Vietnam Démocratie - Décembre 1999

La Lutte des Religions au Vietnam

Nguyen Ngoc Duc

Des informations successives au cours de ces derniers mois dans le domaine religieux au Vietnam montrent que les autorités de Hanoi se sont trouvées confronter à un grave problème. On peut dire que jamais les revendications des religions n’ont été exprimées de manière aussi catégorique et simultanée : les Eglises Hoa Hao, Cao Dai, Catholique et bouddhique ont émis sans cesse des réclamations, dans le but de forcer les autorités de Hanoi à mettre fin à leur ingérence dans les affaires intérieures des religions, à laisser celles ci poursuivre librement leurs activités…… Le problème religieux est au point de devenir un danger menaçant le régime lorsque certains signes ont permis de constater que les grandes religions au Vietnam cherchent actuellement à coordonner leurs actions afin de joindre leurs efforts dans la lutte. Dans les jours à venir, comment les autorités de Hanoi vont-elles réagir ? Et que devrons-nous faire pour que la lutte vers plus de liberté religieuse puisse mener aux meilleurs changements possibles ? Telles sont les questions qui requièrent l’attention des Vietnamiens à l’étranger quant à leur contribution efficace à la lutte menée par les religions et d’autres combattants à l’intérieur du pays afin de faire de ce combat commun une réussite.

Pourquoi assiste-t-on à de telles intensités dans les revendications religieuses ?

On dit souvent "Plus la pression est forte, plus la force de réaction augmente". La réaction des religions, de prime abord, est la conséquence de la politique de contrôle et de répression du Parti Communiste Vietnamien (PCV) appliquée depuis des années. Semblable à tous les autres régimes communistes, celui du Vietnam a échoué dans le dessein d’étouffer la croyance religieuse du citoyen, et lorsque les conditions le permettront, l’intensité de cette croyance va pousser les religieux, les pratiquants de toutes les religions à se dresser pour lutter de toutes leurs forces. En examinant la situation du pays, on constate deux raisons qui créent les conditions permettant les religions à se soulever d’une façon simultanée pour engager la lutte :

1) L’incapacité de Hanoi dans le contrôle de l’infrastructure a généré des failles donnant aux religions la possibilité d’amplifier leur influence dans la masse et de trouver les moyens de mobiliser rapidement un grand nombre de pratiquants. Aussi, avec le soutien des croyants de la communauté vietnamienne à l’étranger, les religions dans le pays disposent de plus en plus de moyens et de conditions pour amplifier la portée de leurs actions, comme pour répandre rapidement leurs revendications dans les milieux politiques et médias internationaux. Lorsque les dirigeants religieux disposent de conditions leur permettant de se rapprocher de leurs adeptes et de s’étendre dans la masse, leur influence ainsi que leur prestige se rétablissent peu à peu, alors que, avec la cupidité et la corruption des cadres locaux dont la moralité se dégrade de jour en jour, la masse, dégoûtée de l’appareil administratif, a tendance à chercher un point d’appui spirituel auprès des religions. C’est la raison qui conduit au rassemblement record de la population à l’occasion des fêtes religieuses.

Devant cette situation, le groupe dirigeant du PCV a pris certaines mesures visant à contrôler des activités religieuses. Le 02.07.98, le Bureau Politique du Comité Central du Parti a publié "la Directive concernant les actions contre les religions dans le cadre de la nouvelle situation". Cette directive est accompagnée de l’arrêté 26/CP d’Avril 1999 des autorités de Hanoi. L’objectif de cette directive et de la décision l’accompagnant est de renforcer le contrôle des autorités sur les activités religieuses. Or, jusqu’à ce jour, Hanoi est toujours incapable de le faire et la plupart des mesures prises restent en réalité inapplicables ;

2) Les difficultés rencontrées par Hanoi dans le choix d’une stratégie antagoniste concernant lse problèmes religieux ont fourni aux Eglises l’occasion de lancer une série de revendications de plus en plus exigeantes. On constate clairement un embarras de Hanoi, avec ses demi-mesures caractérisant ses dispositions pour faire face aux revendications toujours plus précises de la part des Eglises. En octobre1998, pour la première fois, Hanoi avait coopéré avec les Nations Unies pour une enquête sur la situation religieuse au Vietnam.

