Vietnam Démocratie - Octobre 1999 |
Une Situation Difficilement Reversible
L'état de régression économique au Vietnam est une réalité. Cet état n'a pas été seulement le résultat d'une évaluation des institutions économiques et financières mondiales suivie de recommandations depuis des années, mais il est aussi officiellement reconnu par Hanoi elle-même.
Les causes de la régression économique au Vietnam comprennent des éléments objectifs comme des graves catastrophes naturelles, la crise économique et financière de la région provoquant d'un côté la baisse de la production et de l'autre la réduction de l'exportation ainsi que la baisse et le retrait de l'investissement étranger.
Cependant, les causes subjectives sont vraiment des facteurs qui conduisent à penser que cette situation est difficilement réversible alors que le régime de Hanoi n'a pas opéré de changement en partant de la racine même.
Autrement dit, avec les réflexions actuelles, les dispositifs et orientations de direction, Hanoi ne peut pas résoudre définitivement le problème de "la régression économique", l'un des quatre dangers abordés il y a cinq ans.
Pour nous faire une idée de "l'économie de marché à orientation socialiste" à venir dans notre pays, il s'avère nécessaire de revoir les résultats de la politique de "rénovation" du régime de Hanoi, la capacité de son groupe de dirigeants dans la gestion économique et l'ébauche des perspectives de l'économie vietnamienne dans un certain nombre de situation.
L'efficacité de la politique de rénovation à l'égard de l'économie vietnamienne
Lorsqu'ils ont pu distinguer les signes annonçant la faillite de la doctrine et des méthodes de production communistes conduisant donc dangereusement à l'effondrement du régime, Nguyen Van Linh et le groupe de dirigeants ont abandonné la voie de l'économie socialiste et se sont orientés vers l'économie de marché, restituant au peuple les équipements privés et l'initiative de production, éliminant ainsi le rapport de production socialiste. Il ont désigné le changement envisagé par les termes :"politique de rénovation
".Quoique le but initial de cette politique ait été de se sauver soi-même et sortir du danger, son application a immédiatement amené certaine amélioration au paysage économique plongé dans une malheureuse disette sans fin.
Nos paysans, délivrés de l'obscure direction et de la méthode "de travail collectif" à la manière socialiste, ont manifesté leur esprit d'initiative et élevé le rendement cent fois mieux qu'auparavant.
Devant cette nouvelle politique, le monde des investisseurs pensant qu'il s'agit des premiers pas vers des réformes pour mettre un terme à la voie communiste, et constatant un grand marché de main d'uvre à bon marché, s'est précipité dans le pays pour s'enrichir. Au cours des premières années d'application de la politique de rénovation, le niveau de croissance économique du pays a fait l'admiration du monde, la vie du peuple se trouve moins menacée par la rareté des denrées alimentaires et la pauvreté.
En même temps que le développement économique, est apparue une autre forme d'insectes tout différents, non pas des insectes ou larves de papillon dévorant quelques plants de riz mais ceux qui "nuisent au peuple et à la patrie". Un certain nombre de cadres communistes dirigeants ayant l'habitude de vivre au dépens de la société, de la force laborieuse des paysans, ont transformé le Parti en une sorte de parasites détestables ne produisant aucune ressource pour la société et profitant de la période de rénovation où tout est nouveau et pas assez réglementé pour user de leur pouvoir dictatorial à développer la corruption plus que l'économie.
Ce qui amène la pourriture à la société, où la cloison est tellement marquée entre riches et pauvres qu'elle est devenue insupportable pour le peuple, la cupidité et l'abus de pouvoir, tolérés par le régime, sont devenus incurables, de sorte qu'ils ne disparaîtront qu'avec la disparition du régime.
Ces fléaux ont paralysé l'économie du fait qu'ils découragent les investisseurs étrangers ainsi que le peuple qui n'ont plus confiance dans aucune des promesses du régime. Un autre fléau plus effrayant est la contrebande. Presque tous les réseaux de contrebande sont dirigés par les cadres, la police, l'armée et même l'Etat.
