LA POLITIQUE DE HANOI
VIS-A-VIS DES VIETNAMIENS D’OUTRE-MER

Nguyen Chan

Au cours des 23 dernières années, la politique du Parti communiste vietnamien (PCV) vis-à-vis des Vietnamiens d’outre-mer, en dépit d’un certain nombre de changements radicaux, vise l’unique l’objectif : chercher par tous les moyens à exploiter le potentiel de la matière grise ainsi que l’économie, l’influence des Vietnamiens d’outre-mer afin d’une part, d’acquérir plus de moyens pour le régime, et d’autre part, de neutraliser leurs actions de lutte.

  1. La politique générale du PCV

Avant le sixième congrès du Parti, vers la fin de1986, Hanoi a toujours considéré les Vietnamiens à l’étranger comme des "éléments réactionnaires" en les désignant avec mépris d’être des "rescapés des Américains et de l’ancien régime sud vietnamien" appellation qu’il reprend sans cesse sur ses réseaux d’information. Pendant cette période, la ligne de conduite suivie par Hanoi consiste à les perturber et diviser plutôt que de les rassurer en vue de les exploiter. C’est aussi pendant cette période que les Vietnamiens réfugiés envoyaient de l’argent à leurs familles et parents au Vietnam, pour un montant qui se chiffrait à 400 millions de dollars U.S. par an.

Après avoir lancé, vers la fin de 1986, la politique de "rénovation" économique dont l’objectif est de mobiliser les ressources étrangères pour porter remède à l’état d’épuisement économique et social du pays, Hanoi a dénommé les Vietnamiens à l’étranger "la partie des entrailles éloignée à mille lieues", les appelant officiellement à envoyer de l’argent et des matières premières à leurs familles au pays ou à revenir le visiter. Cette politique a à la fois aidé le régime à se doter d’une apparence humanitaire, et lui a permis de recueillir les ressources pécuniaires nécessaires à sa survie.

Après l’effondrement du bloc communiste de l’Est européen et de l’Union soviétique, de fin 1989 à décembre l991, le régime commença à changer de politique. Le septième congrès du Parti en 1991 a décidé un programme de développement économique et social jusqu'à l’an 2.000 nécessitant un capital de 40 milliards de dollars dont 20 milliards proviennent des investissements étrangers et 20 autres milliards sont le produit accumulé de l’épargne intérieure. Le rôle des Vietnamiens d’outre-mer dans l’édification du socialisme a été mis en relief dans ses décisions par le bureau politique du Parti. Au début de 1994, un congrès de Vietnamiens d’outre-mer a été organisé à Saigon avec la participation d’un certain nombre d’éléments pro-communistes et de quelques commerçants qui, en s’associant avec le régime, sont à la recherche de profits, mais cette initiative a abouti à un échec parce qu’elle n’arrive pas à intéresser les personnalités bien connues de la communauté vietnamienne à l’étranger dans l’intention de créer la dissension en son sein.

Par contre, Hanoi a obtenu certains résultats dans ses efforts d’appeler les réfugiés vietnamiens à revenir visiter le pays et leur apporter des devises, avec environ 160.000 visiteurs en 1995, l’année ayant compté le plus de visiteurs. Cependant en même temps que ces performances, plusieurs accès culturels, économiques, commerciaux ont été plus largement ouverts, dépassant peu à peu la capacité de contrôle du régime et accroissant ainsi le rythme des échanges et des communications entre l’intérieur et l’extérieur du pays. De ce fait, l’évolution pacifique, l’un des quatre risques évoqués dans le septième congrès du Parti en 1991 et capables de provoquer l’effondrement du PCV, se trouve intensifiée. Après l’annulation par les Etats Unis de l’interdiction de relations avec Hanoi au début de 1994 et le rétablissement des relations entre les deux pays en 1995, certains éléments conservateurs du PCV ont lancé une mise en garde selon laquelle des "forces réactionnaires" soutenues par "l’impérialisme" (allusion faite aux Etats Unis) conduiraient à une évolution pacifique. D’après eux, si le Parti ne contrôle pas sévèrement les relations culturelles et la presse, ne réduit pas le nombre d’entreprises privées, ne maintient pas la priorité de l’économie étatique, il perdra peu à peu son pouvoir et son existence sera menacée.

Pendant ce temps, les mouvements de lutte pour la liberté et la démocratie ont commencé à lancer des actions multiformes visant à profiter des accès plus largement ouverts pour encourager et soutenir les premières implantations de l’environnement pluraliste, par le biais des réclamations concernant les besoins de la vie courante et la nécessité de faire respecter les droits du citoyen. A partir de ce moment, plusieurs lignes de conduite contradictoires vis-à-vis des Vietnamiens d’outre-mer ont été appliquées par Hanoi, créant ainsi un plus grand nombre d’obstacles aux investissements et réduisant en même temps les projets humanitaires et les aides médicales ou éducatives menés par les Vietnamiens à l’étranger. Il en résulte que les différentes décisions prises par le huitième congrès et le Comité central du Parti en 1997 n’a jamais fait allusion à "la partie des entrailles éloignée de mille lieues". Le 14.05.98, l’Assemblée nationale communiste vietnamienne a approuvé une loi sur la nationalité qui, complètement limitée, n’accepte que la seule nationalité vietnamienne, sans jamais aborder le cas des Vietnamiens à l’étranger ayant des nationalités étrangères. Ceci est un problème important pour les Vietnamiens ayant une autre nationalité et désirant aider la patrie, lorsqu’ils constatent l’inexistence totale de garantie pour leur sécurité personnelle une fois rentrés au pays. En général, le point culminant de la politique d’ouverture à l’égard des Vietnamiens d’outre-mer est révolu, et, à ce jour, le régime reprend son attitude d’éternels soupçons de l’époque d’avant 1986. Du côté de la communauté des réfugiés vietnamiens, toutes les actions tendant à sensibiliser les esprits et entretenir un sentiment anti-communiste, à mettre en évidence les misères du pays sous le joug communiste, à honorer grandement la lutte légitime des forces populaires démocratiques ont réussi à neutraliser les tactiques de mobilisation et de division du PCV contre elle.

