"C'est un jugement inique, insensé et inhumain". Ce sont les paroles de Mme Bui thi Kim Ngan, épouse de Mr Nguyen Vu Binh, 35 ans, lors de l'annonce du verdict du Tribunal Populaire de la ville de Hanoi. Le Parti Communiste a décidé de tenir cette assise le 31 Décembre, espèrant ainsi éviter les réactions et surtout les condamnations d'un acte odieux par la communauté internationale. Même la radio officielle ose à peine mentionner ce crime de la justice vietnamienne en annonçant brèvement : Nguyen Vu Binh a été condamné à une peine de 7 ans de prison suivis de 3 ans de résidence surveillée pour crime d'espionnage. C'est au moins le quatrième cas d'espionnage jugé au Vietnam depuis un an, c'est à croire que le Vietnam est infesté d'espions. Mais en fait ces jugements nous rappellent le bon vieux temps de Brejnev en Union Soviétique où tous les démocrates sont condamnés pour des crimes fictifs.
Revenons au tribunal où selon la radio officielle s'est tenue une séance publique, c'est-à-dire, dans le langage des communistes vietnamiens, que la femme du présumé coupable et elle seule peut assister. Tous les autres, proches de l'accusé et surtout représentants de la presse étrangère et des ONG, se sont vus interdits d'accès. Selon Mme Ngan, la femme de l'accusé, l'audience a commencé à 8 heures. Tout est bouclé très rapidement comme dans une farce dramatique et le verdict est tombé à 10h30. Les 3 avocats de la défense ont quand même eu quelques petites minutes pour démontrer qu'il n'y a pas eu acte d'espionnage. Mais comme cela se passe dans les tribunaux de Hanoi, tout avait été décidé d'avance, le jour de l'audience c'est pour passer le temps. D'ailleurs dès le début, le ton fut donné, le tribunal a rappelé à Mr Nguyen Vu Binh qu'il n'a le droit de parole que pour répondre aux questions même pendant les discussions. En quoi, Mr Binh fait un petit commentaire : "C'est aujourd'hui que je comprends que le terme discussion, selon vous - communistes vietnamiens - signifie uniquement répondre".
Mr Binh travaillait pour la revue "Communiste". En Septembre 2000, il a fait une demande pour créer un parti polique, puis en Septembre 2001 il adhère au "Mouvement contre la Corruption" ce qui lui vaut plusieurs journées d'interrogation par les servies de Sécurité. Il faut dire que le Parti Communiste prône une lutte d'anti-corruption mais ne veut surtout pas que qui que ce soit y participe. En Mai 2002, il publie un article intitulé "Les problèmes de la frontière sino-vietnamienne". En Juillet 2002, il envoie un communiqué sur la situation des Droits de l'Homme au Congrès américain à la demande de celui-ci. Ces deux derniers articles sont probablement les gouttes qui débordent du verre d'où son arrestation le 5 Septembre 2002 pour "espionnage".
Depuis cette date, c'est-à-dire depuis 15 longs mois, Mme Ngân, son épouse n'a pas pu le rencontrer. Et le jour de l'audience, les forces de police l'ont empêchée de s'apporcher de son ami, elle n'a pu que lui crier à travers les rangées de policiers en uniforme et en civil : "Il faut que tu sois fort, ta famille sera toujours à côté de toi, comme tous nos a mis. Il faut que tu fasses appel car le jugement est odieux et inhumain". Inhumain car depuis 15 mois, Mr Bình n'a pas le droit de visite de sa famille, et à la fin de l'audience, il n'a même pas le droit d'embrasser ses deux enfants pour leur dire au revoir. D'ailleurs son fils a couru désespèrement derrière le fourgon dans l'espoir de voir, fut-ce fugitivement, son père. Mais ce fut en vain.
C'est peut-être la première fois que les journalistes étrangers ont assisté à un tel acte de barbarie, pourant chose assez commune de la part des communistes vietnamiens. Ils n'ont pas assisté à l'audience mais ils ont vu les policiers en uniforme et en civil bousculer, maltraiter les proches et les amis de Mr Bình qui se massent anxieusement devant le tribunal en attente du verdict. Le porte parole du ministère des Affaires Etrangères américain a immédaitement réagi : Nous condamnons Hanoi pour ce verdict inique et exige sa libération immédiate. En raison des fêtes du Nouvel An, le gouvernement français est resté muet devant cette odieux manquement aux Droits de l'Homme alors la France se targue d'être à l'avant poste pour la protection de ces mêmes Droits.
Espérons pour Mr Bình que les Français finissent enfin à se voiler la face et que les Américains passent vraiment à l'acte.
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