Les marchandises produites dans le pays ne peuvent pas concurrencer celles entrées dans le pays sans payer de droits et venant de Chine, de la Thailande et d'autres pays du Sud-Est asiatique. Ce fléau a tué une multitude d'entreprises de production à l'intérieur du pays.
La politique de "rénovation" a été louée par le Parti et le régime comme bonne et avisée. Peut être, vis-à-vis du Parti, elle a amené certains profits immédiats : d'abord, le Parti a échappé à la mort alors que sa doctrine s'est effondrée dans le monde, ensuite, elle l'a aidé à s'enrichir au détriment des couches sociales de nos compatriotes mais comme il veut profiter éternellement de ces avantages, il ne fait "des réformes qu'à moitié".
Le Parti a changé l'orientation économique mais se sert toujours des moyens violents des communistes pour protéger son pouvoir totalitaire.
C'est cette perpétuelle contradiction sans issue qui ne permet pas au Parti de se dégager de cette demie mesure : une économie capitaliste avec une politique communiste, et c'est ainsi que l'économie vietnamienne ne peut se développer harmonieusement face à tant de difficultés.
La régression économique actuelle au Vietnam
Les gens du peuple ont largement compris que "le miracle" de la croissance de notre pays dans les dernières années de la décennie 80 et les premières années de la décennie 90 ne provient nullement de la "capacité de diriger", ni de la "perspicacité" ou du "talent" du Parti et du régime, mais de la peine de notre peuple.
L'état de la présente régression économique constitue une éloquente démonstration de cette Vérité. Comme exposé plus haut, la transformation d'une économie dirigée à la manière socialiste en une économie de marché, l'ouverture aux relations avec les pays capitalistes sont dues à la pression des événements pour pouvoir survivre.
Quant à la "direction" et "l'orientation" vers une économie de marché - étrangère à la conception et au système de pensée communiste - les gens du peuple ont vu clairement que le Parti et l'Etat manquent de capacité et ne sont pas préparés ni formés pour ce genre de travail. Bien qu'on dise que le régime applique l'économie de marché, la réalité est qu'il ignore tout sur ce genre d'économie, notamment sur sa réglementation. C'est ainsi que l'économie de marché à orientation socialiste au Vietnam porte la caractéristique d'une économie sauvage, non réglementée.
Pour que chacun agit selon son gré et décide ce qu'il doit faire, les membres de l'administration et des structures du Parti à tous les échelons se donne le droit de se disputer les investissements, rassemble le plus de profits pour sa région, pour son clan, pour soi même. Avec une telle économie sauvage, le développement évident, dès le début, accuse un arrêt et le processus de régression s'est produit plus rapidement à la suite des événements, de la crise économique et financière de la région en 1998.
En octobre 1998, le numéro un du gouvernement Phan Van Khai a peint un tableau sombre devant l'Assemblée nationale où il prévoit les difficultés, les régressions totales de l'économie vietnamienne en désignant les trois causes : les catastrophes naturelles, la crise régionale et la faiblesse de l'économie nationale.
Récemment, le 04.05.99, Nguyen Tan Dung, vice - premier ministre s'occupant exceptionnellement de l'économie, a exposé une perspective semblable devant l'Assemblée nationale. A son avis, le PIB du pays en 1998 s'est accru de 5,83%.
En comparant avec les années 1995-1996 où il a été le plus élevé, à 9,5%, le PIB se trouve réduit à peu près de moitié. Selon les institutions financières internationales, le maximum de croissance pour l'année 1998 n'atteint même pas 5%.
Avec la crise financière qui frappe sérieusement le Sud-Est asiatique, les marchandises ne peuvent pas être en concurrence avec celles des autres pays asiatiques. Car, tout d'abord, la valeur de la monnaie vietnamienne, dévalorisée de 15% à trois reprises, reste encore de 20% au dessus de sa valeur réelle; déterminant ainsi un prix de revient plus élevé que celui du marché; ensuite, les pays frappés par la crise ont réduit l'importation des marchandises vietnamiennes et intensifient l'exportation des leurs avec des prix plus bas et une meilleure qualité ; enfin, comme d'autres pays produisent et exportent des marchandises similaires à celles du Vietnam - l'offre dépassant la demande leurs coûts ont baissé et la marchandise vendue n'a pas apporté de profit.
