Vietnam Démocratie - Décembre 1998 |
RECULER POUR PROGRESSER OU POUR CHUTER ?
Par Nguyen Ngoc Duc
Après des années de résistance face aux pressions tant vietnamiennes qu'internationales, Hanoi a dû reculer dans sa politique d'oppression.Le 28 août 1998, les autorités communistes vietnamiennes ont publié leur décision de mettre fin, à l'occasion de la ''Journée du 2 septembre'' à l'internement de plus de 5.000 prisonniers, parmi lesquels des prisonniers politiques et religieux connus dont la mise en liberté a fait l'objet d'un combat acharné de la communauté des Vietnamiens réfugiés et de l'opinion internationale, tels que le professeur Doan Viet Hoat, le docteur Nguyen Dan Que, les Vénérables Thich Quang Do, Thich Tri Sieu, Thich Tue Sy, MM. Ly Tong et Tran Manh Quynh.
Le recul du Parti communiste marque une victoire des mouvements démocratiques vietnamiens dans le processus de démocratisation du Vietnam. Cette décision des autorités communistes vietnamiens a reçu l'approbation des organisations humanitaires internationales, des milieux politiques ainsi que des médias étrangers. Immédiatement après l'annonce de la décision, l'ambassadeur américain à Hanoi, M. Pete Peterson a déclaré que ''les Etats-Unis accueillent avec joie le fait que les autorités vietnamiennes ont accompli une action très positive''. Mme Anne Gazeau-Secret, porte-parole du ministère français des affaires étrangères, a indiqué que Paris s'est réjoui au sujet de la décision de Hanoi et ''l'encourage à poursuivre une politique de rénovation et d'ouverture''. Les organisations internationales comme Amnesty International, Human Rights Watch, Reporters sans Frontières... ont aussi commenté cette décision comme un "signe positif", un ''pas satisfaisant en avant'' dans l'amélioration du problème des droits de l'homme au Vietnam.
Libérer les prisonniers politiques pour neutraliser la pression en faveur des droits de l'hommeEn effet, à partir du moment où le groupe de reporters de la télévision française TF1 fit irruption subitement dans le camp de prisonniers Thanh Cam au début de novembre 1997 pour chercher à rencontrer le professeur Doan Viet Hoat, la pression internationale sur Hanoi s'est accrue de façon significative. A mi-novembre 1997, l'organisation Human Rights Watch a publié officiellement un rapport intitulé ''Derrière les portes ouvertes du Vietnam, une atmosphère de répression interne'' dénonçant l'attitude de répression politique des autorités de Hanoi et réclamant la libération immédiate et sans conditions de tous les prisonniers de conscience. Au début de 1998, le rapport sur les droits de l'homme du Secrétariat d'Etat américain a critiqué le Parti communiste vietnamien (PCV) pour avoir persisté dans sa politique de répression au sujet des droits de l'homme et étouffé la démocratie. Beaucoup de personnes restent encore internées, tout simplement pour avoir des réflexions ou opinions politiques différentes de celles du PCV. Au début de mai 1998, quatre titulaires du prix Nobel comprenant le Dalai Lama, le professeur François Jacob, Mme Merrot Maigir et M. José Ramos Orta ont signé ensemble une lettre demandant aux dirigeants communistes vietnamiens de libérer immédiatement et sans conditions tous les religieux de l'Eglise Bouddhique Unifiée du Vietnam. A mi-mai 1998, le Pen Club canadien et le Comité canadien de Protection des Journalistes ont lancé ensemble avec L'Alliance Vietnam Liberté un appel à la lutte pour la liberté d'expression au Vietnam où il était question du sort de plusieurs personnes actuellement détenues ou assignées en résidence surveillée pour avoir pratiqué le droit à la liberté d'expression. Au début de juin 1998, l'Association internationale de la Presse a décerné le prix de la ''Plume d'Or'' au professeur Doan Viet Hoat en même temps que le lancement d'une campagne de lutte pour sa libération, à laquelle ont répondu bon nombre de personnalités internationales dont le prince héritier japonais et le Secrétaire général des Nations Unies. A mi-juin 1998, l'Association des Reporters Sans Frontières a lancé un appel à Hanoi pour qu'il rende sans tarder la liberté au docteur Nguyen Dan Que à l'occasion de son huitième anniversaire de détention depuis le jour de son arrestation, le 14 juin 1990. A la mi-juillet 1998, le Parlement européen a émis une Décision condamnant Hanoi d'être l'auteur d'atteintes aux droits de l'homme et réclamant la libération immédiate et sans conditions des prisonniers politiques et religieux ainsi que l'abolition du décret n° 31/CP.