Or, après le passage de M. Abdelfattah Amor et son rapport très critique pour Hanoi, cette dernière a déclaré que dorénavant elle n’accepterait plus aucune délégation d’enquêteurs dans le pays. On observe la même position contradictoire lorsque le Conseil Episcopal vietnamien invite le souverain pontife à venir visiter le pays ; alors que le département des affaires étrangères affirme qu’il ignore complètement cette affaire, le vice Premier Ministre Nguyen Tan Dung confirme que le gouvernement a bien reçu la demande du Conseil épiscopal à ce sujet.

Dans l’affaire de l’Eglise bouddhique Hoa Hao, ou au sujet des harcèlements dont font l’objet les dirigeants de l’Eglise Bouddhique Unifiée du Vietnam, on a aussi observé des demi-mesures de Hanoi, inefficaces pour faire face aux pressions de cette Eglise. La raison est que le régime ne sait pas choisir une stratégie antagoniste appropriée dans le cadre du Vietnam actuel. Tout d’abord, pour sauver l’économie de la récession, le régime doit se donner une apparence modérée à l’égard du reste du monde afin d’encourager l’investissement étranger ; c’est ainsi que Hanoi n’a pas osé prendre de mesures fortes pour réprimer la lutte des religions.

Vient ensuite le Traité commercial bilatéral avec les Etats-Unis qui n’est pas encore définitif, à cause des dissensions internes du Parti. Au cours des efforts lors de la reprise de négociation avec Washington, Hanoi ne souhaite pas que les problèmes religieux devienne un moyen de pression des Etats-Unis, l’obligeant à faire plus de concessions dans le Traité. Aussi, Hanoi ne se permet-elle de choisir que des demi-mesures pour affronter les religions, telles que les menaces et une certaine forme de harcèlement.

Liberté religieuse et liberté démocratique

Evidemment, le PCV ne peut accepter qu’une telle situation se prolonge sans qu’aucune solution n’intervienne. La méthode la plus particulière souvent utilisée par Hanoi est de diviser pour réprimer facilement. Elle va donc créer les moyens susceptibles de créer des divisions entre les religions, entre les religieux en lutte et les autres, entre les dirigeants spirituels et la majorité des adeptes…C’est la raison pour laquelle on constate l’apparition dans certains magazines à l’étranger d‘articles dont la teneur vise à susciter la discrimination entre les religions.

C’est aussi la raison qui amène Hanoi à donner l’ordre à certains religieux sous son influence d’écrire des articles critiquant les autres, engagés dans le combat pour le droit à la liberté religieuse. Les manœuvres de division venant de Hanoi seront inefficaces si les religions sont conscientes qu’elles se trouvent dans la même barque en pleine tempête, qu’elles font toutes l’objet de contrôle et de répression de la part du régime. Cette conscience va aider les religions à surmonter les diversités pour arriver à coopérer dans la lutte commune.

Tout récemment, est apparu un signe montrant que les efforts de coopération connaissent un élan puissant de solidarité aboutissant à un appel signé par quatre religieux très connus au Vietnam, tels le vénérable Thich Quang Do (de confession bouddhique), le Père Chan Tin (représentant le Christianisme), le religieux Le Quang Liem (représentant du Bouddhisme Hoa Hao), le prédicateur Tran Quang Chau (représentant du Caodaïsme) a été annoncé et diffusé largement sur le système Internet. S’il est vrai que les quatre religieux ont discuté et unanimement signé l’Appel du 05.09.99, il s’agit d’une évolution extrêmement importante et positive pour la lutte des religions en particulier et pour les vietnamiens en général.

Car c’est la première fois que les responsables des quatre grandes religions ont revendiqué certains points précis, dont la plus importante est l’abolition de l’article 4 de la Constitution "obligeant tout le monde à suivre le socialisme qui adopte l’athéisme, origine de toutes sortes de violations de droits à la liberté religieuse".

Dans le passé, cette revendication a été maintes fois abordée par plusieurs organisations et personnalités en lutte pour la démocratie, mais, dans le cas présent, il s’agit pour la première fois d’une réclamation précise de la part des religions, ce qui démontre que la lutte pour les droits à la liberté religieuse ne peut être séparée du combat pour la liberté et la démocratie des vietnamiens.

