Les autorités vietnamiennes jouent a un jeu dangereux sur les hauts plateaux

Les régions des hauts-plateaux, au centre du Vietnam, viennent de connaître une nouvelle poussée de fièvre. A l'instar de ce qui s'est passé début 2001 où les minorités ethniques des provinces Dak Lak, Gia Lai, Kon Tum ont marché sur les capitales régionales Buon Ma Thuot et Pleiku afin de demander la restitution de leurs terres tribales ainsi qu'une plus grande liberté religieuse. Mais cette fois-ci, les choses semblent plus sérieuses car pour la première fois, des affrontements ont eu lieu entre les minorités ethniques et les Kinh, vietnamiens de souche.

Dès le 10 avril 2004, c'est à dire le 1er jour des affrontements, les agences de presse comme AP, Reuters, et la radio BBC ont relayé des informations à partir des témoignages fiables recueillis par téléphone. Selon les témoignages, une large foule, peut-être quelques milliers de villageois montagnards, s'est rassemblée à Buôn Ma Thuôt avec leurs tracteurs et parfois des outils agricoles pour réclamer la même chose qu'en 2001. La police vietnamienne était débordée et l'armée a été appelée à la rescousse. Les autorités ont dispersé la foule à coup de grenades lacrymogènes, le canons à eaux, de matraques électriques. Des témoins ont même rapporté que des chiens policiers ont été lancés à la poursuite des manifestants dans les plantations de café à la périphérie de la ville. Les affrontements ont dégénéré et les saccages ont eu lieu dans les rues de Buôn Ma Thuôt. Les journalistes occidentaux auraient bien voulu se rendre sur place pour faire leur travail mais les autorités vietnamiennes leur ont interdit l'accès à ces régions. La compagnie aérienne vietnamienne avait également reçu la consigne de ne pas vendre des billets à destination des hauts-plateaux à tout ressortissant étranger, y compris les journalistes, preuve que le régime communiste cherche à cacher quelque chose.

Le 12 avril 2004, Lê Dung, porte-parole du ministère des affaires étrangères vietnamiennes a réuni la presse pour réfuter les accusations des organisations de défense des droits de l'homme comme quoi le régime vietnamien a réprimé dans le sang les manifestations. Le 18 avril, comme s'ils avaient reçu une consigne d'en haut, les médias vietnamiens se sont mis à relayer massivement les nouvelles sur les manifestations, alors qu'ils se sont abstenus de toute information sur ces événements durant une semaine entière.

Et curieusement, les médias vietnamiens livrent grosso modo la même interprétation des faits, à savoir que [je cite] "les manifestants ont été encouragés par des organisations criminelles basées à l'étranger pour commettre des actes de rébellion envers le pouvoir central". En premier ligne de mire des autorités communistes : la Fondation des Montagnards basée au Etats-Unis dont le chef se nomme Kok Ksor. Le seul bilan officiel disponible rapporte que 80 policiers ont été blessés dans les affrontements et que 2 manifestants sont décédés, l'un suite à [je cite] "des jets de pierre en provenance des autres manifestants", et l'autre "écrasé par un tracteur des rebelles". Aucun autre chiffre ne sera communiqué par les autorités vietnamiennes et le vrai bilan ne sera sans doute jamais connu.

Par ailleurs, le fait est que durant les affrontements, des policiers habillés en civil ont organisé des expéditions punitives contre les manifestants montagnards est un jeu dangereux. Car ce jeu peut amener à créer des tensions injustifiées entre les minorités ethniques et la population vietnamienne qui vivent pourtant en harmonie dans cette région depuis des centaines d'années.

Le 18 avril comme pour enfoncer le clou, Pham The Duyet, président du Front National du Viet Nam, une organisation satellite du Parti Communiste Vietnamien, a déclaré à la télévision d'état que [je cite] "les villageois montagnards étaient des gens simples, qu'ils ne se seraient jamais livrés à des tels actes s'il n'y avait pas ces organisations criminelles à l'étranger qui cherchent sans arrêt à déstabiliser le pays en les encourageants à la révolte." Il a reconnu que dès le 1er jour des troubles, des centaines de personnes ont été interpellées mais que la majorité d'entre elles sont désormais libres. Restent emprisonnées quelques personnes qui seront jugées ultérieurement. Questionné sur le fait que les médias vietnamiens ont observé un black-out total sur ces événements durant une semaine, Pham The Duyet a répondu qu'il faut parfois du temps pour vérifier les informations et qu'il y a des situations où il ne faut pas se presser pour relayer les nouvelles. Il aurait pu aussi bien dire qu'il faut du temps pour que le Parti Communiste donne ses consignes aux journaux pour savoir quelle version des événements faut-il diffuser.

Tran Duc
22/04/2004


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[Documents]       [Communiqués de Presse] mis à jour le 24/05/2004