Vietnam Démocratie - Octobre 1998

LA VOIX DE LA JEUNESSE DU VIETNAM :
LE MAGAZINE THAO THUC (L’EVEIL) N o 1 , MARS 1998

Présentation - Le magazine Viêt Luân (une publication de la communauté vietnamienne en Australie - NDR) vient de recevoir un magazine clandestin très spécial de notre jeunesse du pays : la revue Thao Thuc n°1, sous format A4 - pour faciliter toute diffusion en cachette - comportant cinq parties, la première est l’avant-propos et les quatre autres exposent les réflexions des jeunes du pays sur la situation actuelle du Vietnam. Nous vous en communiquons le texte intégral, en espérant que toute la jeunesse vietnamienne prenne conscience de son importante responsabilité pour la cause commune : mettre un terme au régime communiste afin d’ouvrir une ère nouvelle à notre patrie.

Avant-propos

Vous êtes, chers amis, âgés de 18 à 25 ans, un peu moins ou un peu plus, et vous avez les mêmes éveils : quel sera notre avenir, celui de nos familles et de notre patrie ? Toutes ces préoccupations nécessitent échanges d’idées et discussions. Mais de quelle manière ? Vous ne disposez pas d’un environnement propice aux rencontres et échanges de point de vue. Le Club de la Jeunesse Communiste Ho Chi Minh n’est qu’un outil du Parti Communiste Vietnamien (PCV) qui exerce un contrôle sur la jeunesse. Il ne peut être considéré comme un milieu où la jeunesse exprime franchement et totalement toutes ses réflexions et ses aspirations... On encourage la jeunesse à s’exprimer, à condition qu’elle le fasse suivant la voie tracée par le parti. Le magazine Tuoi Tre (Jeunesse) n’est pas mauvais, mais il est ligoté et devient la tribune, le porte-voix du parti qui impose aux jeunes le genre d’entretien qu’il désire avoir avec eux. Non, la jeunesse vietnamienne doit disposer de sa propre voix. C’est pourquoi nous nous décidons à publier ce petit magazine clandestin. Nous ne sommes pas des fanatiques, nous n’appelons pas à la violence, nous voulons tout simplement discuter correctement et franchement des problèmes de notre pays, simple aspiration qui, pourtant, une fois détectée par les autorités, nous attirera de lourdes peines d’emprisonnement. Pourquoi se préoccuper du sort du pays qui va alors constituer un délit ? Quelle pitié ressent-on alors pour notre peuple, pour notre jeunesse. Non, nous ne pouvons rester éternellement tête baissée comme par le passé. Il faut mettre un terme à la peur, se montrer digne du rôle de "l’avenir du pays", comme on dit souvent. Pourquoi la jeunesse coréenne, birmane, indonésienne, tchécoslovaque... s’est-elle soulevée pour revendiquer la démocratie, alors que celle du Vietnam reste-t-elle aussi inactive ? Serions nous plus lâches qu’eux ? Nous ne le pensons pas ! C’est tout au plus un manque de commencement. Ce magazine en est le premier pas et nous avons besoin de votre aide à tous.

Devons nous nous préoccuper des problèmes du pays ? 

Nombreux d’entre nous, découragés, ont délaissé toute considération politique. Se procurer de l’argent pour s’enrichir est actuellement l’unique souci de la majorité des jeunes. Mais le désir est une chose, sa réalisation en est une autre. Comment pourriez-vous réussir lorsque le régime dictatorial maintient constamment à leur poste des dirigeants à la fois stupides et corrompus ? Comment arrivez-vous à vous enrichir quand vous êtes perpétuellement volés et pillés par ces parasites qui détiennent le pouvoir ? Autrement, vous devriez leur verser des pots de vin en échange de la tranquillité pour vos occupations, un procédé qui se retournera contre vous en tant que preuve de corruption de fonctionnaire, au cas où ils veulent vous jeter en prison et confisquer tous vos biens. Il vous reste donc une seule voie paraissant relativement assurée : investir tous vos efforts dans vos études en vue de décrocher un bon diplôme vous permettant de travailler dans l’une des entreprises des capitalistes rouges du pays avec un salaire mensuel de 100 dollars que l’on considère comme bon au Vietnam, somme que les descendants des "seigneurs" jettent par la fenêtre pour un petit instant de jouissance dans une maison close masquée sous forme de bar. Chers amis ! défaut de démocratie et de liberté, ce pays n’est qu’un bien privé d’une minorité de gens. Mais cette démocratie, personne ne peut nous la donner si nous ne luttons pas pour l’obtenir.

Un fait normal pour qui ?

Au début de cette année, trois personnages importants ont réclamé des réformes politiques et la démocratisation du pays. Le général Tran Do, 75 ans, ancien vice président du parlement, a averti le régime qu’il s’effondrera indubitablement s’il n’accepte pas la démocratisation du pays. Ce général a prêché pour la liberté d’expression et de presse, pour des élections libres. M. Hoang Huu Nhan, 77 ans, ex secrétaire du comité de la ville de Hai Phong, a loué le pluralisme et le multipartisme occidentaux tout en revendiquant la libre action pour d’autres partis politiques. Il a expliqué que le communisme n’est pas qualifié pour détenir le monopole politique, étant donné qu’actuellement, 99% des membres sont des corrompus et opportunistes en quête de profits. M. Phan Dinh Dieu, 61 ans, agrégé ès mathématiques, actuel membre de la co-présidence du Front Patriotique, a réclamé la démocratie, l’application des droits à la liberté mentionnés dans la Constitution. A son avis, le régime dictatorial du parti est la cause qui conduit à la corruption, permettant ainsi aux flatteurs et aux menteurs d’occuper les plus hautes fonctions du pays, une allusion à MM. Le Kha Phieu, Tran Duc Luong, Phan Van Khai. Les trois personnages précités, non seulement n’ont pas été internés, mais encore font l’objet de sollicitude de la part des autorités. Pour le général Tran Do, le secrétaire général Le Kha Phieu lui a même rendu visite pour lui adresser ses voeux à l’occasion de la nouvelle année. Ensuite, le porte parole de l’état a déclaré aux agences de presse étrangères que les revendications en question "sont des faits normaux dans une vie démocratique". De ce fait, deux questions s’imposent. Pourquoi ne pas publier les écrits de ces trois personnages, pour que tout le monde puisse les lire et y réfléchir ? Pourquoi les mêmes revendications exprimées par le professeur Doan Viet Hoat et le docteur Nguyen Dan Que les ont amenées en prison depuis près de vingt ans passés ? N’est-il pas vrai que ce pays compte deux catégories de citoyens, les uns ont le droit de s’exprimer, les autres, non. ?

