Cet article est paru dans le quotidien romand "Le Matin" (page 14 Le Matin MONDE) le  jeudi 12 décembre 2002

Le Vietnam indigne de la conférence de la francophonie  qui se tient à Lausanne

Nguyên Lê Nhân Quyên 
(Ligue vietnamienne des Droits de l'Homme)

Aujourd'hui et demain, la 18è Conférence ministérielle de la francophonie a lieu à Lausanne. On y attend la venue du représentant du régime de Hanoi. Le thème officiel de la réunion serait: "Le rôle majeur du dialogue des cultures dans la promotion de la paix".

Il n'y a pas de dialogue sans respect mutuel et véritable tolérance. Pas de paix non plus, sans justice et liberté. Or ces conditions essentielles manquent cruellement au Vietnam.

Triste palmarès

Cet Etat francophone a longtemps abusé de l'aide de la francophonie, alors que la langue de bois prévaut là-bas. Preuve en est: sa porte-parole refuse toujours de reconnaître l'existence des prisonniers politiques, d'opinion et de conscience derrière le rideau de bambou.

Le Vietnam n'est pas un cas isolé. Reporters Sans Frontières (RSF) a lancé un message d'alarme: "La francophonie assiste passivement aux violations quotidiennes de la liberté de la presse". Parmi les 55 Etats et gouvernements participant au sommet francophone, le Vietnam, le Laos, la Tunisie et la Guinée équatoriale sont parmi les régimes les plus répressifs en matière de liberté de la presse. RSF n'a donc pas hésité à demander la suspension de la francophonie de ces quatre Etats indignes.

Triste réalité: en Asie du Sud-Est, le régime de Hanoi est devenu le sommet de la censure, de la répression et du bâillonnement. Selon un classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF, le Vietnam occupe la 131è place sur 139 Etats notés, derrière l'Irak mais avant l'Erythrée, le Laos, Cuba, le Bhoutan, le Turkménistan, la Birmanie, la Chine et la Corée du Nord (139è). Hanoi se trouve donc dans le funeste cortège des dix Etats les plus liberticides du monde.

Aussi, au lendemain de la Journée internationale des Droits de l'Homme, rappelons que plusieurs écrivains, journalistes et religieux chrétiens et bouddhistes souffrent de l'impitoyable persécution de l'Etat militaro-policier vietnamien. Une presse libre est inexistante. Pas une seule maison d'édition indépendante.

L'exemple de Lê Chi Quang

Cette année, la police de sécurité a procédé à de nombreuses arrestations et détentions arbitraires pour délit d'opinion. Les voix d'Amnesty International, du Comité pour la Protection des Journalistes (CPJ), de l'Association mondiale des Ecrivains (P.E.N International) et des députés du Parlement européen se joignent à celles de RSF pour protester contre la lourde peine infligée à Lê Chi Quang (photo)*. Arrêté le 21 février 2002, ce jeune juriste et écrivain (32 ans) a été condamné le 8 novembre à 4 ans de prison et 3 ans de détention probatoire pour avoir osé exercer son droit à la liberté d'expression. Le procès n'a duré que quelques heures, les droits de la défense n'ayant pas été respectés et la presse étrangère non autorisée à y assister.

Seuls présents, les parents de Lê Chi Quang rapportent que leur fils est apparu très affaibli et le visage tuméfié. Le prisonnier souffre d'insuffisances rénales graves, mais les autorités de la prison ont récemment refusé de le soigner.

Consternation d'Amnesty

Amnesty International a exprimé sa consternation: "La condamnation de ce prisonnier d'opinion montre que les autorités vietnamiennes sont déterminées à étouffer la liberté d'expression en faisant appel à la législation relative à la sûreté nationale".

Ce mardi soir 10 décembre, allumons donc des bougies, si fragiles soient-elles; allumons cette lueur d'espoir et de solidarité pour les victimes de tous les régimes totalitaires. Allumons une bougie pour Lê Chi Quang croupissant dans le camp de concentration au Sud de Hanoi.

Sans oublier des milliers d'autres détenus, ainsi que leurs proches harcelés et intimidés.

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Notes de la LVDHS:
* Il s'agit de la photo du moine bouddhiste Thich Quang Dô (Reuters) et non pas celle de Lê Chi Quang.
* Biographie de Thich Quang Dô (nom civil Dang Phuc Tuê), 84 ans,

Secrétaire général de l'Institut pour la propagation du Dharma, écrivain et poète, placé en détention administrative au monastère Thanh Minh Thien Vien (Ho Chi Minh ville) après sa libération en août 2001. Depuis 23 mai 2001, Dang Phuc Tue a été soumis à des interrogatoires et placé en résidence étroitement surveillée.


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[Documents] [Communiqués de Presse] mis à jour le 24/12/2002