Vietnam Démocratie - Décembre 1998 |
Nguyen Chan
I) Le contexte économique
Suite au prolongement de la crise financière en Asie de l'Est qui continue de frapper les partenaires commerciaux du Vietnam au sein de l'ASEAN, la pression pour une nette dévaluation du dong s'est accentuée sur les autorités du Vietnam. Conscient d'un côté qu'une dévaluation a un effet psychologique négatif sur la population qui se méfie beaucoup des intentions du gouvernement et de l'autre côté, la baisse des prix des produits de l'ASEAN de meilleure qualité rend l'exportation des produits vietnamiens de plus en plus difficile, les autorités de Hanoi ont tergiversé pendant longtemps avant de se plier l'évidence: une dévaluation forcée du dong. Le dong a été dévalué de 5,29% le 16/1/98 et puis de 9,1% vers la fin de Août 98. D'après les observateurs économiques, même avec ces 2 dévaluations successives, le dong reste encore surévalué par rapport sa valeur réelle.
Dans une économie qui est basée essentiellement sur l'apport des investissements étrangers et l'exportation des matières premières brutes et des produits réexportés, la crise asiatique a pris les dirigeants de Hanoi de court. Vers le début de 98, les autorités du Vietnam ont multiplié des déclarations selon lesquelles le Vietnam a su surmonter la crise asiatique sans trop de difficultés, pour apaiser l'inquiétude des investisseurs étrangers. Or la situation réelle de l'économie vietnamienne vers la fin de 98 a montré que la crise a frappé le Vietnam de plein fouet. La crise financière a entraîné deux conséquences néfastes: d'une part une diminution nette des investissements en provenance de l'ASEAN, de Hong Kong et de Taiwan, qui sont toujours les premiers investisseurs au Vietnam, loin devant les pays industrialisés de l'OCDE comme les Etats-Unis, le Japon, la France, La Grande Bretagne, etc. d'autre part une diminution sensible des exportations des produits made in Vietnam.
II) Les causes de la crise économique au Vietnam
D'après le contenu de discussion lors de la 6ème Session du Comité Central du Parti Communiste Vietnamien (PCV), les difficultés actuelles au Vietnam ont deux origines extérieures, les intempéries naturelles et la crise financière dans l'Asie de l'Est et une interne, les faiblesses résiduelles graves des infrastructures économiques du Vietnam. En fait les intempéries ne peuvent jamais à elles seules expliquées la crise économique au Vietnam actuelle. Même si tout le monde reconnaît que le typhon Linda de l'année dernière a causé plus de 5000 Milliards de dong de dégâts matériels (400 millions USD) et a fait chuter la production agricole de 5,5% en 97. De même que la crise financière en Asie de l'Est ne peut expliquée la crise qui frappe le Vietnam.
Le premier facteur est constitué par l'incapacité d'adaptation de l'appareil économique basé presque uniquement sur les investissements étrangers et non sur la force du marché intérieur et la confiance de la population. Le manque de mécanisme de régulation, de prévoyance au niveau macro économique, conjugué à l'orgueil démesuré des dirigeants de Hanoi qui se refusent de croire à la réalité constitue le deuxième facteur de la crise. Le troisième facteur est la situation de quasi faillite du secteur étatique qui continue de pomper une grande partie des aides destinées au secteur privé, c'est le sacro-saint principe de l'économie de marché à orientation socialiste, prôné par Hanoi. Le quatrième et dernier facteur et non des moindres est la nature corrompue et l'incapacité notoire des cadres du PCV, responsables de l'économie.
III) Les difficultés que doit faire face le gouvernement de HanoiLe 28/10/98, le Premier Ministre Vietnamien Phan Van Khai dans son allocution devant la session de l'Assemblée Nationale Vietnamienne a reconnu que le Vietnam doit faire face aux difficultés suivantes:
a) Difficultés sur le plan économique1) Le taux de croissance économique s'est ralenti de 33% en 98 par rapport aux deux années précédentes.
2) L'investissement pour le développement et le niveau d'échanges se sont contractés dans de nombreux domaines.
3) La situation malsaine au niveau des systèmes de crédits a accentué la dévaluation du dong.
4) La mobilisation des épargnes pour le développement a rencontré beaucoup de difficultés.
5) L'augmentation considérable du taux de chômage entraîne de nombreuses conséquences sur le plan social.
