DEMOCRATISER LA CAMPAGNE, UNE NOUVELLE PREOCCUPATION
DU PARTI COMMUNISTE VIETNAMIEN (PCV)

Song Nguyen

Faisant suite au Congrès de la Confédération Générale des Travailleurs du Vietnam (syndicat officiel) du 5 novembre dernier, le PCV vient d’organiser à Hanoi le l9 novembre 1998 le Congrès des Agriculteurs, sous le slogan "démocratisation de la campagne". Quoique les deux congrès aient été organisés suivant le cycle quinquennal, ceux de cette année ont porté tous les deux un certain nombre de facteurs stratégiques à l’égard du Parti Communiste Vietnamien (PCV) alors que ce dernier s’apprête à "réexaminer" les bases fondamentales des argumentations sur les problèmes des classes ouvrières et paysannes qui seront analysées au cours de la 7ème Plénum du Comité Central du Parti au mois de juin 1999.

Comme les autres Partis communistes, le PCV se reconnaît être la force d’avant-garde des deux classes ouvrières et paysannes. C’est pourquoi, toutes activités, y compris les fonctions sociales de ces deux classes doivent être sous le contrôle du parti passer dans le cadre du Parti. Cependant, depuis 1988, lorsque le PCV, suivant l’exemple de la Chine, a adopté la politique d’auto-gérance, c’est-à-dire abolir tout système de subvention et de centralisation visant à sauver l’économie de la faillite, l’action à l’intérieur des deux classes ouvrières et paysannes a subi des changements. Le changement le plus évident vis-à-vis des ouvriers est qu’ils ne "dépendent" plus des entreprises étatiques comme avant, ils peuvent demander à travailler dans les entreprises privées ou en joint venture, avec un salaire plus élevé et une sécurité plus garantie, sans avoir besoin de participer aux organisations syndicales de l’état. En ce qui concerne les paysans, jusqu’en l988, ils furent complètement contrôlés par le système des coopératives, repaires des notables corrompus de la section locale du Parti. Lorsque la décision n°10 du Parti a été publiée, elle a reconnu aux paysans le droit de louer les rizières des coopératives pour son exploitation ; en même temps, la Loi Agraire de 1993 confirmant les 5 avantages des exploitants terriens, tels que les droits de changer, de céder, de louer, d’hypothéquer, d’hériter, a changé la vie des paysans. Ces changements ont engendré des évolutions dépassant les prévisions de Hanoi par comparaison avec les forces ouvrières et en train de devenir la "préoccupation" majeure du comité central du Parti, après une série de soulèvements paysans depuis début 1997 jusqu’à ce jour. Cette préoccupation prend source à partir de deux raisons:

- la base de protection du Parti à la campagne a été déracinée par le mode de vie communale selon l’ancienne tradition qui commence à se rétablir ;

- le manque d’équité dans le développement entre la campagne et la ville a engendré l’origine des instabilités de plus en plus grandissantes à la campagne.

C’est ainsi que, immédiatement après le Congrès des Agriculteurs, le bureau politique du PCV a publié une décision ayant pour titre "Concernant un certain nombre de problèmes de développement agricole et rural", afin de mobiliser le Parti pour faire face aux problèmes ruraux actuels. Parmi les six mesures prises par le bureau politique et mentionnées dans cette décision, deux d’entre elles méritent l’attention :

- assurer la sécurité alimentaire nationale dans toute situation. Améliorer pas à pas l’organisation et la qualité des repas en vue de satisfaire aux critères de la nutrition ;

- bien réaliser le statut démocratique, garantir la stabilité politique et sociale, unir la campagne.

En observant ces mesures, nous constatons que les deux préoccupations du comité central du PCV ne sont pas sans fondement. Pourquoi ?

La campagne est l'endroit où vivent et produisent plus de 80% de la population vietnamienne. Par ailleurs, dans le cadre d’un pays arriéré, pauvre, où le niveau d'instruction n’est pas encore très développé, le problème alimentaire reste toujours la nécessité la plus importante pour la majorité des Vietnamiens. Les deux facteurs, caractérisés d’une part par la préoccupation des paysans et d’autre part par cette alimentation importante à tout le monde, constituent l’objectif que Hanoi cherche à tout prix à contrôler, en vue d’établir et consolider le contrôle de la dictature du prolétariat sur l'ensemble du pays. D’autre part, le régime a aussi utilisé la force humaine paysanne dans les guerres d’expansion de sa doctrine, et, plus important encore, il a posé la base d’un système de contrôle du Parti à la campagne lorsque la dictature a été établie. Ainsi, sa politique agricole depuis des décennies consiste à détruire tout système de valeur comme tous les fondations et dispositifs en activité depuis des générations par la soi disant "réforme agraire" ou "collectivisation de l’agriculture" dans le passé. Parallèlement, afin de contrôler le peuple, le PCV doit de plus contrôler la source de fourniture alimentaire à partir de la campagne et s’emparer de la compétence de distribution de nourriture à chaque habitant du pays. C’est pourquoi, pareillement à la Chine, le PCV a considéré la campagne comme le premier secteur où l‘économie socialiste fut mise en application, en visant à exproprier le peuple de leurs terres et lui enlever tous les moyens de production par le biais des coopératives. En même temps, il a supervisé les domaines de distribution alimentaire grâce au système de taxes et d’achats forcés des produits agricoles (riz, arbres fruitiers et industriels…). Le but principal du régime fut de détruire tous droits du peuple à la propriété sur ses terres, et plus important encore, détruire toute possibilité du paysan d’exploiter les profits de ses cultures, pour qu’il vive toujours aux dépens du Parti et des coopératives qui distribuèrent tout.