Neutraliser la pression en faveur des droits de l'homme afin d'améliorer les relations extérieuresLes faits exposés ci-dessus montrent que Hanoi est obligé de faire face difficilement aux pressions internationales subitement intensifiées au cours de ces derniers mois. Quoique le régime communiste ait toujours affirmé d'une part que le Vietnam ne détient pas de ''prisonniers politiques ou religieux'' hormis des détenus ayant enfreint les lois du pays, et d'autre part que le monde international n'a pas le droit de s'immiscer dans ses affaires intérieures, la pression pour les droits de l'homme a tendance à s'accroître au lieu de diminuer. Cette pression a entraîné de dangereuses conséquences pour Hanoi dans le domaine diplomatique et économique, et c'est là l'une des causes qui l'a obligé à reculer.
Il y a quelques mois, les autorités communistes chinoises ont dû libérer et expulser deux dissidents très connus en vue de neutraliser la pression internationale pour les droits de l'homme, surtout celle des Etat-Unis, en échange de certaines conditions favorables dans le cadre d'aides, d'investissements ou de coopération avec les pays capitalistes. En dépit de ses puissants avantages pouvant affronter les pressions internationales, tels que le marché économique, la colossale main-d'uvre de plus d'un milliard de travailleurs, l'influence financière sur l'Asie..., Pékin a du céder du terrain pour améliorer ses relations internationales. Quant à Hanoi, non seulement il ne dispose pas de tels avantages, mais encore il doit faire face aux difficultés économiques insolubles : chute du niveau d'investissement international, accentuation de la crise, risque d'effondrement du système financier et bancaire, croissance en stagnation et tendant vers la baisse... Dans ces conditions, il ne peut persister à défier l'opinion internationale à propos des droits de l'homme et doit se résoudre ''à contenter le monde international'' par le biais de la libération des prisonniers politiques et de conscience.
Améliorer les relations extérieures pour résoudre les problèmes intérieurs
Le problème fondamental pour les dirigeants communistes est de maintenir par tous les moyens la dictature actuelle du Parti. Si les difficultés économiques ne menaçaient pas son existence, le PCV ne reculerait devant aucune pression et serait prêt à accepter les conséquences désastreuses pour le pays et le peuple. Ceci a été prouvé par diverses péripéties de l'histoire du Vietnam.
Vers la fin de 1986, face au risque d'effondrement, le PCV fut obligé de quitter la voie de l'édification du socialiste se basant sur le modèle d'économie dirigée du marxisme-léninisme pour chercher à établir ''l'économie de marché à orientation socialiste''. Cependant après 10 ans ''de rénovation et d'ouverture'', l'économie sauvage du Vietnam se trouve actuellement en état d'impasse. Celle ci prend source à partir de contradictions d'une économie de marché qui doit suivre une orientation socialiste. Etant donné que cette orientation reste encore inconnue et que les dirigeants du pays veulent s'avancer à tâtons, cette attitude doit forcément les conduire à l'impasse. Ceci est la cause principale qui provoque les dissensions de plus en plus graves entre les factions à l'intérieur du Parti, ainsi que l'opposition de plus en plus grandissante des éléments progressistes à l'intérieur de l'appareil gouvernemental du régime.
Cette impasse s'est manifestée à travers le risque d'éclatement du cadre social à cause de la perte d'équilibre du développement, de la polarisation des couches riches et pauvres de plus en plus grande, suite à l'effondrement de plus en plus grave des qualités intellectuelles et morales, des bonnes traditions du peuple C'est la raison principale qui conduit aux actes d'opposition, aux récents soulèvements de plusieurs couches populaires, notamment celles devenues victimes de l'économie sauvage tels que les agriculteurs, les ouvriers, les travailleurs. L'impasse a encore empiré lorsque les investisseurs internationaux commencent à se retirer du Vietnam, en constatant qu'il n'est pas ''une terre promise'', d'autant plus que l'influence de la tempête financière de l'Asie du Sud-Est a rendu impossible toute prévision pour ce pays. Ceci a placé l'économie vietnamienne dans des circonstances malheureuses, alors que le mécontentement de la masse ainsi que l'opposition dans l'appareil du Parti se sont intensifiés. Les dirigeants communistes espèrent qu'avec l'amélioration des relations extérieures, des devises vont être versées à flots au Vietnam, fournissant au régime plus de moyens pour affronter les difficultés qui menacent actuellement son existence.
