Vietnam Démocratie - Octobre 1998 |
par Nguyen Ngoc Duc
Jusqu'à fin mai 1998, la situation en Indonésie promettait encore dautres rebondissements, mais on peut se montrer optimiste et constater que le processus de démocratisation, qui sy déroule favorablement, va certainement élargir son influence sur les pays de la région. Il est donc nécessaire den tirer des leçons afin de voir plus clairement léventualité de risques semblables concernant le régime totalitaire au Vietnam.La contradiction entre léconomie et la politique est la raison qui conduit à la crise
Lorigine des événements de mai en Indonésie prend sa source à partir de la situation contradictoire entre léconomie et la politique. Depuis 30 ans déjà que Mr. Suharto sest approprié la fonction de président, en 1968, la politique de développement sest basée sur deux facteurs : la dictature politique pour créer un cadre stable et louverture économique pour attirer les investissements étrangers. Au cours des trois dernières décennies, la situation économique indonésienne sest sensiblement améliorée, dune part grâce aux ressources abondantes de pétrole et une main duvre à bon marché et dautre part grâce aux capitaux étrangers investis dans le pays et aux aides des organismes financiers mondiaux Apparemment, on a limpression que ce pays a réussi à poser une fondation solide pour son développement dans la stabilité. Or, la réalité en est tout autre.
En effet, sous cette apparence stable, se cachent des contradictions de plus en plus grandissantes au niveau de la société, ainsi que des germes dopposition prêts à exploser. Quoique le taux moyen de croissance des 10 dernières années de lIndonésie soit de 7,9%, mais en vérité, seulement une petite minorité bénéficie de cet avantage, alors que la majorité absolue de la population vit dans la misère. La situation est devenue de plus en plus grave avec une densité record de la population dans les grandes villes. Doù sensuivent des problèmes dordre social, éducatif et denvironnement. Dautre part, le régime dictatorial de M. Suharto a favorisé la cupidité et réservé tous les pouvoirs et privilèges exceptionnels à une petite minorité composée de membres de sa famille et de ses proches.
En 1997, la crise financière du Sud Est asiatique a fait déborder les mécontentements causés par la montée en flèche des prix des produits de première nécessité et du chômage. Quoique les événements de mai 1998 ne mettent pas complètement lIndonésie sur la voie de la démocratie, ils ont quand même créé déléments fondamentaux aidant ce pays à se libérer du cadre dictatorial établi depuis 32 ans. Ceci est une précieuse leçon pour le Vietnam, du fait quil existe des points identiques dans les deux pays : un cadre politique dictatorial et une économie basée sur linvestissement étranger.. Tout récemment, le représentant du Fond Monétaire International au Vietnam a déclaré que "le Vietnam doit agir rapidement afin déviter une crise du type indonésien"La force combattante des jeunes et des étudiants est la force motrice conduisant au changement
Pendant les événements de mai en Indonésie, le rôle des étudiants est frappant et personne ne peut contester quils ont destitué le dictateur Suharto, disposant de tous les moyens de répression. Au cours de ces dernières années, limage des étudiants asiatiques va souvent de pair avec la lutte contre la dictature, loppression et linjustice. Lan 1973, en Thailande, la lutte des étudiants a mis fin au régime militariste du général Thanom, en faveur dun gouvernement civil. En Corée du Sud, les étudiants, constamment soulevés contre les régimes totalitaires, sont devenus la force motrice principale qui conduit le processus de démocratisation, mettant à la tête de lEtat lopposant renommé Kim Dae Young après une élection démocratique vers la fin de 1997. Aux Philippines, les étudiants constituent le fer de lance dans les soulèvements populaires contre le dictateur Marcos qui doit sexpatrier en 1986. En Birmanie, les étudiants sont descendus en masse dans la rue contre le régime dictatorial de Ne Win ; quoiquils aient été sauvagement réprimés, leur lutte a ouvert la voie à un grand mouvement dopposition dirigé par Mme Aung San Suu Kyi. En Chine, après le massacre de Tien An Men, le mouvement dopposition estudiantin continue à attirer lattention du monde.
Alors que les jeunes et les étudiants de lAsie sadonnent aux activités positives, on a limpression que rien ne se produit au Vietnam. Mais cette impression va être changée. Sous la surface plane et silencieuse de la collectivité des jeunes et des étudiants vietnamiens, les vagues commencent à déferler. Tout récemment, une revue clandestine des jeunes Vietnamiens du pays a fait son apparition à létranger.
Avec son titre lEveil, cette revue a exprimé les préoccupations de la jeunesse vietnamienne face à la situation actuelle du pays. Elle a lancé un appel : "Nous ne pouvons rester éternellement tête baissée. Nous lavons déjà été assez longtemps. Plus nous baissons la tête, plus on nous méprise et plus on nous foule aux pieds. Nous devons mettre un terme à la peur, nous montrer digne du rôle de futurs dirigeants du pays". La couche profonde des vagues commence à bouger, les futurs responsables du pays ont relevé la tête. Le mouvement démocratique annonce un grand ouragan.La position de larmée décide de la voie du processus de transition
Au cours des événements de mai en Indonésie, larmée a joué un rôle important. Face à labsence de pouvoir pendant plusieurs jours, la force armée a manoeuvré pour parer aux désordres surgis de partout dans le pays, mais cest aussi cette force qui a engendré la colère de la masse, lorsque, le 12 mai, elle a tiré sur les manifestants à luniversité de Trisakti à Jakarta, causant la mort à un grand nombre détudiants. Cest ainsi que la violence a éclaté partout, causant encore plus de morts.
Devant ces circonstances, le général Wiranto, Ministre de la Défense et Chef dEtat-major de larmée, a ordonné à larmée de ne pas tirer sur les étudiants et en même temps, a ouvert une enquête sur le responsable des tirs. Ce général a aussi donné lordre à larmée de ne pas empêcher loccupation de la salle du Congrès par les étudiants le 18 mai. Il a lui même convaincu lopposition islamique à annuler limmense manifestation prévue pour le 20 mai afin déviter des effusions de sang et, dans la soirée de cette journée, il est allé demander à M. Suharto de démissionner, ce que ce dernier a accepté en constatant quil navait plus lappui de larmée pour se maintenir au pouvoir. Dans les jours à venir, larmée et le général Wiranto vont continuer à jouer leur rôle important dans le processus de transition.
Si larmée commandée par ce général était déterminée à protéger un régime dictatorial, ce processus se serait dérouler dans le feu et le sang et risquerait de conduire à une guerre civile car une fraction de larmée, mécontente à légard des chefs, se rangerait du côté du peuple. En revanche, si larmée était pour le camp démocratique, la transition se passerait relativement dans le calme. La position de larmée qui décide du processus de transition nest pas un cas particulier pour lIndonésie.
En 1991, du fait que larmée soviétique avait désobéi aux ordres des auteurs du coup détat, M. Boris Eltsine avait pu renverser la situation, pour aboutir ainsi à leffondrement de lUnion Soviétique. Au Vietnam, la position de larmée va décider de la voie où se déroulera le processus de démocratisation, dans de violents désordres avec effusion de sang ou dans la paix.
La leçon indonésienne a aussi montré que, lorsque les dirigeants sont aveuglés par les ambitions visant à monopoliser le pouvoir, la patrie est arrivée dans une situation de crise. Cest létat actuel du Vietnam. Les mouvements de colère de la population de Thai Binh, de Tra Co et récemment de Nam Dinh nous ont permis de constater que le pays est parsemé de risques dexplosion. Ce nest plus quune question de temps et de connaissance de la part des dirigeants communistes vietnamiens.
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