LES INFLUENCES DE LA CRISE
FINANCIERE MONDIALE |
Tran Trong Nghia
Au début de lannée 1998, Hanoi a avancé plusieurs raisons pour se tranquilliser et tranquilliser les autres que linfluence de la crise financière et économique de la région naurait pas eu lieu ou naurait pas été grave sil y en avait eu une. La brutale réalité de la situation économique du Vietnam à la fin de 1998 a prouvé le contraire et Hanoi se trouve actuellement dans un état très critique. Depuis un an, les institutions financières internationales lont mise au courant du danger dans lequel elle sest engagée, lui recommandant de réformer depuis la conception jusquà lorganisation et la gestion de lappareil harmonisant léconomie nationale afin de sortir du danger. Au début, Hanoi avait pensé pouvoir suivre la voie "dictatoriale" de la "doctrine asiatique", du modèle des Suharto, Mahathir, Lee Kuan Yew ..pour devenir lun des "tigres" du secteur de développement lié au "miracle économique". Même lorsque les pays concernés ont payé un prix digne de mérite pour leur développement économique anti-démocratique, Hanoi sest agrippée encore aux rêves quelle a pris pour des réalités. A présent, ces réalités, entraînées dans la tendance à la globalisation, se précipitent sur le pays et commencent à agir fortement sur léconomie déjà fragile du régime.
Sans être particulièrement un économiste, lhomme du peuple peut aussi simaginer les conséquences malheureuses de cette crise régionale sur notre pays. Lorsque les vagues de la crise se répercutent sur les rives du Vietnam, elles sont encore plus violentes, à cause de la faiblesse, de lincompétence et notamment de lobstination des dirigeants du pays. Ces influences néfastes ne se limitent pas seulement au domaine financier, économique, mais elles sétendent encore dans dautres domaines de la vie du peuple.
Influence financièreLa stabilité économique, sociale dun pays, notamment des pays en voie de développement, dépend de celle de la monnaie, directement liée à la vie de la masse du peuple. Dans la simple réflexion de lhomme du peuple, la baisse de la valeur monétaire prouve la faiblesse du gouvernement, fait monter le coût de la vie et la réaction qui sensuit de la part des habitants est la spéculation, le stockage des marchandises, comme aussi les devises fortes, les pierres précieuses, pour assurer leurs biens. Après 1975, la population a déjà eu beaucoup dexpériences avec les différents échanges forcés de monnaies, une sorte de vol brutal de lEtat, ce qui provoque dorénavant sa méfiance à légard du système bancaire, et cest là la cause de léchec de la mobilisation des capitaux intérieurs depuis des décennies.
Dans le commerce extérieur, la monnaie à valeur élevée peut momentanément augmenter les recettes grâce aux exportations et aux services. Cependant, peu de temps après, elle amènera des résultats contradictoires, du fait que les produits à prix élevés ne peuvent pas concurrencer ceux des autres pays. Hanoi avait été tiraillée entre les deux pressions contraires, pour ou contre la dévaluation de la monnaie vietnamienne : dune part, adoptant les recommandations des institutions financières internationales, les groupes des techniciens avaient penché pour une dévaluation de la monnaie, alors que, dautre part, redoutant un surcroît de perte de confiance de la population, les dirigeants politiques du Parti communiste avaient opté pour un non-changement de la valeur monétaire. Après tant de peine pour persuader les gens du Bureau politique, ne pensant quau pouvoir mais restant très ignorants en ce qui concerne léconomie de marché, le Premier ministre Phan Van Khai a déclaré une baisse de la valeur du dong de 5,29% le 16.01.98, une mesure jugée trop tardive et ne répondant pas à la situation par les économistes internationaux présents au Vietnam. A ce moment, le taux officiel est fixé par lEtat à 11.800 dongs pour 1 dollar, au lieu de 11.175 comme auparavant, avec, en même temps, une marge de variation de 10% en plus ou en moins autour de ce taux. En réalité, au marché noir , déjà le taux varia entre 13.150 et 13.800 dongs pour un dollar. A la fin du mois daoût dernier, confrontée à la pression du marché, Hanoi doit encore dévaluer la monnaie de 9,1%, avec un taux officiel de 12.998 dongs pour un dollar, et le taux au marché noir, encore une fois, monte jusquà 14.350 dongs.
Selon les milieux bancaires étrangers basés au Vietnam, le taux de la monnaie vietnamienne avait été, dans le passé, fixé bien au dessus de sa valeur réelle. Les mesures de dévaluation venant dêtre prises par Hanoi, ne sont que la régularisation de sa valeur réelle, mais elles ne permettent pas de faire face à la crise financière du Sud Est asiatique en train de se précipiter sur le pays. Ces milieux estiment que Hanoi doit dévaluer sa monnaie de 40% pour pouvoir affronter la grave situation actuelle. A présent, les réserves en devises étrangères des banques sont épuisées, car dune part, les habitants rivalisent les uns avec les autres pour garder leurs dollars, et dautre part, le niveau du tourisme, de linvestissement, de lexportation baisse gravement.