Reculer pour progresser ou pour chuter ?On a souvent rappelé une manuvre du PCV consistant à ''reculer d'un pas pour progresser de trois pas''. Dans un combat politique, comme dans une rencontre entre deux boxeurs, reculer pour se dégager de la pression antagoniste est une tactique normale. Toutefois, après le recul, deux cas se présentent : si l'un des boxeurs s'enorgueillit et relâche sa défense, l'autre qui recule peut reprendre ses forces et contre-attaquer. Mais il existe aussi le cas où le premier profite de son avantage pour faire reculer consécutivement l'autre jusqu'à la victoire finale. La décision de rendre la liberté à un nombre de prisonniers politiques et religieux au Vietnam est à la fois un recul du PCV et un succès pour les mouvements démocratiques. En effet, si les organisations et associations vietnamiennes, les amis et parents des prisonniers dans le pays, ainsi que les compatriotes de tous les milieux n'avaient pas activement sensibilisé l'opinion internationale et fait appel à l'attention des médias et des milieux politiques internationaux, les autorités communistes vietnamiennes n'auraient pas subi autant de forte pression comme c'est le cas aujourd'hui. Ainsi, il est nécessaire de rejeter toute idée pessimiste selon laquelle le combat pour les droits de l'homme des communautés vietnamiennes à l'étranger n'a aucune influence sur le régime dictatorial qui gouverne le pays. Par ailleurs, il est aussi nécessaire de repousser une autre psychologie pessimiste partant du fait que Hanoi a rendu la liberté à des prisonniers très connus et pour cette raison, la lutte pour les droits de l'homme perdra son orientation et ne pourra plus mobiliser le soutien de l'opinion internationale.
Or, l'objectif de la lutte des Vietnamiens pour les droits de l'homme ne se limite pas seulement à la libération d'un nombre de personnalités très connues, mais il s'étend aussi à tout le peuple vietnamien. En outre, quoique Hanoi ait libéré certaines personnes, il n'en reste pas moins plusieurs autres, dont les religieux, les pratiquants de différentes religions, les écrivains et artistes, les intellectuels et les journalistes, qui sont encore internés. D'autre part, le régime continue à assigner en résidence surveillée un grand nombre d'autres personnes affichant des opinions différentes des siennes, tandis que les prisonniers récemment libérés peuvent être de nouveau arrêtés ou mis en détention administrative à n'importe quel moment suivant le décret n° 31/CP du gouvernement. Ainsi, nous n'aurons pas à redouter que le combat des Vietnamiens pour les droits de l'homme perde son orientation ainsi que le soutien de l'opinion internationale. Presque toutes les associations pour les droits de l'homme dans le monde ont indiqué qu'elles continuent à maintenir la pression jusqu'à ce que Hanoi rende la liberté à la totalité des prisonniers politiques et religieux et mette fin à son attitude actuelle de répression politique. Le PCV a l'intention de reculer pour progresser, alors que de notre côté, nous désirons qu'il recule pour tomber et s'effondrer. Le résultat final dépend en grande partie de la capacité d'exercer des pressions successives et continues et de celle d'exploiter les succès étape par étape pour intensifier la pression de jour en jour. Avec la situation difficile du PCV existant sous tous les aspects, le recul du régime dictatorial à travers la remise en liberté d'un nombre de prisonniers politiques est un processus de recul irréversible et les mouvements démocratiques vont exploiter ce succès, visant à provoquer d'autres nouvelles pressions afin de continuer à faire reculer le régime, pour redonner la liberté et la démocratie au peuple vietnamien.[Sommaire][ Publications du Vietnam Démocratie ][Retour à la page d'accueil de AVL]