Le montant des investissements a baissé de 2,3 Milliards de US Dollars en 96, 2,84 Milliards USD en 97 à 1,7 Milliards USD en 98. Soit une baisse de 40%. D'après les experts internationaux, le montant total réalisé en 98 s'élève environ 1 Milliard USD soit une chute de 50% par rapport 97. L'estimation pour 99 est encore plus catastrophique avec seulement 500 Millions de dollars. Les conséquences de ces chutes drastiques ne se font pas attendre. Pratiquement tous les projets de construction dans le domaine de l'hôtellerie, complexe touristique ont été ajournés sine die. De nombreuses entreprises en joint venture ont déclaré faillite.
La situation de quasi faillite du système bancaire a fait déserter de nombreuses banques étrangères: de nombreuses agences bancaires japonaises et coréennes ont été fermées ou transférées vers le Singapour ou la Malaisie. D'après l'hebdomadaire Nikkei, les compagnies Daiwa Securities, Nomura Securities, la banque Sumitomo ont fermé leur agence en Juillet 98. L'octroi des crédits l'import devient de plus en plus difficile devant l'incapacité du Vietcom Bank d'honorer même une lettre de crédit de quelques millions de dollars.
En dehors de ces baisses considérables de l'investissement, la baisse des prix sur les marchés ont aussi inquiété les autorités de Hanoi: le prix de caoutchouc a baissé de 37,2%, les produits de pêche de 17%, les produits de confectionnement de 12,9%. D'où une diminution des taxes appliquées sur les produits exportés et une manque gagner de plusieurs centaines de millions de dollars américains pour le budget qui souffre déjà d'un déficit alarmant.
b) Difficultés sur le plan social
La baisse des investissements et la baisse d'activité de production et de services des entreprises à capitaux étrangers ou en joint-venture a entraîné le licenciement des dizaines de milliers de salariés dans les entreprises dans le secteur privé et des dizaines de milliers d'autres dans le secteur étatique. Dans un pays où le taux de chômage reste très important selon les normes occidentales (plus de 30%), la crise asiatique a encore aggravé les tensions sociales. L'on peut prévoir l'augmentation des fléaux sociaux endémiques comme la prostitution, la contrebande, le détournement de fonds publics, la corruption, le racket, le commerce illicite... à très court terme. Tous ces phénomènes contribuent à aggraver l'instabilité sociale qui est déjà largement rampante et qui entraîne son tour l'instabilité politique tant redoutée par les dirigeants du PCV. Les seules mesures préconisées par M. Phan Van Khai sont: "développer des secteurs qui utilisent beaucoup de main d'oeuvre, organiser des grands travaux nécessitant beaucoup de main d'oeuvre dans les régions montagneuses, peu peuplées". Donc, ni plus ni moins des travaux forcés pour des main d'oeuvre très bon marché. La crise économique au Vietnam touche non seulement les salariés dans les grandes villes mais encore la masse des paysans à la campagne avec l'appauvrissement dû à la perte du pouvoir d'achat. Avec comme conséquences des révoltes de plus en plus fréquentes dans les provinces: Tho Da (96), Thai Binh (97), Dong Nai (97), Nam Dinh (97), etc.
Conclusion
En analysant la crise actuelle au Vietnam, l'on peut relever les observations suivantes :
1) Le PCV veut surmonter la crise tout en maintenant le rôle dirigeant du secteur étatique en quasi faillite et qui survit grâce aux subventions. Cette politique a largement montré ses effets néfastes et contraires aux recommandations du FMI, de la Banque Mondiale, qui préconisent le renforcement du secteur privé et une privatisation du secteur étatique.
2) Les mesures annoncées semblent tout à fait illusoires et inefficaces. Les dirigeants de Hanoi semblent préoccupés uniquement par la montée des mécontentements de la population dans les campagnes qui risquent de menacer la stabilité politique.
3) Les mesures économiques ne peuvent pas reconquérir la confiance perdue des investisseurs étrangers. Les mesures concernant le secteur bancaire et de crédit restent dans le flou artistique le plus général avec des décisions contradictoires d'une semaine à une autre.
4) Les mesures annoncées n'ont pas la capacité de restaurer la confiance de la population. L'on sait que toute mesure économique prise sans l'adhésion de la population n'aura aucun résultat tangible.
En résumé, devant la crise qui frappe le Vietnam, les dirigeants de Hanoi ont pris simplement des mesures destinées à neutraliser la montée des mécontentements de la population dans les provinces et cherche à gagner du temps pour trouver des moyens EXTERIEURS afin de surmonter les difficultés économiques tout en maintenant le monopole du pouvoir du Parti.
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