Nguyen Tan Dung a indiqué que, en 1998, l'exportation rapporte 9,36 milliards de dollars, alors que le montant de l'importation s'élève à 11,5 milliards, la balance commerciale accusant ainsi un déficit de plus de 2 milliards. Malgré la normalisation des relations avec Washington et l'octroi du statut de la nation la plus favorisée par Tokyo, les investissements étrangers continuent à baisser de façon inquiétante, une situation dont les raisons principales sont la crise financière de la région et les difficultés pour l'investisseur étranger d'entreprendre des affaires avec Hanoi.
Les chiffres d'investissement des trois récentes années consécutives se montent à 2,4 milliards de dollars en 1997, 1 milliard en 1998 et 500 millions prévus pour 1999. Une économie ne peut se développer qu'avec des capitaux stables et dignes de confiance. Hanoi compte sur les capitaux étrangers mais elle ne sait pas conserver ces sources de finances.
Par contre, elle a suscité beaucoup de difficultés et d'ennuis au monde des investisseurs étrangers, ce qui provoque à présent un tarissement dangereux de ces sources de capitaux. Le régime est en train de chercher le moyen de mobiliser les capitaux du peuple en l'obligeant à acheter les bons du trésor à court, moyen et long terme, mais il n'est pas évident qu'il puisse réussir avec ce procédé, car depuis l'apparition du communisme dans ce pays, jamais le Parti n'a obtenu la confiance du peuple dans le domaine des finances : maintes fois déjà, il s'est emparé des biens du peuple, il a même volé les dépôts dans les caisses d'épargne. Pour ce qui concerne l'état de la vie sociale, Nguyen Tan Dung "se vante de la baisse du pourcentage des familles pauvres souffrant de la disette dans le pays de 20%à 17%"; autrement dit, à peu près un cinquième de familles est frappé par la famine et la pauvreté.
Donc, à l'exception des familles ayant suffisamment de quoi se nourrir et se vêtir comprenant environ 3 millions de familles de membres du Parti communiste (dont plusieurs d'entre elles sont millionnaires en dollars) et d'un certain nombre d'autres appartenant aux commerçants de villes, presque toutes les familles de gens ordinaires du peuple, exceptionnellement celles des zones rurales, sont toutes classées "familles souffrant de la faim et de la pauvreté".
Les plans du régime visant à renverser la situation peuvent-ils réussir ?
Le Parti communiste vietnamien (PCV) considère que la rénovation économique en 1986 est un moyen de protéger son pouvoir. Une telle pensée dès le début prouve qu'il s'occupe de l'économie non pas pour le bonheur du peuple, ni pour le progrès du pays, mais tout simplement pour l'intérêt du Parti. Si l'économie réussit, il est tranquillisé, car le peuple, se contentant de ce qui reste du profit, ne lui causera pas d'ennuis. Cependant, sa capacité limitée ne lui permet pas de remédier à la régression économique, une menace permanente à l'égard de tous les régimes, y compris les pays capitalistes dans le monde.
Les communistes disent souvent "la pensée dirige les actions", c'est donc leur pensée déficiente qui les incite à commettre des "erreurs", quoiqu'ils aient besoin des capitaux , de l'intelligence des capitalistes, ils ont toujours l'esprit obsédé par la stratégie de la "lutte des classes" et la folle déclaration d'un certain communiste international "utiliser la corde capitaliste pour étrangler le capitalisme". D'une part, ils invitent et appellent l'investissement étranger, d'autre part, lorsque l'investisseur frappe à la porte, ils le considèrent comme un ennemi et le maltraitent de différentes manières. Dans les relations, on voit bien que la franchise manque, pour ne pas dire qu'il n'y a qu'irrespect, le mensonge, la tromperie, le contrat commercial n'étant pas respecté.