  1. La politique vis-à-vis des intellectuels, des entrepreneurs et des jeunes à l’étranger

Dans le but de mobiliser la matière grise de l’étranger, les dirigeants du PCV s’intéressent particulièrement aux professionnels de technologies avancées. Ces éléments ont déjà aidé le régime à récolter de grands succès à l’étranger dans la guerre avant 1975. Aujourd’hui, leurs actions ne rapportent que quelques résultats insignifiants, notamment après la faillite complète du communisme à l’Est européen et en Union soviétique. Certains qui, dans le passé, ont soutenu des actions "contre les Américains pour sauver le pays" s’opposent à présent au régime communiste, d’autres, s’étant rendu compte d’avoir été victimes de ses tromperies, se sont retirés discrètement. Une minorité d’entre eux, qui collabore encore avec le régime à cause des profits, a été isolée par la communauté, alors que certains autres critiquent sévèrement la politique changeante du PCV dans tous les domaines. L'apparition de diverses organisations et associations professionnelles a contribué pour une large part à déjouer le complot communiste visant à rassembler à son service tous les intellectuels vietnamiens à l’étranger.

Pour ce qui concerne les entrepreneurs vietnamiens, certains s’associent avec de gros bonnets du Parti pour faire des affaires. Ils sont traités avec égard par le régime grâce à leur capacité d’intermédiaires entre les dirigeants du Parti et les sociétés ou les organismes internationaux. Toutefois, au fur et à mesure de leur collaboration ils ont constaté l’exploitation par les gens du Parti à leur détriment. Bon nombre d’entre eux, victimes des tromperies de leurs associés ont perdu des millions de dollars. Quant à ceux qui comptent monter seuls leurs affaires, ils ont dû affronter de multiples obstacles et échecs causés par la corruption, la bureaucratie, les procédures administratives compliquées, les lois et règlements inconséquents, les duperies du régime... C’est pourquoi, ils sont moins nombreux à présent, la plupart ont quitté le pays ou préfèrent maintenir une petite affaire en attendant le moment propice. En somme, la politique qui consiste à encourager les investissements des Vietnamiens d’outre-mer est voué à un échec complet, comme ce qui est arrivé à la plupart des investisseurs étrangers. Nguyen Ngoc Ha, Président du Comité des Vietnamiens d’outre-mer à Saigon, a reconnu qu’il n’existe à présent que 20 projets d’investissement dans cette ville.

A l’égard des jeunes, le régime a cherché par divers moyens à susciter leur amour pour leur patrie et leurs compatriotes. Dans les années 92, 93, 94, beaucoup de jeunes sont volontairement retournés dans le pays afin d’y apporter leur contribution dans tous les domaines, humanitaire comme médical ou éducatif....Ce sentiment sincère et loyal a été exploité par le régime, de sorte que, après un certain temps de résignation, la plupart de ces jeunes collaborateurs bénévoles ont dû laisser tomber, découragés par tant d’attitudes insolentes, de grappillages, de vols délibérés de la part des cadres et membres du Parti. Des projets ont été suspendus ou annulés, d’autres, réduits au minimum pour ne pas attirer l’attention des autorités locales. Plusieurs de ces jeunes, conscients des réalités du pays gouverné par des dirigeants incapables et cupides, participent actuellement aux activités de la communauté où ils ne manquent pas de rapporter ce qu’il ont vu et entendu réellement, une mise en garde à l’intention des autres jeunes. Bref, avec sa politique pleine de suspicion, Hanoi a échoué dans son intention de profiter des avantages dont disposent les jeunes d’outre-mer..

En général, la politique du PCV vis-à-vis de la communauté vietnamienne à l’étranger a subi beaucoup de changements après 1986 dans le but d’exploiter tous les moyens en personnel et en matériel que cette communauté peut fournir. Toutefois, tous les efforts tendant à ramener et la matière grise et les ressources extérieures ont abouti à un échec cuisant, face à la réalité douloureuse du pays sous un régime totalitaire et inefficace. L’attitude soupçonneuse, insolente des cadres peu intelligents et mal formés à l’égard des intellectuels a aussi découragé les jeunes éléments animés par l’intention d’aider le pays. Les actions des médias de la communauté, avec leurs informations réalistes, tout en veillant à bien orienter les opinions publiques, ont participé pour une large part à déjouer le complot du régime consistant à profiter du service des Vietnamiens d’outre-mer.* S.N.


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