La corruption et autres malversations constituent une longue et épineuse histoire qui poursuit le parti Communiste Vietnamien. Longue car elle dure depuis des décénies. Epineuse car elle pique à tous les niveaux du Parti. Des membres du comité central aux responsables de toutes les organes du parti, tous ont plus ou moins subi ce que le parti désigne pudiquement par phénomènes négatifs.
De ces phénomène négatifs, tout le monde en parle. Au début à voix basse, puis le ton monte, puis le débat devient public, les commentaires souvent accompagnés d'insultes. Au début, les journaux ne pouvaient pas en parler. Mais la rumeur grandissait, grondissait, le parti, ne pouvant plus étouffer, était obligé d'ouvrir les vannes et sortait un plan d'anti-corruption, tout en sachant que cette politique pouvait leur retomber dessus. Les journalistes heureux d'être ainsi libérés, mettaient en avant ces phénomènes négatifs à la Une. Puis pour gagner des lecteurs, ils se mettaient à faire des enquêtes de plus en plus fouillées et dévoilaient au public ébahi des vérités de plus en plus horrifiantes sur les dirigeants du parti. Pourtant le public était habitué.
Au début de l'année, les autorités de Hanoi demandait aux journalistes de se modérer sur ces phénomènes négatifs car cela pouvait profiter aux forces ennemies. Pourtant, on continue à lire sur les journaux liés au parti, comme le journal Lao Dong (Travail) ou le journal Tuôi Tre (Jeunesse) suffisamment d'éléments et de preuves pour renverser n'importe quel gouvernement dans un pays démocratique. Le 15 décembre dernier, le parti organise un congrès réunissant des représentants de la presse écrite et audio-visuelle, certains venant même des fins fonds de la province. Ce congrès est présidé par Nguyen Khoa Diem, membre du bureau politique et chef du département Culture et Pensée du Comité central et assisté par le vice premier ministre Pham Gia Khiêm et par le ministre de la Culture et de l'Information Pham Quang Nghi.
Depuis plusieurs années, le parti avait lancé la campagne anti-corruption, il ne pouvait décemment pas empêcher les journalistes de citer les cas de corruption. Il proposait alors aux journalistes d'être positifs, de faire la critique d'une manière positive, car pour combattre les phénomènes négatifs, rien ne vaut mieux qu'une attitude positive. Être positif c'est aider le progrès. C'est tout à fait logique, c'est même mathématique. Mais comment traiter la corruption d'une manière positive ? En citant les noms de ceux qui ne sont pas atteints de cette gangrène ? Dans ce cas, les journaux n'ont plus rien à écrire.
Suant à la cause de ces phénomènes négatifs, Pham Gia Khiem, le vice premier ministre a trouvé un coupable tout désigné. C'est l'économie de marché. C'est elle qui est à la cause de tous les maux. C'est elle qui a corrompu les cadres du parti jusque là si probes. C'est elle qui a perverti les fonctionnaires jusque là si dévoués. Ah ! quel bon temps que ce temps où le parti ne prônait pas encore l'économie de marché. On pouvait tout piquer, tout accaparer et tout le monde l'ignorait ! Maudite économie de marché !
Et Nguyen Khoa Diem en tant que gardien de la Culture et de la Pensée d'avertir les journalistes. Chaque journaliste doit dorénavant se sentir responsable de ses écrits quand il s'agit de critiquer les phénomènes négatifs. Il faut être vigilants, ne pas être médisants, être positifs quand on critique, mieux encore être positifs sans critiquer et surtout suivre les instructions du parti. Il conclue en disant qu'à l'exemple du parti, il faut assainir le milieu journalistique et que les journalistes soient plus politiques.
Ce qui pose un vrai dilemne aux journalistes. Car suivre l'exemple du parti n'est-ce pas d'être corrompu ? Comment assainir quand on est corrompu ? Ah ! Être journaliste en ce temps-ci à Hanôi, ce n'est pas facile.
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