Les communistes vietnamiens et les diplômes d'études

Tout le monde sait aujourd'hui encore que les communistes purs et durs prônent la dictature du prolétariat. Et il fut un temps où tous les communistes dans le monde entier étaient purs et durs. Donc, il fallait éliminer toutes les autres classes, les nobles, les riches, les bourgeois grands et petits, les propriétaires terriens, et surtout les intellectuels. Mao Tse Toung ne disait-il pas que les intellectuels ne valaient pas la fiente qui servait à enrichir la terre. Au Vietnam aussi, la lutte pour la dictature du prolétariat a provoqué pendant des décennies de nombreuses scènes d'horreur. On ne dénombre plus le nombre de petits propriétaires, de petits artisans, de petits gens possèdant un peu de bien qui furent livrés à la pâture de la foule déchainée et dirigée par les membres du parti tous fanatisés. Contre les intellectuels, il est vrai qu'il n'y a pas eu de campagne comme en Chine continentale mais tout le monde se souvient encore du grand procès "Nhân van Giai Phâm" en 1958 où des milliers d'écrivains et d'artistes furent condamnés pour avoir exprimé des idées non conformes à la ligne du Parti.

Pour diriger le pays, les communistes vietnamiens ont donc pris soin de choisir les fonctionnaires en fonction de leur fidélité au Parti et non de leur connaissance. Mieux vaut être rouge que spécialiste. Dans les formulaires, il fallait remplir deux lignes : niveau de spécialisation et niveau culturel. Ainsi on voit que de nombreux membres fidèles du Parti ont un niveau d'ingénieur dans leur spécialité tout en ayant un niveau culturel de la classe CM1. Car paraît-il que ces personnes ont suivi des stages spécifiques mais personne n'a pris soin de leur apprendre à lire et écire correctement. Donc certains directeurs des grandes entreprises d'Etat doivent suivre d'autres stages spécifiques pour élever leur niveau culturel. Mais comme ils n'avaient pas beaucoup de temps, ni d'envie, ils envoyèrent d'autres suivre les cours à leur place et ensuite leur ramener les diplômes.

Ah ! Les diplômes ! Ces diplômes, qu'on devait avoir tout en les méprisant, prennent tout à coup une valeur inestimable quand on adopte une nouvelle politique d'économie de marché. On se rappelle tout à coup qu'on avait envoyé plein de jeunes dans les pays de Europe de l'Est, bien sûr ses enfants pour échapper à la guerre mais aussi d'autres qui avaient durement travaillé pour obtenir des diplômes et qu'on avait envoyé dans les oubliettes parce qu'ils n'étaient pas membres du parti.

On diait donc que les diplômes deviennent importants car cela permet de travailler dans des entreprises d'Etat, et surtout cela permet de travailler dans les joint-ventures avec les compagnies étrangères et obtenir ainsi des salaires élevés. Alors, tout le monde cherche à avoir des diplômes, des vrais, pas des ersatz obtenus à travers des stages organisés par l'Etat pour récompenser les memmbres les plus fidèles. Ainsi au Vietnam, de nouveaux métiers sont crées, que voulez-vous, c'est la loi de l'offre et de la demande de l'économie. On passe des diplômes pour les nantis. qui ne viendront plus que pour les recevoir. On paie des surveillants, voire même des professeurs pour s'assurer qu'on obtient des mentions, les inspecteurs de l'académie pour avoir les sujets à l'avance, ... Mais quid de l'anonymat ? C'est qu'il y a des personnes qui codent et décodent les copies, qui changent les photos sur les bulletins d'inscription. Une chaîne que la mafia italienne a intérêt d'étudier car cela rapporte gros aux nantis du régime. ces mêmes nantis qui ont besoin des diplômes pour eux, et pour leur progéniture.

On ouvre même des universités privées pour vendre des diplômes. Comme dans tout société bien contrôlée, les tarifs sont connus de tout le monde, allant de 2 000 US$ pour un diplôme de baccalauréat à environ 10 000 US$ pour un doctorat littéraire. Mais de notre temps qui veut encore un diplôme de baccalauréat ?

Que voulez-vous ? La corruption au Vietnam n'est pas encore très égalitaire, seuls les membres influents du Parti gagnent assez pour se payer un doctorat, les autres doivent se contenter d'un sésame moins clinquant. Certains disent même que, comme en Chine, bientôt les diplômes vont remplacer la carte du Parti !


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