Vietnam Démocratie - Décembre 1999 |
Ce sont les malheurs créés par le régime politique et les individus dirigeant les services de tous les échelons. Habituée à ruser dans les affaires qu'elle traite de façon à la fois sale et ambitieuse, Hanoi s'imagina pouvoir bien tenir facilement dans la main les sociétés étrangères en considérant leurs capitaux comme des gages. C'est ainsi que presque toutes les sociétés étrangères au Vietnam se sont associées (en "joint venture") avec l'Etat : l'entreprise étrangère participe pour un pourcentage quelconque de capitaux pouvant aller jusqu'à 80%, le reste est couvert par le gouvernement qui fournit, le plus souvent, un terrain évalué à un prix très élevé. D'autre part, en vue d'acquérir des profits personnels, les dirigeants des organismes liés à l'entreprise rivalisent entre eux à fixer un prix exorbitant pour leurs services, tels que les frais de fourniture d'eau et d'électricité, de logement, de téléphone ainsi que ceux correspondant à l'enregistrement de documents, à la délivrance des autorisations et aux prorogations de ces dernières...
Au début, ces investisseurs - connaisseurs en affaires mais très inexpérimentés face à un régime où les cadres, fidèles mais incompétents, exercent des fonctions importantes dans l'appareil économique et commercial - persistèrent à croire que s'ils patientèrent à attendre la réalisation des réformes économiques de Hanoi, ils pourraient mener les affaires plus facilement ; cependant, au cours des dernières années, ils sont à bout de patience. Tout récemment, ils ont exprimé franchement leur plainte et, constatant que Hanoi n'a pas procédé aux réformes comme promis, un certain nombre de grandes sociétés s'est retiré, certaines même ont laissé tomber les travaux en cours. La plus récente se trouve être la Société Cable&Wireless abandonnant son contrat d'installation téléphonique d'une valeur de 270 millions de dollars.
Les pays et les institutions internationales fournisseurs d'aide, notamment le Fonds Monétaire International et la Banque Mondiale, de plus en plus impatients, ont exigé des réformes plus radicales et rapides si Hanoi désire qu'ils débloquent les crédits promis. Dans le pays, pendant les premiers jours de Juillet, la grande cérémonie commémorative du fondateur de l'Eglise bouddhique Hoa Hao il y a 60 ans, rassemblant en son fief au sud du pays environ un million de pratiquants, constitue un événement digne d'être mentionné. Ayant échappé à toute interdiction et aux difficultés venant des autorités communistes, le nombre très élevé de ces pèlerins est un défi silencieux mais direct et clair à l'intention du régime.
Celui ci s'est montré indécis : toute mesure de répression après cet événement à la Terre Sainte Hoa Hao pourrait provoquer davantage de colère des pratiquants de toutes les religions au Vietnam, mais l'inaction du régime pourrait être interprétée comme un encouragement à des actes similaires. Pendant ce temps, dans le domaine diplomatique, la pression chinoise s'intensifie, lentement mais sûrement. A propos de Spratleys, Pékin a manifesté son désir de pourparler avec les pays revendiquant leur souveraineté sur ces archipels sauf Hanoi.
D'autre part, la Chine continue à vendre au Vietnam ses marchandises à bas prix en passant par la frontière, depuis la bière jusqu'aux vélomoteurs, les tissus, les ufs, les pièces d'ordinateur, les raticides et toutes sortes de produits de consommation en train de concurrencer et surpasser les produits locaux. Les visites effectuées en Chine par les dirigeants vietnamiens ainsi que les délégations militaires, politiques semblent n'apporter aucun résultat tangible. Début juillet, celle du général Pham Van Tra, ministre de la Défense Nationale, partant en Russie, Biolérussie et Ukraine a pu arriver à certains accords militaires, mais on ignore encore la quantité de matériels militaires en cause.
