La chaîne
Arte a diffusé
le Dimanche 5.3.2004 un reportage de Laurence Jourdan sur "les
femmes oubliées de la piste Ho Chi Minh", reportage qui a
beaucoup ému et révolté les téléspectateurs.
Ce
reportage nous ramène 40 ans en arrière dans les années 60, ou
la propagande communiste pour une guerre de "libération
du Sud VN" battait son plein. Les jeunes gens et jeunes
filles du Nord VN, étaient enrôlés par milliers pour constituer une armée de
jeunes volontaires, destinée
à construire
et à entretenir une
voie qui court, le long de la Cordillère Annamitique, à travers la jungle
depuis Thanh Hoa au Centre VN jusqu'au sud VN, voie connue sous le nom de piste
Ho Chi Minh. Cette piste, en réalité, est constituée d'un réseau routier de
20000 km de long et de 3 m de large, ou pouvaient
circuler les tanks et les camions militaires.
Ce
reportage était réalisé l'année dernière, c'est à dire 28 ans après la
guerre. Le sujet traité concerne cette armée fémine de 150000 volontaires basée
le long de la piste HCM. Portées au front en 1965, en pleine force de l'âge,
les jeunes filles épanouies de l'époque, sont actuellement devenues des femmes
aux alentours de 60 ans, solitaires, meurtries et désabusées. Ces
vieilles femmes relatent leurs vies pleines de danger, d'embuches, quand elles
remplissaient leurs missions sur cette piste stratégique ou pleuvaient des
milliers de tonnes de bombes. Après chaque bombardement, laissant des milliers
de trous, de cavernes, sous les flammes encore rougeoyantes et à travers des
rideaux de fumées
épaisses, des troupes de jeunes filles basées aux alentours,
se tenaient prêtes avec leurs pioches, leurs bêches pour réparer les dégâts,
combler les trous, rendre de nouveau praticable la piste.
A côté
des dangers de la guerre, faisant des blessées et des morts, il faut encore
compter avec la maladie qui les guettait : la malaria, les infections, et
surtout les troubles psychologiques.
Mais
malgré toutes ces souffrances endurées sur la piste, ce qui les avait le plus
marqué c'est leur retour au bercail au bout de 4 ou 5 années d'engagement...
Au lieu d'être
accueillies comme des héroines, elles ne rencontraient que l'indifférence
sinon de la répulsion et de la suspicion. Marquées par la maladie,dénutries,
vieillies avant l'âge, Elles étaient
tenues à l'écart comme des pestiférées. Elles n'arrivaient pas à
fonder une famille faute d'hommes, tous les valides étaient partis ou décédés.
Vivant dans la hantise d'être seules dans leur viellesse, ravalant leur fierté
et leur moralité, acceptant d'être dans l'illégalité elles cherchaient par
tous les moyens, même moyennant finance pour avoir un enfant avec des inconnus.
Elles menaient ainsi une existence misérable, cachée, honteuse avec leur
enfant, sans aucune aide jusqu'en 1986, 11 ans après la guerre, date à
laquelle la
loi reconnaît les mères célibataires.
Ces
femmes de l'armée volontaire ont tout perdu. On les a affublées d'un 5 zéro :
0 mari, 0 enfant, 0 parent, 0 demeure, 0 statut. le 0 statut est le plus
terrible, car considérées comme des volontaires, elles ne bénéficient pas de
statut de retraité militaire, Le parti de la jeunesse communiste les a ignoré
complètement, peut être parce ce qu' elles ne sont plus jeunes. Il a fallu
attendre jusqu'en 1997 pour que le gouvernement adopte un statut pour ces femmes
pitoyables.
Même
reconnues actuellement par le gouvernement, ces femmes
oubliées de la piste HCM sont les grandes perdantes. La condition féminine
au VN pendant la guerre
ou après la guerre
reste toujours à désirer, il reste encore beaucoup à faire.
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| [Documents] | [Communiqués de Presse] | mis à jour le 26/03/2004 | |