L’origine de toutes sortes de mesures répressives au Vietnam exercées tant sur la pensée, l’opinion politique que sur la religion, les Droits de l’Homme provient du fait que le PCV a imposé le marxisme-léninisme à la société vietnamienne tout entière, ce qui explique la politique intolérante du Parti vis-à-vis des autres systèmes de pensée, dans le domaine politique comme religieux.

C‘est ainsi que lutter pour la liberté religieuse est aussi lutter pour les autres droits et inversement. Ce concept a été justifié par la demande du vénérable Thich Quang Do à publier un organe de presse. Il n’y a pas longtemps, M. Tran Do, un dissident très connu au Vietnam, avait aussi formulé une semblable demande, d’ailleurs rejetée par Hanoi.

Ces faits montrent que, lorsque la liberté de presse est foulée aux pieds, les religions ainsi que les combattants pour la démocratie en subissent les conséquences, et lutter pour briser le monopole des médias du Parti est synonyme de la lutte pour les religions d’avoir le droit de s’exprimer ouvertement et légalement.

Soutenir les religions dans la lutte commune

Pour Hanoi, la première priorité actuelle est d’apporter une solution aux dissensions internes concernant la teneur du projet de traité commercial bilatéral entre le Vietnam et les Etats-Unis et faire avancer les pourparlers afin de parvenir rapidement à la signature définitive du traité.

Au cas où le combat mené par les religions éclaterait avec une intensité grandissante, obligeant Hanoi à prendre des mesures fortes telles que arrestation, isolement et mise en résidence surveillée à l’encontre des dirigeants religieux, la pression de l’opinion publique pourrait faire obstacle du côté tant vietnamien qu’américain pour conclure cette affaire. Ainsi, quelles que soient les circonstances, Hanoi se trouve acculé à une position défensive, et le devoir des Vietnamiens à l’étranger est d’augmenter le soutien aux religions pour obliger le PCV à reculer.

L’un des soutiens concrets consiste à déployer des efforts tendant à mobiliser le gouvernement américain à faire pression sur Hanoi au cours des pourparlers sur le traité commercial pour qu’elle respecte les libertés religieuses. Ayant passé notre existence dans l’environnement d’un pays étranger, nous connaissons tous que la pression internationale joue un rôle déterminant dans la pression obligeant le régime communiste à reculer.

C’est pour cette raison que la communauté vietnamienne a besoin d’exploiter toutes les occasions permettant de mobiliser la pression internationale. Les négociations pour le traité commercial constituent une bonne occasion pour provoquer cette pression. Nous sommes persuadés que plusieurs associations comme de nombreux Vietnamiens à l’étranger partagent notre point de vue : nous sommes obligés de mobiliser constamment la communauté internationale pour qu’elle pose le problème de Droits de l’Homme et de Démocratie dans tout accord de coopération avec les autorités vietnamiennes.

Car sans cela Hanoi aurait-elle accepté l’année dernière de libérer un certain nombre de prisonniers politiques et religieux, dont le vénérable Thich Quang Do, le professeur Doan Viet Hoat, le docteur Nguyen Dan Que… ? Nous ne croyons pas que le PCV ait fait preuve de bonne volonté à propos de cette concession. Il a dû céder à cause de pressions, en particulier celle des milieux internationaux et la communauté vietnamienne à l’étranger a contribué pour une large part à la mobilisation de cette pression.La situation qui se présente à nos yeux montre que le combat des religions promet d’autres changements imprévus. Ceux-ci dépendent de la capacité de coopération entre les religions et les réactions du PCV.

Les Vietnamiens à l’étranger doivent se sentir obligés de chercher par tous les moyens à soutenir le combat pour les droits à la liberté religieuse, et à travers duquel, à susciter les changements les meilleurs dans la lutte pour la liberté et la démocratie. Nous devons augmenter la mobilisation des pressions internationales, notamment celle des Américains, en passant par le traité commercial, pour continuer à faire reculer le régime despotique en place, conduisant ainsi le processus de démocratisation à la réussite finale.*


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