Dans une telle situation critique, à partir de juillet, le Parti et le gouvernement, adoptant une attitude plus raisonnable, ont cessé leur exploitation arbitraire à l'égard des investisseurs étrangers. Dans cette tendance à la concession visant à les tranquilliser et les dissuader de ne pas quitter le pays, quelques nouvelles mesures ont été prises : à compter de l'année dernière, Hanoi a dû autoriser certaines entreprises en joint venture avec l'Etat à devenir des sociétés à capitaux 100% étrangers, dont Coca-Cola parmi d'autres.
Particulièrement depuis juin 1999, la vitesse de concession devient plus accélérée. Le coût de l'eau et de l'électricité a baissé pour les entreprises étrangères. Pour le recrutement du personnel, celles ci doivent toujours passer par les Services régionaux du travail, seulement, d'après la nouvelle réglementation, un délai de 30 jours est réservé à ces services pour le faire, ce délai passé, les entreprises peuvent eux-mêmes procéder directement au recrutement.
L'année dernière, Hanoi a obligé les entreprises à transférer à la Banque de l'Etat 80% des recettes en devises, début juillet 1999, elle donne des directives pour arrêter cette mesure. Par ailleurs, elle décide de baisser le prix de location des terrains à la capitale, en moyenne, de 12 dollars à 1 dollar le M2. Toutefois, les problèmes fondamentaux soulevés par les entrepreneurs étrangers, ainsi que les pays et les organisations fournisseurs d'aides ne sont pas résolus de façon positive par Hanoi. La privatisation de plus de 6.000 entreprises étatiques tend à pérenniser car le régime ne désire pas accélérer la procédure comme demandé. Le plus émergent des réformes en matière de procédure administrative se trouve être la nouvelle Loi d'Entreprise promulguée le 26.06.1999 par le Chef d'Etat Tran Duc Luong. Les organes publics d'information ont fait louange de cette loi comme une révolution dans la régie de l'entreprise. Ils la vantent en ces termes : "Dorénavant, le peuple et l'entreprise pourront faire ce que la loi n'interdit pas, alors qu'auparavant, ils ne pouvaient faire que ce que la loi autorise".
En fait, ce principe, n'étant pas nouveau, est un fait évident dans un régime démocratique, comme celui du sud Vietnam d'avant 1975. Les dispositions de la nouvelle Loi d'Entreprise déterminent la procédure d'enregistrement de l'entreprise simple et légère suivant le principe "enregistrer avant et contrôler après". Pourtant, d'après le bulletin d'information du 07.07.1999 de VASC à Hanoi, il existe encore actuellement jusqu'à 200 catégories d'autorisation d'exercer la profession. Il est possible que l'entreprise doit demander jusqu'à 15 sortes d'autorisations différentes, à savoir : l'autorisation d'exercer la profession, le certificat d'avoir des conditions suffisantes pour monter les affaires, le certificat d'exercer la profession, l'autorisation d'activité, le certificat de sûreté et sécurité .
"Les frais occasionnés par la délivrance de l'autorisation varient en moyenne entre 300.000 et 500.000 dongs, mais en vérité, le requérant doit payer à l'organe concerné ou par l'intermédiaire d'un tiers, un surcroît de frais atteignant un maximum de 9,5 millions de dongs" . Telle est la mention de VASC. Et aussi dans ce même rapport : "La société d'entreprise a besoin au total de 45 autorisations. Le délai de délivrance de l'autorisation traîne souvent de 2 à 4 ans avec des procédures compliquées..."
En général, le régime actuel doit atténuer la pression en faveur des réformes plus rapides, plus rigoureuses, plus larges. Hanoi commence à céder, mais avec son habitude originelle, le Parti et le gouvernement, têtus, se contentent de résoudre avant tout les petits détails. Au stade actuel, ils persistent encore à défendre la thèse qui "considère l'économie collective et le secteur d'entreprise étatique comme moteur et orienteur pour le développement".
Tant que le présent régime règne encore au pays, les Vietnamiens frappés par la pauvreté continuent à vivre dans la misère et la précarité, et les investisseurs étrangers restent toujours confrontés aux ennuis insolubles.*
[Sommaire][ Publications du Vietnam Démocratie ][Retour à la page d'accueil de AVL]