en septembre 97 en vue de mettre un terme à ladite situation et en même temps de trouver une solutionne aux problèmes soulevés par les travailleurs.

Sur place déjà, la Société a promis de n’augmenter le temps de travail que les lundi, mercredi et vendredi, de ne pas pénaliser le salarié n’atteignant pas le quota de production. Par contre, elle récompensera ceux qui le dépassent afin d’encourager l’intensification de production. Toutefois, jusqu'à ce jour, les salariés n’ont enregistré aucun signe concret sur la réalisation de ces promesses !

Suivant les statistiques de la Fédération du Travail à Saigon, depuis 1990, cette ville a compté déjà 143 affaires conduisant les salariés de diverses entreprises à la grève. Un fait digne d’attention est que, malgré le code du travail vietnamien créé et appliqué depuis le 1er janvier 1995 accompagné de l’ordonnance du Comité Exécutif de l’Assemblée Nationale concernant les procédures de règlement des conflits sociaux, le nombre d’affaires de ce genre aboutissant aux grèves n’a cessé d'augmenter: 25 en 1995, 38 en 1996 et 27 dans les 8 premiers mois de 1997.

La Fédération du travail indique que, en plus de l’affaire de cessation de contrat avec un grand nombre de salariés de la Société UG, tout récemment, les entreprises aux capitaux coréens ont aussi résilié le contrat de travail avec plusieurs salariés et apprentis.

Selon le quotidien Tuoi Tre, il s’agit d’entreprises réinvesties à partir d’un pays tiers et dont la société mère a modifié son plan d’investissement pour plusieurs raisons, parmi lesquelles les litiges entre techniciens étrangers et travailleurs vietnamiens, provenant du fait que le comportement de ces étrangers ne s’accorde pas avec les particularités du travail au Vietnam.

La Confédération est en train de suivre cette affaire en vue de superviser le dédommagement des travailleurs lésés par les entreprises concernées, sauf l’affaire UG qui relève de la compétence du comité de gestion du secteur de production pour l’exportation. Toutefois, les résultats escomptés par la Confédération restent très modestes.

Le Service du Travail, des Blessés de Guerre et des Affaires Sociales continue à promettre "de proposer aux organes compétents de réviser le système et de trouver des quotas raisonnables visant à protéger les intérêts des travailleurs, mettant un terme au régime de distribution de quota qui a causé la perte d’emploi à des centaines de travailleurs’’, alors que les entreprises de confection à Saigon ont proposé au Ministère du Commerce d'annuler les quotas déjà attribués et dont les bénéficiaires ne s’en sont pas servis pour les répartir à ceux qui en ont vraiment besoin.

Sur le papier, il s’agit ici d’une façon de parler selon les règles de la bienséance. En vérité, la distribution des quotas est totalement arbitraire du fait que les dirigeants de ce ministère ne peuvent que les attribuer aux entreprises expérimentée en matière de pot de vin.

Ngoc Van


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