A en croire les journaux vietnamiens, le lecteur a la curieuse impression que tout se passe pour le mieux au Vietnam sur le front social. A part quelques conflits de travail entre salariés et patrons étrangers, aucun média vietnamien n’a fait écho des inombrables plaintes des paysans victimes d’agissements de fonctionnaires véreux. Sous contrôle très strict du Parti communiste vietnamien, les médias au Vietnam ont reçu l’ordre de ne pas parler d’un conflit latent et grave qui oppose pourtant depuis quelques années la masse des paysans exploités au système opaque, corrompu qui règne à la campagne.
Selon les chiffres des autorités vietnamiennes : « sur les 6 premiers mois de l’année 2003, les bureaux des plaintes à Hanoi et Saigon, ont enregistrés 7964 plaintes individuelles, en baisse de 46,62% par rapport à la même période de l’année dernière, et 186 plaintes collectives, en baisse de 41%. Derrière ces chiffres, un fait mérite d’être souligné, c’est que les vietnamiens, face à la corruption généralisée, sont de plus en plus nombreux à contourner les échelons locaux pour s’adresser directement aux bureaux centraux des plaintes, et à manifester publiquement afin de montrer leur mécontentement face à l’injustice et l’oppression dont ils sont victimes. Le Journal Electronique Vietnam Net a parlé de manifestation pour désigner les cortèges de vietnamiens manifestant devant les institutions de l’Etat, les résidences des grands dirigeants alors que les discours officiels préfèrent les appeler pudiquement de plaintes collectives. Les propres aveux de M. Le^ Quang Bi`nh, responsable du Comité Aspiration du Peuple de l’Assemblée Nationale vietnamienne, selon lesquels : «les plaintes collectives organisées en cortèges avec banderoles, slogans devant les Institutions de l’Etat ou résidences des grands dirigeants au moment où le Vietnam doit faire face aux évolutions politiques importantes sont complexes à traiter et ne sont pas près de diminuer», traduisent la désorientation du Parti communiste vietnamien face à un mécontentement social grandissant qu’il a lui-même suscité, à travers les agissements de ses cadres locaux corrompus.
Face à ce mouvement de mécontentement et incapable de le résoudre, le PCV envisage avec inquiétude le spectre des soulèvements populaires tels ceux de Leipzig, Berlin, Warsaw, Budapest qui ont acculé à la chute il y a 12 ans les régimes communistes est-européens. Aussi, d’une part il ordonne aux médias de ne pas en parler, de l’autre il a recours à la répression pour dissuader les gens à manifester. Pourtant, les manifestions continuent et ce, en plein cœur de Hanoi au su et vu des journalistes et diplomates étrangers, rendant l’intervention beaucoup plus délicate pour les forces de répression du régime. D’autant plus délicat que la pression internationale s’accentue pour condamner les autorités de Hanoi pour ses violations incessantes des droits de l’homme au Vietnam. Pour ne parler que des pressions des Etats-Unis, un projet de loi conditionnant toute aide non humanitaire au Vietnam à l’amélioration tangible de la situation des droits de l’homme est en passe d’être voté par le Sénat américain.
Aussi, pour Hanoi, il est impératif de circonscrire le mouvement de mécontentement populaire sans pour autant se prêter aux critiques des pays occidentaux sur le respect des droits de l’homme. A court d’imagination, Hanoi n’a d’autres idées que de légaliser l’interdiction de manifester. Le 25/08/2003, le Parlement vietnamien est saisi d’un projet de loi visant à interdire toute plainte collective organisée en manifestation publique.
Si ce projet de loi était voté, le visiteur étranger verrait probablement proliférer à chaque coin de rue autour des résidences des hauts dirigeants des panneaux officiels «interdiction de manifester ici». Suffiraent-ils à dissuader les vietnamiens de manifester ? Rien n’est moins sûr tant le mécontentement est profond et largement répandu chez les paysans.
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