Influence économiqueDans ce domaine, Phan Van Khai a résumé les maux en ces termes :"La crise économique régionale a provoqué des actions très défavorables au processus de développement économique de notre pays, surtout plus lourdement et plus directement en ce qui concerne lexportation, linvestissement, les recettes et les dépenses du budget". Il a avoué, lors de la Réunion nationale des Conseils et Comités du Peuple, que, dans les neuf premiers mois de 1998, la cadence de la croissance économique a subi une baisse sensible dans des sphères importantes ; le pouvoir dachat social ainsi que le marché des exportation, particulièrement le marché régional du Sud Est asiatique et de lAsie, sont restreints ; la mobilisation des capitaux pour développer linvestissement a rencontré des difficultés, alors que linvestissement étranger a chuté fortement
Lexportation du pays vise essentiellement les marchés de lAsie et du Sud Est asiatique, plus concrètement les pays de lASEAN que la tempête financière de lannée dernière a transformés en région sinistrée. De ce fait, quoique la quantité de marchandises exportées naient pas beaucoup diminué, les rentrées de devises ont subi une vraie baisse. Selon les chiffres officiels, fournis par le Premier Ministre, le prix de toutes les marchandises exportées a baissé, de 37,2% pour le caoutchouc, de 17% pour les produits de la mer, de 12,9% pour les tissus dhabillement. Ne pouvant exporter et obligée déconomiser les devises, Hanoi se doit de limiter limportation de marchandises. Mais, déjà, cette baisse du commerce extérieur a fait perdre au budget une recette de taxes dimportation et dexportation de lordre de plusieurs milliards de dongs.
Pour linvestissement, à cause des difficultés caractéristiques du régime et de la crise financière qui émerge, Hanoi a aussi reconnu une baisse dangereuse. Daprès PhanVan Khai, "linvestissement direct étranger a régressé fortement : en 1996, les capitaux ont atteint 2,3 milliards de USD, en 1997, 2,84 milliards de USD et en 1998, le chiffre prévu sélève à 1,7 milliards de USD". Toutefois, selon les spécialistes internationaux, linvestissement étranger au Vietnam se monte à environ 1 milliard pour 1998, soit une chute de plus de 50% par rapport à 1997, tandis que les capitaux prévus pour 1999 se chiffrent à environ 500 millions seulement. Les conséquences de la régression de linvestissement ont obligé Hanoi à reporter à plus tard plusieurs travaux de construction et de production.
Malgré tant de signes annonçant un effondrement économique, Hanoi sest obstinée, au début de lannée 1998, à fixer un critère de croissance au dessus de 8%. Tout récemment, les chiffres en baisse ont attiré son attention, mais elle a toujours songé à un critère de 6,1% à 6,3% ; enfin, Phan Van Khai vient dannoncer que des ajustements doivent être effectués sur plusieurs problèmes, dont le critère de croissance ramené à 6% .
Influence socialeLes influences de la crise financière a affaibli léconomie, diminué lexportation et linvestissement étranger et obligé le régime à ajourner un certain nombre de travaux de construction. Comme conséquence immédiate, une main duvre de dizaines de milliers de travailleurs sest retrouvée sans emploi, le chômage va sétendre sur tout le territoire et la misère va peser lourdement sur les travailleurs non seulement dans les villes où sont centralisées les bases industrielles, mais aussi dans les campagnes qui produisent le plus grand nombre de marchandises exportées. Les maux sociaux, non encore neutralisés, deviennent plus graves et plus pressants avec le chômage. A remarquer que les autorités communistes vietnamiennes ont avancé un certain nombre de mesures visant à résoudre le chômage. Ces dernières ont été exposées par Phan Van Khai à lAssemblée nationale à la fin doctobre1998 comme suit :"Encourager le développement des branches et des implantations utilisant beaucoup de travailleurs, notamment les moyennes et petites entreprises ; bien organiser lemploi des travailleurs dans lexploitation des régions incultes, des régions montagneuses et des collines dénudés ; sur des bases garanties en qualité et en compétition dans le travail, employer positivement la main duvre humaine à la place des machines dans les constructions fondamentales, notamment les travaux dédification de linfrastructure ; développer et réaliser une politique dexportation de la main doeuvre". Autrement dit plus brièvement :"Envoyer les chômeurs travailler dans les forêts et les montagnes, employer la main duvre à la place des machines et vendre la main duvre vietnamienne à lextérieur du pays". Personne naurait pensé, en cette période terminale du 20ème siècle, à de telle mesures de la part des dirigeants de ce pays. Il ne sagit plus ici de dispositions pour "lindustrialisation et la modernisation" comme le Parti la souvent prôné, mais plutôt pour faire retourner le peuple vietnamien à un "état arriéré et desclavage".
Les conséquences néfastes de la crise sont devenues dautant plus graves en raison de la cupidité de lappareil gouvernemental. La souffrance du peuple est à son comble, face aux cadres et membres du Parti qui, confrontés aux diverses difficultés engendrées par ces conséquences, cherchent à exploiter les masses encore plus durement dans leurs dernières opérations de rafles.
ConclusionLe monde a bien vu que la raison principale de la crise régionale économique et financière est le manque dune vraie démocratie. Dans le plan élaboré par Hanoi pour affronter la situation jusquà fin 1999, on ne voit absolument aucun élément abordant le problème de la démocratisation du pays. La politique de rénovation à la manière de Hanoi, même renforcée jusquau plus haut point, nest certainement pas capable de faire face aux épreuves que nous venons dexposer. Dans les pays atteints par la crise et dans dautres pays avancés, les influences de cet événement vont se prolonger et sétendre sur plusieurs années, quoiquil ils aient déjà remanié leur appareil gouvernemental et avancé plusieurs mesures de démocratisation. Hanoi, avec sa stratégie économique constituée de demi-mesures sans aucunement penser aux rénovations politiques indispensables, prend le risque de sacheminer infailliblement vers un léchec.