Lors de la session fin Octobre 1996, l'Assemblée Nationale du Vietnam a approuvé le nouveau gouvernement tout en continuant à suivre la voie décidée par le VIIIème Congrès du PCV fin Juin dernier. Des cadres plus qualifiés ont remplacé les anciens ministres qui ont été notoirement incompétents. Les ministres du Plan et de l'Investissement Tran Xuan Gia, des Finances Nguyen Sinh Hung remplacent les deux partants Do Ky Sam et Ho Te, au moment où ces deux ministères doivent affronter d'énormes difficultés: pour le premier, baisse d'investissements étrangers à cause de la corruption et de la bureaucratie à tous les échelons; pour le second, déficit excessif du budget à cause des mesures insuffisantes et les réactions d'opposition de la part de la population, surtaxée.. Sont restés sur place les ministres des Affaires Etrangères, de la Défense, de l'Agriculture, de l'Industrie, de l'Education et Formation. Dans le nouveau gouvernement, la faction du Premier Ministre Vo Van Kiet semble perdre de l'influence au profit de celle des conservateurs. Ces changements ont pour but de redonner confiance aux investisseurs tout en conservant les moyens aux conservateurs afin de mieux contrôler la situation et de contre-carrer la soi-disant offensive de l'évolution pacifique, ce qui parait totalement irréaliste et dérisoire aux yeux des observateurs. Ces changements masquent cependant une autre bataille féroce qui fait rage actuellement et qui ont fait des victimes dans les deux camps: la lutte contre la corruption.
Suite au VIIIème Congrès, la lutte contre la corruption est devenue un sujet épineux pour le PCV. Les révélations récentes par un membre de la chambre de commerce américaine selon lesquelles il aurait plus de 1000 membres de haut rang du PCV qui possèderaient une fortune estimée de 50 à 100 millions de US Dollars ont déclenché des réactions parmi la population. Un journal clandestin "L'homme de Saigon" diffusé dans les principales agglomérations comme Saigon, Hanoi depuis plus d'un an, a rencontré un vif succès auprès de la population en relatant en détails les affaires secrètes, les luttes féroces qui se livrent au plus haut sommet du Parti et de l'état.
Actuellement la corruption généralisée et le manque d'un cadre législatif unifié (l'appareil local n'obéit plus au pouvoir central) sont les deux facteurs principaux qui ont découragé les investisseurs. Sous le couvert de la lutte contre la corruption, exigée par la population et réclamée par les milieux d'affaires internationaux, chaque faction a cherché à évincer la partie adverse des postes dans l'appareil administratif et économique du pays.
Ainsi le 7 Novembre 1996, le président du tribunal suprême Le Thanh Dao est révoqué pour cupidité et fait l'objet d'une enquête judiciaire. En fait en réalité, M. Dao a été limogé pour avoir osé défier la toute puissante force de sécurité. Responsable de la lutte contre la corruption, un axe clé du Premier Ministre Vo Van Kiet, M. Dao a découvert un important traffic de stupéfiant à travers la frontière du Laos, organisé par deux officiers des forces de sécurité Vu Xuan Truong et Bui Danh Ca et couvert par la hiérarchie du Ministère de l'Intérieur. Victime d'une attaque cérébrale le 16 Novembre, le chef de l'état Le Duc Anh, numéro 2 du PCV, a été hospitalisé dans un état critique. Suite aux révélations concernant ses responsabilités dans l'élimination de 3 généraux et l'asssasinat de nombreux cadres du PCV d'origine cambodgienne quand il fut le plus haut responsable des opérations au Cambodge en 1978. La lutte a fait des victimes de mort subite dans le rang des dirigeants du PCV: M. Le Nhu Mai, vice ministre des Affaires Etrangères, M. Nguyen Dinh Tu, nouveau membre du Bureau Politique, M. Dao Duy Tung, membre influent du BP, protégé de M. Do Muoi, chargé de l'idéologie, après un coma profond dans un hôpital à Singapour.*