Avec une telle politique agricole, non seulement le PCV n’a pu obtenir les résultats escomptés, mais elle provoque encore des retards dans ce domaine, entraînant la chute incessante de l’économie tout entière ; des fois il manqua gravement de nourriture dans tout le pays. En 1988, le PCV a desserré le contrôle : l’agriculteur, n’ayant plus besoin de participer aux coopératives, a le droit de louer à long terme les rizières dont il était propriétaire dans le passé pour cultiver et payer les impôts selon un certain pourcentage. Cette mesure a amélioré la vie rurale et rétabli l’économie agricole du Vietnam. Cependant, en même temps avec ces améliorations, apparurent un certain nombre d’illogismes qui restreignirent le pouvoir du PCV sur les activités rurales.

- Premièrement, lorsque le Parti relâche son contrôle, le paysan retourne vers le système de vie traditionnelle du passé qui marque encore profondément les communes vietnamiennes. Ce faisant, le peuple a fait revivre les relations entre les familles du lieu et a ainsi indifféremment simulé l’ignorance des dispositifs imposés d’une façon mécanique et totalitaire par les comités du Parti des régions rurales. Si, dans le passé, le paysan eut peur des secrétaires du Parti ou des présidents de coopérative, de nos jours, il leur accorde très peu d’importance par rapport à son "chef de village" ou son chef de famille. De ce fait, tous les ordres et instructions du Parti n’ont plus de caractère absolu. C’est là le premier illogisme qui déracine le système du Parti.

- Deuxièmement, en dépit d’une certaine amélioration du niveau de vie dans les zones rurales, une inégalité grandissante s’est installée rapidement entre les villes et la campagne, intensifiant ainsi la séparation entre riches et pauvres. Plusieurs villages restent encore à l’état des premières années du siècle, infiniment arriérés et ignorant tous les progrès de la civilisation. Particulièrement, il existe des endroits où les problèmes de santé, d’éducation publiques ne sont jamais abordés. La vie à la campagne est très inférieur de celle à la ville. Pendant ce temps, le paysan constate que le rapport entre la vie des paysans et des citadins manque d’égalité, un fait qui se manifeste très clairement dans l’édification des infrastructures : les citadins n’ont pas à payer plusieurs sortes de contributions, alors que les paysans en paient beaucoup, même de 20 à 30 catégories de taxes dans certains endroits pour les soi-disant "industrialisation et modernisation", mais une grande partie des fonds provenant de ces taxes est empochée par les cadres, ce qui provoque la colère et le mécontentement des paysans vis-à-vis des organismes du Parti. C’est la deuxième raison qui conduit à l’instabilité sociale.

- Troisièmement, ce n’est pas à force de rénover l’économie et améliorer l’existence que tout devient stable comme l’a préconisé le PCV, au contraire, ces rénovations et améliorations ont encore engendré des retards pour la société. A présent, le PCV ne se contente que suivre la voie de la rénovation économique s’orientant vers l’économie de marché, alors qu’au point de vue politique, il s’obstine à garder un pouvoir absolu. De cette réforme à demi mesure, naissent deux phénomènes "injustice sociale" et "activité antidémocratique" conduisant au vaste mouvement de plaintes et d’accusations de la part des paysans. D’après Hanoi, la majorité des plaintes s’est centralisée dans un nombre de cas:

a) injustice dans la distribution des rizières;
b) les possesseurs des terres réquisitionnées ne sont pas dédommagés à la juste valeur de ces dernières ;
c) arrestations arbitraires ;
d) trop de contributions financière dépassant la limite supportable des habitants ;
e) les recettes et dépenses sur les fonds versés par les habitants ne sont pas officiellement justifiées ;
f) abus de pouvoir conduisant les cadres à voler les deniers publics;
g) cadres arrogants, menaçants, opprimant les paysans…; ces perversités sont issues du système politique féodale et totalitaire du Parti. C’est la troisième absurdité qui mène à la pression de démocratisation des zones rurales.

Parmi ces trois illogismes, le problème de démocratisation rurale est le plus ardu pour le comité central du Parti. Mais si Hanoi ne le réalisait pas, il rencontrerait des difficultés à l’intérieur du Parti. Le Kha Phieu a parlé de ce problème dans son discours au Congrès des Agriculteurs en ces termes : "La réalisation des organismes démocratiques à la campagne est actuellement un besoin pressant pour créer la force motrice du développement et garantir la paix et l’union dans la zone rurale". Les propos de Le Kha Phieu montrent que le régime redoute beaucoup des soulèvements des paysans qui, d’une part nuisent à la sécurité politique et d’autre part, mine l'autorité du Parti. Lorsque la campagne est déstabilisée, ce qui signifie que l’opposition paysanne est devenue forte, on produira le riz sans le vendre à l’état, provoquant ainsi une pénurie de nourriture qui amène le désordre dans tout le pays. C’est en prévoyant cette perspective que Hanoi s’est occupé à la fois des dispositifs démocratiques et de la sécurité alimentaire.

En résumé, après dix ans de mise en application de la politique de réformes agricoles, de 1988 à 1998, afin de sauver le pays de la crise économique, Hanoi commence à "se sentir fatiguée" avec sa thèse "Ouvrir en économie, serrer en politique". A présent, elle apprend à résoudre le problème de "resserrer le contrôle en politique" en appelant à l’établissement des dispositifs de démocratisation à la campagne. Le fond du problème ici est quelle sera la teneur du plan de

Paris, le 11/01/1999
Alliance Vietnam Liberté

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