Vietnam Démocratie - Décembre 1998

Les VIETNAMIENNEs D’OUTRE-MER ET LA DEMOCRATISATION DU VIETNAM

Par Doan Hung

Aucun d’entre nous n’ignore la raison qui a amené 3 millions de Vietnamiens à vivre en exil : se libérer du cruel tenaillement du régime communiste. Cependant, nous ne le faisons pas seulement pour nous mêmes mais aussi pour l’avenir de nos enfants. En parlant d’avenir, nous ne bornons pas nos pensées à nos enfants seulement, mais aussi à toutes les générations d’enfants qui ont vécu et vivent actuellement au Vietnam, du fait qu’ils vont devenir les futurs dirigeants du pays. Ainsi les Vietnamiens d’outre-mer ne peuvent se permettre de mener une vie égoïste pour eux-mêmes, mais ils doivent contribuer à l’édification d’un nouvel avenir pour leurs futures générations.

Les réfugiés ne peuvent vivre en marge de la lutte actuelle de notre peuple pour la démocratisation du pays . Mais comment luttons nous à l’étranger pour contribuer efficacement aux efforts de nos compatriotes dans le pays ? D’ailleurs, nous luttons non pas pour récupérer ce que nous avons perdu, mais pour que notre patrie dispose des conditions de redressement avec la participation de tous. C’est ainsi que les Vietnamiens réfugìés, non seulement participent à la lutte devant mettre fin au joug dictatorial, mais ils devront encore assumer leur responsabilité pendant la longue période de reconstruction post-communiste, qu’ils retournent dans leur terre natale ou continuent leur vie d’exil. Nous allons examiner certaines responsabilités communes aux réfugìés vietnamiens pendant ces deux périodes.

I - Les actions contre la dictature de Hanoi

Dans le contexte actuel, cinq actions primordiales incombent aux Vietnamiens d‘outre-mer :

1) Actions visant à soutenir l’éruption des soulèvements au Vietnam

Il s’agit des actions que nous avons entreprises depuis 23 ans, mais dans un sentiment de soutien, c’est-à-dire que nous lançons nos actions (manifestations, coloques, etc) lorsqu’un événement quelconque se produit dans le pays. Depuis que les communistes vietnamiens pratiquent l’ouverture pour attirer les ressources extérieures afin de sortir le pays de son état d’épuisement, la ligne de démarcation entre les luttes à l’intérieur et à l’extérieur du pays (avant-front et arrière-front) a été effacée. Hanoi a lancé ses cadres à l’extérieur du pays pour perturber et diviser la communauté vietnamienne. De note côté, nous pouvons exploiter cette ouverture en nous rendant au Vietnam pour y mener directement notre lutte. Notre soutien doit être dirigé de telle sorte qu’il peut amplifier la lutte coordonnée entre les différentes forces populaires démocratiques tant à l’extérieur qu‘à l’intérieur du pays contre Hanoi. Prenons pour exemple l’événement de Thai Binh : lorsque la population se soulève contre la corruption et les impôts excessifs, nous ne faisons seulement que manifester pour la soutenir, mais nous devons trouver des moyens permettant à ses actions de se prolonger et s’étendre en d’autres lieues, en lançant une campagne d’information à la population des provinces environnantes et en l’enjoignant à manifester son soutien. Parallèlement, à l’étranger, nous sensibilisons les milieux politiques et les gouvernements des pays entretenant des relations économiques avec le régime pour qu’ils exigent de ce dernier le respect des droits de l‘homme. En d’autres termes, nous devons être le moteur dans la recherche des actions qui, ensemble avec celles de nos compatriotes dans le pays, arrivent à affaiblir l’appareil gouvernemental sous tous les aspects.

2) Maintenir énergiquement l’ardeur démocratique

Face à ces actions, le régime communiste va lancer de faux objectifs tendant à perturber et diviser la masse des Vietnamiens d’outre-mer, notamment les organisations de lutte anticommuniste. Comme d’habitude, il va faire courir, par l’intermédiaire de ses hommes, certains raisonnements négatifs dont le but est de réduire l’intensité de la lutte, par exemple : mieux vaut aider le peuple vietnamien à manger à sa faim avant de parler de démocratie, ou : à cause du manque d’union, les organisations nationales sont incapables de mener une lutte anticommuniste. En même temps, d’autres de ses hommes jouant le rôle d’éléments anticommunistes lancent des opinions falsifiés visant à semer la confusion dans les rangs des militants.

Afin de réaliser les actions ci dessus évoquées, tout d’abord la collectivité vietnamienne à l’étranger doit adopter une attitude déterminée vis-à-vis du régime de Hanoi, attitude qui consiste à considérer la minorité des dirigeants actuels comme un groupe d’individus à la recherche du pouvoir et plaçant l’intérêt de leur clan au-dessus de celui du peuple. Parallèlement, nous ne jugeons pas quelqu’un selon son passé nationaliste ou communiste, mais d’après ses agissements favorables ou défavorables à notre peuple ou à notre lutte. En outre , Hanoi cherche actuellement à repolir son régime par le biais des activités culturelles et artistiques, dans l’intention de provoquer de bonnes impressions des étrangers et de refroidir l’ardeur au combat des réfugiés vietnamiens ; en pareille circonstance, nous devons nous baser sur le côté vrai ou faux de leurs actions et les conséquences engendrées par ces dernières pour prendre les décisions adéquates.

