Hanoi jongle avec le feu

Récemment, la télévision vietnamienne organise un concours de chants et la finale se passait sur l'ile Tuan Chau, province de Quang Ninh, dans l'enceinte de la zone touristique. Les candidats finalistes devaient choisir une chanson écrite pendant la période de guerre contre les Américains. Rien à dire aussi, sauf que les candidats ne sont pas réellement inspirés à l'idée de chanter ses chansons anachroniques. Rien à dire, sauf que cette décision est une décision politique, décidée au plus haut niveau du Parti Communiste Vietnamien. En même temps, le Parti Communiste Vietnamien informe les agences de presse internationales du prochain voyage du Général Pham Van Tra aux Etats_Unis, nouvelle complètement passée sous silence dans la presse nationale.

Anomalie, anomalie ! Nous dira-t-on  ! Non, car ces anomalies sont les résultats d'un embarras au sein même du Parti.

Depuis la fin de la guerre froide, la Chine communiste semble pouvoir devenir un danger potentiel pour les Etats-Unis. Pas spécialement sur le domaine économique, bien que les produits chinois envahissent le marché mondial, mais ils sont encore de qualité inférieure et ne menacent pas encore les grandes puissances économiques. Mais le potentiel humain et surtout l'ambition mal cachée des dirigeants chinois font que ce pays pourrait devenir un adversaire dangereux dans un futur moins lointain que certains ne le pensent. La Chine, limitée vers l'Ouest par les déserts, l'est par l'Océan Pacifique, ne peut porter ses ambitions que pour s'étendre vers le Sud, vers cette péninsule indochinoise où se trouve le Vietnam.

Pendant les années 50 du siècle dernier, la Chine communiste a beaucoup investi dans cette région, déversant et de l'argent et du matériel et surtout des hommes dans les rebellions communistes. Par la suite, le succès des Partis Communistes des pays de l'Indochine permettait à la Chine de contrôler plus ou moins cette région, en particulier cette mer, appelée communément mer de Chine, par où transite tout le pétrole du Moyen Orient vers le Japon et la Corée. La Chine considérait même cette mer comme une mer intérieure.

Pendant toute la durée de la guerre froide, le parti Communiste Vietnamien, n'a pas toujours été uni, comme l'opinion internationale semble croire. Il était divisé entre deux grandes factions, les pro-soviétiques et les pro-chinois. La fin de l'empire soviétique devait donner la victoire aux pro-chinois. Mais ce fut aussi la fin de la guerre froide et le début de l'ouverture économique, forcée et contrainte pour sauver le pays d'un désastre économique annoncé. Il apparait alors une nouvelle faction, les pro-occidentaux, c'est-à-dire les libéraux pour certains observateurs du monde libre, mais déviationnistes suivant le point de vue des communistes purs et durs. Les longues hésitations du Parti Communiste Vietnamien avant la signature du traité commercial avec les Etats-Unis étaient les conséquences de cette lutte interne.

Le prochain voyage de Pham Van Tra est-il le résultat d'un accord avec Pékin ou une victoire des pro-occidentaux. Appremment, Hanoi craint des représailles de Pékin, c'est pourquoi on doit se remettre à chanter des chansons repêchées des oubliettes de l'histoire, dans cette province de Quang Ninh, proche de la frontière chinois. Cela est-il suffisant pour calmer la fureur de Pékin ?  On en doute. Mais en faisant cela, que va penser l'opinion américaine et surtout des policy makers de Washington ?

A force de jongler avec le feu, le Parti Communiste Vietnamien va se brûler. Pourvu qu'il se consume et que l'incendie ne s'étende pas sur tout le peuple vietnamien.


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