Le coeur joue un rôle très important chez les bouddhistes, car c’est le coeur qui dirige les actes, et qui crée le dharma. Quand on arrive à purifier le coeur, on peut atteindre le nirvana. Mais ce n’est pas facile, car l’ego chez l’être humain est toujours trop puissant. L’ego empêche que le coeur soit libéré, c’est pourquoi Bouddha considère que le plus grand danger pour l’Homme c’est son ego. Quant à la plume c’est la manière dont l’homme transmet ses pensées. Un écrivain utilise sa plume non pour en faire un gagne-pain mais pour exprimer son coeur.
Mais aujourd’hui ce n’est de la philosophie dont nous allons discuter. Mais si nous abordons aujourd’hui ce sujet, c’est parce que le 3 février dernier Hanoi vient de distribuer les prix aux journalistes vietnamiens. Plus exactement si nous abordons ce sujet c’est parce que, dans son discours d’inauguration à cette cérémonie, Nguyen Van An, le président de l’Assemblée nationale du régime communiste vietnamien, a recommandé aux journalistes d’avoir "le coeur pur et la plume vaillante pour exprimer la vérité d’une manière intelligente en cette période de modernisation du pays". Ce sont ces paroles qui font sursauter. Car Nguyen Van An est le numéro 4 du parti communiste vietnamien, donc du régime. Il dirige un parterre de communistes haut gradés, membres de l’Assemblée générale, élus pratiquement à une majorité écrasante car il est interdit à d’autres de se présenter. Et sous ce régime, les journalistes ont toujours été considérés comme des serviteurs zélés du régime et qui n’ont le droit d‘écrire que ce que le parti leur ordonne d’écrire.
Dilemne pour les journalistes. Comment écrire la vérité, avec un coeur pur quand on suit les instructions du parti et quand la première critque amène tout droit à la prison ou le camp de concentration ? Partout il y a la corruption, mais les journalistes ne peuvent pas en parler, sauf si les corrompus appartiennent à un rang inférieur du parti.
Certains journalistes pensent, dans leur for intérieur, que Nguyen Van An faisit de l’humour. Car comment avoir le coeur pur quand le parti cherche à dissimuler tout, quand on n’a pas le droit d’être impartial ? Quand on ne peut pas critiquer ou même discuter de l’utopie marxiste, quand on ne peut que broder des louanges sur le léninisme que le monde entier rejette depuis plus d’une décennie. Comment avoir le coeur pur quand l’accès aux informations est interdit, que les fierewalls sont installés partout ? Comment avoir la plume vaillante quand à la première écriture du mot démocratie on se voit accusé d’espionnage à la solde des impérialistes ?
Les journalistes vietnamiens sont nombreux et nombreux aussi sont ceux qui ont osé "avoir le coeur pur et la plume vaillante" car nombreux sont les victimes de la répression communiste contre les écrivains, comme Pham Que Duong, Nguyen Vu Binh, Pham Hong Son, etc... qui sont actuellement en prison ou sous résidence surveillée comme Hoang Minh Chinh, Hoang Tien, Nguyen Thanh Giang.
Pourtant, si tous les journalistes vietnamiens se mettent à appliquer les recommandations de Nguyen Van An, "avoir le coeur pur, et la plume vaillante", bientôt le parti communiste vietnamine ne serait plus qu’un souvenir au Vietnam.
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| [Documents] | [Communiqués de Presse] | mis à jour le 26/03/2004 | |