3) Construction d'une communauté unie

Dans les décennies 70, 80, les Vietnamiens n’étaient peu nombreux, chacun devait consacrer la plupart de son temps à stabiliser sa vie familiale. De ce fait, afin de créer l’union, on a pensé à un modèle d’organisation selon lequel les associations locales participaient aux décisions déterminant les activités collectives dans les domaines tant culturels, politiques que sociaux et sportifs... A présent que la collectivité vietnamienne se développe sous plusieurs formes, un autre aspect d’action s’impose et consiste à élire le Conseil d’administration de la collectivité par une élection au suffrage universel à vote secret, précédée d’une période légale de préélection. Pour arriver à créer l’union dans la collectivité, le conseil d’administration est tenu de savoir que son rôle est de coordonner et faire fonctionner l’ensemble et non pas de s’imposer en unique dirigeant, forçant la collectivité à obéir à toutes ses décisions. Comme coordinateur, il cherche à créer des occasions auxquelles les associations peuvent participer efficacement selon leur spécialité, dans divers domaines sociaux, politiques, culturels, combattant.....tandis que dans son rôle consistant à faire avancer l’ensemble, il est le catalyseur qui rapproche les associations dans des actions communes bénéfiques à la lutte de la collectivité. L’important est que le Conseil d’administration accorde toute son attention au règlement des malentendus ou méprises et également des conflits d’opinions entre les associations, afin de maintenir constamment une atmosphère de bonne entente dans l’ensemble des activités. Un autre facteur joue aussi un rôle important servant à créer l’union et également à protéger les activités démocratiques : il s’agit de la collaboration obligatoire et positive entre le Conseil d’administration et les médias vietnamiens. A cette époque de pleine expansion des médias, tous ceux s’occupant de la presse comme de la radio et de la télévision tiennent une place relativement importante dans les activités collectives, notamment dans le domaine de protection de la démocratie contre des groupes dont le dessein est de s’emparer de la collectivité et l’utiliser pour leur profit privé.

4)Former la jeune génération

Ces actions doivent être entreprises avec une ferme volonté par la génération des aînés déjà habituée aux activités collectives à l’égard des jeunes, encore novices dans ce domaine. Dans le passé, on a beaucoup parlé des pensées et de la divergence d’opinions entre les jeunes qui grandissent à l’étranger et la génération des pères et frères, réfugiés depuis 1975. En outre, on a souvent entendu les jeunes se plaindre de ne pouvoir s’accorder facilement avec la façon de vivre des générations précédentes. Ceci s’explique, d’une part, par la faible connaissance de la langue vietnamienne réduisant grandement la faculté de comprendre un problème quelconque et d’autre part, beaucoup plus important, par le manque de démocratie dans le comportement des générations plus âgées. En vérité, ce ne sont pas des problèmes difficiles à résoudre si nous discernons bien un certain nombre de nécessités.

Il est nécessaire que les activités collectives des Vietnamiens réfugiés aient une succession et une continuation de la lutte pour restaurer la patrie. Afin d’y arriver, ceux qui sont à l’avant-garde se doivent de former, guider ceux qui viennent après à bien comprendre cette nécessité, et ceci sur ces deux bases : premièrement, il faut s’exercer aux activités démocratiques et considérer les jeunes comme des compagnons de route qui se partagent le travail commun, deuxièmement, il ne faut pas imposer aux jeunes des problèmes impliquant leur responsabilité et leur obligation envers la patrie en leur demandant expressément d’y participer, mais on doit savoir susciter habilement leur amour de la patrie et le sens des services rendus à la collectivité, en vue de les aider à comprendre leur rôle en prenant le relais. Puis, la démarche suivante est de se partager avec eux le travail et les responsabilités, effaçant ainsi la distance séparant les générations.

5) S’engager dans la vie politique du pays d’accueil

Actuellement, bon nombre de Vietnamiens travaillent dans les services publics, entreprises et bureaux d’études.....dans presque tous les pays et beaucoup d’entre eux occupent des postes de direction dans les sociétés, organisations et instances financières internationales. Ceci est une ressource précieuse qui sera très utile lorsque le Vietnam recouvrera son système démocratique. Cependant, pour une vraie intégration dans la collectivité locale, les Vietnamiens doivent participer plus activement à la vie politique locale, sous deux aspects : d’une part, se faire inscrire sur la liste électorale et se servir des bulletins de vote pour influer sur la ligne de conduite du député élu ou de l’administration, et d’autre part, encourager, appuyer ceux qui désirent embrasser une carrière politique : conseiller municipal, maire, député, sénateur.... Cette participation va apporter à la collectivité des réfugiés un certain nombre de facilités :

1) Elle montre la force de notre collectivité qui ne permet pas aux autres de nous pousser sur le côté, et ainsi pourrons nous protéger nos intérêts ;

2) Grâce à elle, nous apprenons ce que sont les comportements démocratiques ainsi que le fonctionnement d’un appareil gouvernemental mettant au premier rang la sécurité et le bonheur du peuple, afin que plus tard, nous contribuions efficacement à la reconstruction d’un nouveau Vietnam ;

3) Lorsque la collectivité vietnamienne sera représentée par des délégués dans l’appareil administratif, la voix des Vietnamiens sera écoutée par l’opinion publique.

