Une pensée au père Nguyên Van Ly, le soir de Noël.

Noël arrive et le père Nguyên Van Ly est seul, pour la troisième année consécutive dans le camp de rééducation de Ba Sao, au Nord Vietnam. Pourrait-il entendre les cloches d'une église comme ce fut le cas du camp de Suôi Mau, où l'auteur de ces lignes fut emprisonné, il y a plus d'un quart de siècle..

Cette nuit là, nous étions 12 à nous abriter derrière des bananiers, il y avait 3 prêtres catholiques, 3 bonzes, 4 croyants catholiques et 2 pratiquants bouddhistes. Nous étions silencieux, dans le calme de la nuit sacrée. Une petite brise agita les feuilles de bananier, nous retenions notre souffle, serait-ce une sentinelle qui nous surprit ? Puis tout d'un coup, le son des cloches lointaines arriva jusqu'à nous. Nous levâmes notre regard vers le ciel qui semblait s'illuminer, répondant aux bruits joyeux des cloches. Sans le savoir, nous nous rapprochâmes, tenant la main du voisin et formions un cercle. Une voix, d'un prêtre ou d'un bonze, s'éleva, priant pour la paix dans le monde, la liberté aux Vietnamiens. Puis nous entonnons "Il est né le divin enfant ...", d'une seule voix, catholiques comme bouddhistes, unis devant la magie du moment, les yeux remplis de larmes. Nous finissions notre chanson en même temps que le son des cloches.

Tout est redevenu silencieux, nous quittons ce monde merveilleux pour revenir dans notre triste camp d'emprisonnement. Dans le camp, où malgré l'abandon par leur hiérarchie, malgré les supplices moraux et corporels infligés par leurs bourreaux, les prêtres continuaient à se comporter dignement, à se comporter comme leur Guide, Notre Seigneur Jésus Christ. Ils vivaient pour leur Foi, pour la Justice et la Paix.

Depuis, plus d'un quart de siècle a passé. Dans le camp de rééducation de Ba Sao, le père Thaddéus Nguyen Van Ly est seul, seul depuis son arrestation le 16 Mai 2001, seul pour 15 longues années. Seul, car apparemment oublié par sa hiérarchie, oublié par l'Eglise Catholique du Vietnam qui semble avoir une mémoire courte, car elle oublie aussi les expropriations de Thiên An, celle de La Vang. Seul, en ce soir de Noël, seul pour chanter une cantique, "Gloire au Seigneur, Paix sur la Terre, ..." dans sa prison.

Mais cette solitude n'est qu'apparente, car les pères Loi et Giai viennent de temps en temps le visiter. Apparemment seul car il communie avec d'autres personnes, comme avec les pasteurs de l'Eglise Protestante du Vietnam, ou avec les bonzes de l'Eglise Bouddhique Unifiée du Vietnam, qui sont chacun isolés dans leur résidence, par le pouvoir qui a peur de leur courage. Apparemment seul seulement, car s'il se mettait à chanter en cette nuit de Noël une cantique, de la prison d'autres voix vont sûrement s'élever pour l'accompagner, comme celle de Lê Chi Quang ou de Nguyên Khac Toàn. Apparemment seul car il est connu dans le monde entier qui le supporte dans sa quête de la Justice, dans son oeuvre pour la Paix, comme c'est le cas du Conseil des Evêques Allemands qui exigent sa liberté auprès du pouvoir communiste vietnamien. Des évêques allemands qui avaient bien retenu la leçon donnée par le Seigneur Jésus Christ, leçon citée dans l'Evangile de Saint Mathieu : ne pas oublier quelqu'un dans le malheur, c'est ne pas oublier le Seigneur.

En cette nuit de Noël, pensons à tous ceux qui luttent pour la liberté au Vietnam, pour la Justice, pensons au père Nguyen Van Ly, pensons à Lê Chí Quang et aux autres.    

Jean Tran Duc


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[Documents]       [Communiqués de Presse] mis à jour le 01/01/2004