Le régime a volontairement maintenu la situation "d'absence de lois d'encadrement" dans l'intention de laisser la libre exploitation du marché à ses jeunes loups, et de toute façon, l'existence d'un cadre légal ne l'inquiète guère. Ce sont les fourberies et mensonges successifs qui découragent les investisseurs étrangers et les incitent à quitter le pays.
Présentement, Hanoi s'est rendue compte des difficultés lorsqu'elle a désiré y remédier, car elle ne sait pas par où commencer. Elle est en train d'avancer un plan de rétablissement en vue de renverser la situation, comportant les 6 points suivants :
Dans les conditions actuelles au Vietnam, on peut dire qu'un tel plan ne peut être appliqué avec précision, autrement dit, tant qu'elles ne changent pas, ce plan ne peut être mis en application. La raison est simple : ce n'est pas en l'écrivant sur le papier qu'il devienne la réalité, mais il faut des hommes pour le réaliser. La production et l'entreprise ont besoin de travailleurs. Ceux ci ne peuvent produire que lorsqu'ils sont en possession de conditions matérielles et morales favorables, ainsi que de garanties nécessaires à leur travail.
L'exportation aussi exige des conditions tant objectives que subjectives. Les entreprises étatiques, refuges de la cupidité et des affaires douteuses, ont été maintes fois l'objet de critique du Fonds Monétaire International et de la Banque Mondiale qui réclament leur privatisation tant redoutée par Hanoi. Pour ce qui concerne la direction et le fonctionnement, Hanoi ne peut jamais assurer la direction tant qu'elle laisse la gestion de l'économie entre les mains de ceux qui ignorent tout de ce problème.
L'expérience et la réalité ont montré que, en dépit de tous les plans possibles, Hanoi doit dépêcher les gens à l'étranger pour solliciter de l'aide ainsi que le crédit. De ce fait, les tactiques ci-dessus indiquées seraient-elles réellement appliquées ou ne seraient-elles pas présentées tout simplement pour servir de parade et ainsi attirer les intéressés ?
ConclusionSous le règne de Do Muoi, le PCV a évoqué quatre dangers mortels :
a) le déviationnisme politique,
b) la corruption généralisée ,
c) l'évolution pacifique ,
d) la régression économique.
En examinant de près la situation du pays, on doit reconnaître que tous ces dangers se sont déjà manifestés :
- - la déviation du socialisme s'est produite lorsque Nguyen Van Linh a lancé la politique de rénovation, abandonnant résolument l'économie socialiste pour adopter l'économie de marché à la manière capitaliste ;
- - la corruption généralisée sévit partout dans le pays, à tous les échelons et se développe de plus en plus ;
- - l'évolution pacifique est une façon de dire pour désigner les oppositions à l'intérieur du Parti et dans le peuple, ne provoquant pas d'explosion mais suffisant pour démolir le régime. Cette menace s'est manifestée avec un nombre croissant de membres progressistes du Parti réclamant la liberté et la démocratie, alors que les paysans de Thai Binh luttent contre les lourds impôts, les injustices et l'oppression venant des cadres du gouvernement ;
- - Quant au 4ème danger, la régression économique, celle-ci se précise nettement à l'examen de la présente situation économique du pays, que nous avons bien détaillée au début de ce texte Avec le niveau actuel de l'équipe responsable, Hanoi n'arrive même pas à l'enrayer, à plus forte raison, à la renverser.
Ces dangers menacent le régime dictatorial mais provoquent aussi des conséquences néfastes pour la vie du peuple, pour l'avenir du pays.
Si les dirigeants communistes ne pensent pas à l'intérêt du peuple et à l'avenir du pays pour réformer complètement sa politique, réalisant ainsi une démocratie de droit, ils seront éliminés par les quatre dangers qu'ils ont tant redoutés depuis les années passées.*
Tran Trong Nghia
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