II - Les actions pendant la période de reconstruction

Lorsque le Vietnam deviendra un pays libre et démocratique, le nombre de Vietnamiens retournant vivre au pays ne sera pas nombreux et la collectivité des Vietnamiens d’outre-mer continuera son existence avec ceux qui ne désirent pas rentrer au pays à cause soit de leur profession, soit de leur commerce ou de leur progéniture. De ce fait, la communauté vietnamienne continuera à se développer, car il y aura toujours des gens qui quitteront le pays pour l’étranger et y poursuivront leurs études ou leurs affaires. Ainsi donc, à la patrie, existera toujours la part de contribution que cette communauté va apporter. En éliminant le problème de remplacement du régime communiste, problème déjà résolu à ce stade, la communauté vietnamienne aura les trois actions principales suivantes :

1) Contribuer à la reconstruction de la patrie

Avec ces actions, la communauté vietnamienne dispose de beaucoup de possibilité et de conditions pouvant contribuer tant aux plus petits projets qu’aux plus grands plans du nouveau Vietnam et aidant ainsi le pays à se développer rapidement, à condition que le nouveau gouvernement observe une politique de mobilisation adéquate et efficace. Tout d’abord, des Vietnamiens originaires d’un quelconque même village du Vietnam peuvent s’associer dans une action de rénovation ou de construction d’écoles, d’hôpital, d’orphelinat ou de bureau administratif, ou bien dans une commission d’attribution de bourses d’études aux enfants du village. En même temps, ils peuvent mettre ensemble leurs capitaux pour monter une entreprise, qui créera du travail pour la population locale et contribuera au développement de l’économie. Ensuite, en qualité de collectivité, nous appelons les Vietnamiens à cotiser pour des fonds devant servir à la construction de bibliothèques, d’écoles, ou assurer l’entretien des voies de communication au niveau national. Enfin, personnellement, nous pouvons dispenser un enseignement dans les écoles et exprimer notre point de vue sur chaque projet de rénovation du pays. Nous pouvons aussi aider le nouveau gouvernement par nos conseils sur la planification de la politique nationale, conformément à la tendance actuelle de la mondialisation.

2) Initier la jeune génération à s’intéresser à l’origine du peuple

A cause du sentiment de succession, la génération des aînés est tenue de faire ressortir l’importance de ces actions. La formation des jeunes, non seulement les aidera à progresser dans la société d’accueil, mais plus important encore, les aidera à comprendre clairement la tradition populaire afin qu’ils soient toujours fiers de leur origine. Selon les statistiques, les enfants mis au courant des traditions et des cultures populaires, aidés par leurs parents ou grands parents, ont pleine confiance en leur vie future et réussissent plus facilement. D’autre part, lorsque les jeunes prennent connaissance de leur culture et de leur histoire, il leur est plus facile de penser à leur origine et contribuer ainsi à la construction de leur patrie, là où leur ancêtres sont nés. Tant que nous nous intéresserons à la formation des successives générations de jeunes, notre génération continuera à garder sa vigueur actuelle.

3) Renforcer les bonnes relations entre le nouveau Vietnam et le pays d’accueil

Lorsque les Vietnamiens participent activement à la vie politique locale tout en se tournant vers leur patrie, ils cherchent toujours les occasions et les conditions pour susciter et faire vivre l’attachement entre les deux pays. L’exemple des Israéliens a montré les étroites relations entre Israël et les Etats Unis. Les Israéliens aux Etats-Unis ont rempli leurs obligations envers ce pays, mais ils ont aussi leur patrie au Moyen Orient. C’est ainsi que les évolutions aux Etats Unis ou en Israël ont une certaine influence sur la communauté israélienne aux Etats Unis. Dans l’avenir, les Vietnamiens devront agir pareillement. Comme ils ont réussi dans le domaine financier, commercial, universitaire dans leurs pays d’accueil, il leur reste encore à s’intéresser aux relations diplomatiques et politiques au niveau national et international, en vue de contribuer au renforcement des relations extérieures dès que notre pays disposera d’un régime vraiment libre et démocratique.

La démocratisation du Vietnam offre actuellement des éléments favorables pour que les Vietnamiens d’outre-mer participent, avec nos compatriotes du pays, à la lutte visant à mettre fin au régime communiste. L’un de ces éléments est d’assurer la coordination entre les associations, alors que la dissension interne du Parti communiste vietnamien a affaibli sérieusement le pouvoir des dirigeants. En exploitant ces avantages pour accroître la force de combat, nous arriverons évidemment à régler le problème communiste avant que nous passions dans la nouvelle ère.* S.N.


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