Le régime est acculé au pied du mur

Pendant presque toute une décennie passée, l’économie du Vietnam a connu une certaine croissance. Cette situation permet au régime communiste de vanter sa bonne gestion, alors qu’en réalité son action contraire ralentit cette croissance et le développement du pays. Au cours de ces deux dernières années, particulièrement après la crise économique en Asie, l’économie vietnamienne reste stagnante et commence à connaître la crise. Le régime reste bloqué, acculé au pied du mur. Avant 1988, il subsistait grâce à l’aide soviétique et, après l’effondrement de l’Union Soviétique et du bloc communiste de l’Est Européen, grâce aux investissements étrangers. A présent, découragés par la corruption généralisée et le mandarinat qui sévit partout dans le pays et à cause des difficultés financières rencontrées par la Corée du Sud, le Japon, la Malaisie, la Thailande, les investisseurs occidentaux ainsi qu’asiatiques commencent à quitter le pays. Le seul espoir qui lui reste est de mobiliser la capacité potentielle des Vietnamiens à l’intérieur et à l’extérieur du pays. L’argent épargné par les Vietnamiens de la diaspora est très important, des centaines de milliards de dollars. La matière grise vietnamienne est infiniment grande, surtout celle à l’étranger qui n’est pas encore exploitée. S’il arrive à mobiliser les fonds, l’intelligence et le patriotisme de tous les vietnamiens, le régime n’aura plus besoin d’aller mendier à l’étranger, le pays connaîtra rapidement un développement satisfaisant, les entrepreneurs étrangers se disputeront pour investir dans le pays. Cependant, pour y arriver, il faut une démocratisation du Vietnam, le parti communiste ne peut continuer à se réserver un pouvoir dictatorial. Inutile de compter sur la coopération du peuple s’il continue à le considérer comme des esclaves. Puisqu’il s’est emparé du pays pour en faire son propre bien, qu’il trouve lui même une solution à ses problèmes ; si, le moment donné, il s’avère incapable de les résoudre, portant ainsi atteinte aux conditions d’existence du peuple, ce dernier se soulèvera et mettra fin à son rôle.

Ils se salissent entre eux

L’été dernier, M. Tran Quynh, ex membre du Comité central du PCV, ancien vice premier ministre, a fait publier un mémoire dans lequel il glorifie M. Le Duan et noircit le général Vo Nguyen Giap. Un certain Dang Dinh Loan a reçu de MM. Le Duc Anh et Le Kha Phieu plus d’un milliard de dongs pour écrire l’ouvrage intitulé "Duong Thoi Dai" (La voie de l’époque) qui loue M. Le Duc Anh et médit de nombreux gros bonnets du parti, en particulier M. Vo Nguyen Giap y a fait l’objet de grossières calomnies. Un document anonyme intitulé "Dai Tuong Vo Nguyen Giap, anh Van cua chung ta" (Le général Vo Nguyen Giap, notre frère Van) a cité 7 gaffes de ce général (entre autres avoir des relations intimes avec l’épouse de l’écrivain Dao Vu, servir la police secrète française pendant sa jeunesse...). Le camp de ce dernier a riposté en lançant un document anonyme révélant les bassesses des dirigeants vivants ou morts à tous les échelons, accusant M. Le Duan d’avoir abusé de son pouvoir pour s’adonner à des débauches désordonnées, M. Le Duc Tho d’avoir offert des filles aux chefs afin de diriger librement le parti à son gré, M. Le Duc Anh d’avoir maltraité les travailleurs lorsqu’il était chef d’équipe dans une plantation, M. Pham Hung d’être l’amant du vice ministre Tran Thi Trung Chien, M. Vo Chi Cong d’avoir protégé son gendre Than Trong Hieu dans le vol de 47 milliards de dongs, M. Tran Quoc Hoan d’avoir violé puis tué une femme nommée Nong Thi Xuan qui était la concubine de M. Ho Chi Minh, M. Le Kha Phieu d’avoir abusé de son pouvoir pour commettre des obscénités lorsqu’il était en service à la 2ème région militaire et au Cambodge. Pour terminer, nous nous permettons de citer les propos de M. Nguyen Van Hieu, directeur de l’Institut Scientifique du Vietnam, Président du Comité national des Sciences et Technologies: "Si on amène un boeuf en Union Soviétique, il reviendra au pays avec son diplôme de maîtrise aussi". MM. Le Kha Phieu, Tran Duc Luong, Phan Van Khai, y ayant aussi poursuivi leurs études, n’en possèdent pas.

Chers amis ! Aidez nous en faisant des photocopies de ce document que vous faites circuler entre vos amis. La jeunesse vietnamienne est déterminée à lutter pour la démocratisation de notre pays.


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